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Chapitre VHL — La Doctrine du droit et la Doctrine do la vertu. . O

Conclusion 7^i

Mil

AVANT-PROPOS

Je ne crois pas avoir besoin de dire longuement les raisons pour lesquelles, amené à étudier la philosophie pratique de Kant, j'ai essayé d'en retracer analytiquement la formation. Ces raisons sont d'abord d'ordre général, et valent, semble-t-il, pour l'étude historique de toute doctrine. On est moins tenté d'incliner un système dans le sens où Ton se plairait à le contempler, quand on a tâché de suivre de près le travail d'esprit par lequel se sont peu à peu définies et enchaînées les pensées qui le composent ; on se défie certainement davantage de ces jeux de réflexion qui, sous prétexte de découvrir la signification profonde d'une philosophie, commencent par en négliger la signification exacte. Pour ce qui est en particulier de la doctrine de Kant, elle a mis trop de temps à se constituer, et elle s'est constituée avec des idées de provenances et d'époques trop diverses, pour qu'il n'y ait pas un intérêt majeur à se détacher tout d'abord de la forme systématique qu'elle a tardivement revêtue. L'histoire des démarches successives qui l'ont engendrée apparaît de plus en plus comme un facteur essentiel de l'interprétation qu'on en peut tenter \ Il est même permis de supposer que le kantisme, dans les

I. V. V Avant-Propos de Dilthey en tête du premier volume de l'édition de Kant, entreprise par l'Académie royale de Prusse.

AVA>T-PROI>OS

controverses doctrinales qu'il ne cesse de susciter, forait souvent meilleure figure devant ses adversaires, s'il n'avait été enfermé par beaucoup de ses partisans dans des expressions schématiques courantes, simplifiées à l'excès. On le préserve de ces simplilicalions en sachant comment il a évolué.

Il est naturel (|ue j'aie du m'apj)liquer avant toutàexposer et à analyser dans leur ordre chronologique les œuvres de kant, selon qu elles se rapportent à la philosophie pratique. Mais je ne pouvais omettre Jion plus les travaux de toute sorte qui ont paru sur kant avec une si prodigieuse abondance. Assurément, à considérer rcnscmble de ces travaux, ces gros volumes et ces petites dissertations, ces articles de toute étendue jmbliés dans les plus diverses revues, tout ce qui forme à l'heure actuelle la bibliographie kantienne, on ne peut (|uc trouveide saison, plus quejamais, l'épigramme dirigée déjà par Schiller contre les interprètes de kant :

\\'\e doch ein einzigcr Reiclicr so >ielc Belller in Nalirung Selzl ! Wenn die Kuni^c baun, liaben die Kiirriier zu lliuii.

(( Que (le mendiants tout de même un seul riche nourrit! Quand les rois bâtissent, les charretiers ont à faire. » Parmi les auteurs de ces travaux, il en est en elVet jdus d'un qui a du se faire manœuvre par indigence d'esprit, et qui a cru sa besogne importante, uniquement parce qu'elle touchait à un grand édifice. Ce n'est pas une raison pour condamner sonmiairement en pareille matière 1 érudition de détail : le tout est de faire le départ entre la minutie vaine, qui perd dans des diseussions verbales tout sentiment philosophique de la pensée d'un philosophe, et la rigueur d'analyse qui peut, sinon faire naître, du moins entretenir et fortifier un tel sentiment : par quoi pourrait-on mesurer l'originalité et

AVANT-PROPOS

la valeur d-uu .vslèmc mieux que parla muUitude détaillée des conception; soumises, selon un développement plus ou moins régulier, à sa force organisatrice? Malgré les radleries quon lui a prodiguées, la Kanlphilolocjie n'est pas une dcWnérescence pitoyable de l'esprit qui doit s allaeher à l'interprétation du kantisme' : quand elle est représentée par des historiens et des critiques tels que, par exemple, Benno Erdmann, Vailiinger, Heinze, onne saurait contester qu'en insistant sur des questions très particulières, elle n ait servi à mieux l'aire saisir le rapport des éléments amsique le sens général de la philosophie kantienne : même chez de moindres auteurs, en rapprochant d'autre façon les textes, en multipliant les petits problèmes, elle prémunit contre la tentation déjuger toutes simples et comme spontanément opérées des liaisons .l'idées que la connaissance commune de la doctrine nous a rendues familières. Parla elle racheté amplementunebonnepartdesdélaulsqu'onluiimpute.Pour

mon compte, J'ai essayé de discerner le mieux que j ai pu par les mentions que j'en ai faites, les publications utiles et sérieuses des publications sans portée : je les ai indiquées, sulvantla marche de mon exposé, aux places où elles avaient surtout lieu dèlre consultées : j'ai eu moins le souci, du reste d'établir par là leur degré de contribution a mon ouvrage que de marquer l'intérêt quelles pourraient avoir ,)our le compléter et le contrôler.

En tout cas, j'aurais très insuffisamment reconnu, par quelques références ou citations, ce que je dois à mon maître M. Emile Boulroux. Avec son étude sur Kant,

, Cf Kuno Fischer, Geschicktc der neuern Pl.ilosoptùe (édition du jubilé) IV ÏT-^M) D '.00 - V. contre Kuno l'ischer l'article jusl,l.cal,f de

KrUik irreinen Vern.nJ, unnn.beso.ulerc ,nn„e^.ne,-^<^rche.a aUe,e. ^e,k entbeUrlich gcmaclil wenh'i, sollen, Kantstudien, 111, p. 0J4 .54^.

AVANT-PROPOS

écrite pour la Grande Encyclopédie^ ses leçons suj la philosophie kantienne, — ses leçons d'autrefois à l'Ecole Normale, ses leçons plus récentes a la Sorhonne, — d'un si scrupuleux attachement aux textes en même temps que d'une force de concentration si admirable, m'ont été constamment présentes.

J'adresse mes vils remerciements à MM. les Professeurs Max Heinze, de Leipzig, et OswaldKulpe, de Wiirzburg, qui chargés de préparer pour une part la publication des I orlesungcn dans l'édition nouvelle de Kant m'ont fourni avec la plus aimable complaisance les renseignements que je leur avais demandés.

Les renvois aux écrits de Kant se rapportent à l'édition Hartenstein de i807-i8()8. — Pour les Lettres seulement, ils se rapportent à l'édition si considérablement enrichie de la Correspondance que Heicke a récemment terminée, et qui fait partie de la publication de l'Académie royale de Prusse : les numéros des tomes indiqués sont les numéros particuliers à cette section des Œuvres complètes.

La méthode d'analyse que j'ai suivie m'a naturellement obligé de revenir plusieurs fois sur des questions, des théories ou des idées que Kant a reprises, soit dans le même sens, soit en les transformant, au cours de ses ouvrages successifs : jai dans ces cas-la multiphé les indications de renvoi aux divers endroits du hvre où ces questions, ces théories et ces idées se trouvent exposées, afin que l'on puisse plus aisément juger de ce qu'elles sont restées ou de ce qu'elles sont devenues dans la pensée de kant.

I. Reproduite dans ses Éludes d'Histoire de la Philosophie, Paris, Alcaii, 1897. p. 317-Aii.

IMliODUCïION

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lLBOS

CHAPITUE PREMIER

LES ANTÉCÉDENTS DE L.\ PllIÉOSOPHIE PRATIQUE DE KANT LE PIÉTISME ET LE RATIONALISME

Les préoccupations spirituelles et les questions philosophiques auxquelles la morale kantienne est venue répondre ne peuvent être mises en pleine lumière, si Ton se borne à en dégager le sens universel, hors du milieu et du moment, ou si l'on en réduit la portée à l'expression de simples tendances personnelles. Il n'est du reste pas possible de découvrir l'action du génie et du caractère propres de Kant dans son œuvre, sans remarquer que les deux grandes influences qui ont contribué à former son caractère et préparé Téclosion de son génie sont celles-là mêmes qui ont le plus profondément renouvelé la conscience et la pensée de l'Allemagne pendant la plus grande partie du wni*^ siècle, à savoir l'influence du piétisme et celle du rationalisme. Si Kant a été l'initiateur d'une des plus hardies réformes qui aient été tentées pour la solution des problèmes pratiques aussi bien que des problèmes théoriques, ce n'est pas pour n'avoir point reçu les leçons de son temps, c'est pour les avoir reçues d'un esprit plus ferme, plus pénétrant et plus libre. Par là il s'est assigné une tâche infiniment plus haute que celle de constater des conflits extérieurs ou de poursuivre des conciliations factices d'idées : il a employé toute sa puissance de réflexion, de critique et d organisation à démêler les causes permanentes dont découlent, avouées ou dissimulées, d essentielles contradictions, àjuslifier les principes dont l'usage

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(Ic'linl permet de comprendre dans leur réalité spécifique les objets à e\pll(iuei' et de rétablir l'accord de la raison avec elle-même. \\n approfondissant les notions et les croyances cpii s'étaient imposées à son examen, d les a dépassées et transtormées. au point de créer, ponr l'intelli- ^^encede ce nn'elles prélendaient représenter, une mélliode et une discipline toules nouvelles.

Issus de motifs très divers, le piétisme et le rationalisme s'étaient trouvés uiiis a Torigine dans une lutte comnmne contre l'orthodovie régnante. Ce cpi'ils cond)attaient ensend)le, c'était l'enseignement étroit, les vaines discussions et subtUités de la lliéologic, c'était l'abus de la foi et de la praticpie littérales, la corruption des idées et des actes unicpiement suscités par le respect d'une autorité extérieure. Ce que par là même ils tentaient ensemble de produire, c'était un rajeunissement de la vie spirituelle. Mais tandis que le piétisme tàcliait d'aviver ce besoin de rénovation par un appel à la conscience et par un réveU du sentiment reli-

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