‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 309 sur 345 · I. VI, p. 299 3o · texte numérisé non relu

I. VI, p. 299 3o

3 E. TroeltsclK dans son travail Das Historische in Kants lieUirionsphilosopfiic, kantstudien, IX, p. 2[-i5'4, relèvej.isto.neiit co dernier carart('rc; mais il a le tort d'y réduire le sens de tout l'ouvrage de Kant, de façon à ne voir dans la lieLigion qu'un compromis pour établir la paix entre la Philosophie et la Iheologie selon les règles exposées un peu plus tard dans le Conflit des r acuités. V. notamment p. 62.

3. Deux autres rédactions de cette Préface ont été retrouvées parmi lc«^ manuscrits kantiens de Hostock et publiés par Dilthev, Der Streit Kants nul der Censur, ArchivfiirGeschichte der Philosophie, ÙI, p. ',35- V',0. Elles sont sur quelques pomts d'un ton plus ferme que la rédaction définitive. — Dans l'une de ces rédactions, celle qui sans doute est la plus ancienne, Kant part de la distinction de la helipion en Religion naturelle et en Religion révélée, ou, ce qui est mieux, en Religion pure et en Religion appliquée ; il expose que quiconque enseigne

I une ou 1 antre doit scrupuleusement s'enfermer dans son domaine, et il recherche comment on peut reconnaître qu'il y a eu empiMemenI, et qui doit en décider

II explique comment c'est une nécessité pour le philosophe, s'il ne veut pa«5

d'ailleurs déjà touché dans son adresse à la Faculté de théologie pour Texamen de son hvre'. Ce qui surtout lui tenait à cœur, c'était de restreindre le plus possible la juridiction de la censure exclusivement ecclésiastique. Le théologien chargé d'examiner les livres doit avoir sans doute le souci du salut des âmes, mais il doit veiller aussi, comme membre de l'Université, aux intérêts de la science : sous le premier aspect il est simplement un ecclésiastique ; sous le second il est aussi un savant. L'essentiel est qu'en lui le savant hmite la tendance de l'ecclésiastique à s'élever contre la hberté légitime de la science. Sans cette condition l'essor de l'esprit humain, comme il Fa été à d'autres époques,

que sa doctrine reste pure idéologie sans efficacité, de recourir à des illustrations et des exemples puisés dans la matière des doctrines révélées : il n'y a pas abus alors. Il n'y a pas abus non plus à traduire en termes de raison pure ce qui dans un écrit sacré est tenu comme appartenant à la Religion, alors même que le sens ainsi dégagé ne serait pas identique à celui qui est enseigné par la théologie biblique; en faisant cela, le théologien selon la raison travaille pour sa science comme le théologien biblique travaille pour la sienne ; s'il y a conflit, comme c'est l'Université qui est la corporation régulière des savants, c'est à elle qu'il appartiendra déjuger en dernier ressort sans que l'Etat ait à connaître de ces disputes. — Dans la seconde rédaction, Kant traite plus explicitement des causes qui peuvent amener le conflit entre la théologie philosophique et la théologie biblique ; il caractérise plus nettement le déht d'usurpation de la philosophie sur la théologie; il le place essentiellement dans le fait d'employer des passages de l'Ecriture à démontrer la vérité de la théologie rationnelle pure, d'interpréter par suite le livre de la révélation comme s'il exposait une simple doctrine de la raison. On ne saurait assimiler à ce cas le cas qui consiste à se servir pour la théologie rationnelle d'exemples ou d'expressions de la Bible. En tout cas, dès qu'il s'agit de décider si un écrit relève soit des lois d'autorité qui protègent la doctrine ecclésiastique, soit du droit qu'a la raison de se déployer librement dans la constitution des sciences, ce n'est pas au théologien biblique que revient le jugement, car il serait juge et partie ; pour décider entre lui et le philosophe, il faut une troisième autorité qui est l'Université. Kant termine en déclarant que si dans son ouvrage il a eu constamment en vue la doctrine chrétienne, il n'a pas eu Tintention d'en réduire le contenu à des doctrines de la raison, pas plus que d'expliquer en lui-même le sens de l'Écriture sur laquelle efle se fonde ; il a trouvé là sans doute un grand nombre d'enseignements tellement en accord avec la raison, que la raison paraissait les avoir dictés elle-même, et il a été essentiellement conduit à essayer pour d'autres passages une pareille confrontation ; mais il n'a pas nié par là ce que peut ajouter comme telle la doctrine révélée, et il n'a pas non plus franchi les limites de la philosophie pure pour se perdre dans des données empiriques. Il s'est contenté de faire rentrer dans son objet la considération et l'examen d'une Religion positive dans laquelle il croit trouver au plus haut point les conditions qui seules permettent à l'idée d'une Religion de se réaliser. I. Briefvechsel, II, p. 344-345.

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pourrait encore être paralysé. Les diftlciiltés paraissent naîlre surtout (les rapports de la théologie philosopliique avec la théologie bihlicpie : mais il y a des règles pour les résoudre. La théologie phllosophicpie, tant fpi'elle reste dans les limites de la simple raison, tant cpi elle se Ijorne à confirmer et à éclaircir ses propositions par l'histoire, les langues, les livres de tous les peuples, y compris la Bible, sans prétendre les introduire dans la théologie bihli(pie et porter atteinte par là au privilège de la doctrine ecclésiastique, doit avoir pleine liberté de s'étendre jusqu'où elle le juge bon : elle ne relève de la censure proprement ecclésiastique que lorsqu'elle a manifestement usurpé sur la théologie biblique. Mais supposé que la cpiestion soit douteuse, qu'il y ait lieu également de rechercher comment l'usurpation s'est produite, si c est par un écrit ou un autre mode public d'exposition, le droit supérieur de censure n'appartient au théologien qu'en tant que membre de l'Université : si ce droit s'exerce donc pour la protection de doctrines dont l'enseignement est oflîciellement institué, il ne doit pas toutefois s'exercer contre ce qui revient à la science. Surtout il faut éviter une méprise grave : faire des emprunts aux données de la théologie bibli(pie en les appropriant aux exigences de la raison ne constitue pas à la charge du théologien philosophe une usurpation, pas plus qu'emprunter au droit romain des formules et des exemples ne constitue une usurpation à la charge de celui qui expose le droit naturel. Au reste la philosophie serait alors tout autant qualifiée pour reprocher à la théologie d'empiéter sur elle en usant de la raison ; et quelle figure ferait donc la théologie biblique si elle ne recourait pas ça et la à des notions rationnelles ' ?

Cependant cet effort de Kant pour fixer les limites respectives de la théologie philosophique et de la théologie biblique n'empêcha pas que son ouvrage ne fut considéré

I. VI, j). 102 loG. — Der Stroit der Facultàten, VII, p. 3G2.

par le gouvernement prussien comme contraire à certaines doctrines fondamentales de la Religion chrétienne' ; il follut

I Le i'. octobre 1794, un rescrit royal, signé de Wullner, faisait part à Kant du déplaisir avec lequel le roi l'avait vu abuser de sa philosophie contre maintes doctrines principales ou essentielles du Christianisme, notamment dans le livre sur la lieligwn dans les limites de la simple raison et dans d'autres petits écrits. Kant était blâmé d'avoir ainsi manqué à ses devoirs de maître de la jeunesse et d être allé contre les intentions bien connues du roi ; il était invité à s'expliquer et surtout à ne pas persévérer dans ses errements: faute de quoi il devait s attendre à des mesures pénibles. - En même temps l'ouvraire de Kant était formellement interdit aux professeurs de l'Université de Koeniffsberff pour leurs leçons (i4 octobre). — Le texte de ce rescrit fut plus tard publié par Kant lui-même dans la Préface de son Con/Ut des Facultés en même temps que sa réponse. VII, p. 324-33o. Une première rédaction de cette réponse, retrouvée dans les papiers de Kant, a été publiée par Schubert féd de llosenkranz et Schubert, XI, i, p. 272 ; v. éd. Ilartenstein, VII, p. 325-327 note). — Kant, dans sa réponse, commençait par se disculper; comme maître de la jeunesse, il n'avait jamais eu à traiter de l'Ecriture ni du Christianismeon pouvait constater que les manuels de Baumgarten, pris pour textes de son enseignement, n'y avaient point trait. Quant à son livre sur la lielimon, d'abord il n avait aucun caractère populaire; il ne pouvait fournir matière qu'à ces discussions entre savants, dont les résultats ne sont présentés dans les chaires ecclésiastiques et dans les écoles que moyennant l'approbation du gouvernement En outre il n était nullement un examen du Christianisme ; il n'était qu'un expose de la Ueligion de la raison, parfois extérieurement confirmé ou éclairci par des passages concordants de l'Ecriture. A supposer qu'il fasse parfois parler la raison comme si elle se sutfisait à elle-même, et comme si la Révélation était

',""^, : ,r-^^^''^ "1"'' ^" ^'^"^'^' ol'jc^tivement comprise, ne pourra/t qu'amoindrir le (christianisme — il n'exprime par là que l'estime de la raison pour ellemême, en tant qu'elle est, comme faculté pratique, la source de l'universalité de la nécessite et de 1 unité des croyances qui sont essentielles à la Rehgion • si les doctrines fondées sur la Révélation et sur des données historiques paraissent ainsi contingentes, non essentielles, cela ne veut pas dire qu'elles soient mutiles ; elles subviennent à l'insuffisance théorique de la foi rationnelle sur les problèmes concernant l'origine du mal, la conversion au bien et la iustification de l homme régénéré; elles peuvent donc selon les temps et les personnes satislaire plus ou moins à ce besoin que la foi rationnelle ne pourrait contenter Kant ne s est pas borné à voir dans l'Ecriture le livre le plus capable d'assurer 1 éducation religieuse publique, à blâmer, en dehors des controverses entre membres des facultés, les objections et les doutes qui pourraient soit dans l'enseignement des églises et des écoles, soit dans des ouvrages populaires être soulevés contre elle ; il l'a glorifiée d'une façon plus complète et plus du'rable en montrant qu elle était d'accord avec la plus pure foi morale de la raison • il en a ainsi élevé le sens, par des principes supérieurs à ceux de l'érudition au-dessus des accidents historiques qui l'ont corrompu et pourraient à nouveau e corrompre frop avancé en âge pour ne point penser à sa prochaine comparution devant Uieu, il juge en toute conscience avoir écrit son livre avec autant de prudence que de sincérité (\ . la discussion, quelque peu rigoureuse, d^s moyens de delense de Kant dans Arnoldt, lîeitràge zii dem Material der Geschichte von Kant s Leben, p. 107-122). Enfin Kant, dans sa réponse, s'en^^a^eait solennellement, « comme sujet très fidèle de Sa Majesté )> à ne jamais traiter publiquement m dans ses écrits, ni dans ses leçons, de la Religion soit naturelle

des temps plus favorables pour qu'il pût reprendre sa liberté en ces matières et pour qu'il pûl traiter à nouveau sous une forme plus explicite et plus complète cette question des rapports normaux de la Faculté de pliilosopliie avec la Faculté de théblogie, dans laquelle était engagé le problème des rapports du Christianisme avec la raison'.

Quelle était donc en somme son attitude à l'égard du Christianisme?

Elle était assurément tout autre que celle des représentants ordinaires de YAufldarang, pour qui la vérité pleinement démontrée de la Religion naturelle excluait comme fictive et inutile toute Religion positive ; on ne pouvait la

soit révélée (V. la lettre de Biesler, du 17 dtîcembre 179^, qui tout en déclarant que la défense de Kant est noble, virile, digne, allant au fond des choses, regrette l'engagement qui la termine et estime qu'il n'était pas indispensable' Brief\vechsel, II, p. 5i6-5i7). Jusqu'où portait cet engagement? Dans la Préface An Conflit des Facultés, Kant, soidignant sa formule « comme sujet très fidèle de sa Majesté » avoue l'avoir employée à dessein pour limiter à la durée du règne de Frédéric Guillaume II l'engagement qu'il prenait et pour se réserver sa liberté sous le règne suivant. IT donne aussi cette explication dans une note retrouvée dans ses papiers et publiée par Schubert (Kaumer's historisches Taschenbucli, i838, p. (hf)) où il justifiait à ses propres veux son attitude dans l'afTaire, en remarquant que si l'on doit toujours ne dire que la vérité et surtout ne jamais renier sa conviction intérieure, on n'est pas toujours obligé d'exposer publiquement tout ce qu'on regarde comme vrai : dès lors, dans le cas présent, le devoir d'un sujet fidèle était de se taire. VII, p. 3oo-33i, noie. — V. plus haut, p. /ij. — La conduite de Kant en cette circonstance, siirtout la restriction mentale par laquelle il avait limité son en^a gement envers le roi, ont été diversement jugées. V . Em. Arnoldt, Beitra%, p. I2J sq. ♦ o »

I. L'avènement de Frédéric Guillaume III (novembre 1797) avait délié Kant de son. engagement et surtout inauguré une ère nouvelle de tolérance. Kant jugea ie moment favorable pour publier Le conflit des Facultés (1798). Ce livre était en réalité une réunion de trois dissertations composées avec des intentions ditférenles età des moments dilTércnls, mais se rapportant néanmoins à un problème commun {Vorrede, p. 332). Kant en avait l'idée arrêtée, et au moms une partie prête vers la [\n de 179^ (V. la lettre à Slaùdlin, liriefivechsel, II. p. 5i'|, (lui concerne les rapports de la Faculté de théologie avec la Faculté de philosophie). Dans cet ouvrage, il étendait très notablement audelà des bornes qu'il avait précédemment admises les droits de la Faculté de philoso|)hie dans ses rapports scientifiques comme dans ses conflits éventuels avec les autres Facultés. Voici comment il y posait d'abord le problème : il v a trois sortes de biens poursuivis par l'hommi : la santé, la sûre jouissance de ses droits, le salut éternel. L'Klat ne peut pas se désintéresser de ces fins, et pour instruire ceux qui ont charge d'aider l'homme à atteindre ces fins, il instilue trois Facultés, la Faculté de médecine, la Faculté de droit et la Faculté de théologie. Les enseignements donnés par ces Facultés, visant avant tout un but pratique, sont liés, quoique inégalement, à des principes de doctrines officiellement consacrés : la Faculté de médecine est à cet égard la moins dépendante des trois parce qu'elle s'ap[)uie sur les résultats assez souxent renouvelés des sciences de la nature : elle n'en est pas moins soumise au contrôle d'un conseil de santé ; la Faculté de droit s'appuie, non sur le droit naturel, mais sur le droit écrit; la Faculté de théologie, non sur la Keligion naturelle, mais sur l Ecriture. Mais, outre ces Facultés, il en est une qui n'a pour objet que la libre recherche de la vérité et le progrès de la science : c'est la Faculté de philoso-

phie. Gomme elle ne correspond pas à des besoins pratiques et qu'elle ne développe point un corps de doctrine officiel, elle est considérée comme la Faculté inférieure, les autres Facultés étant dites les Facultés supérieures. Cependant elle tâche de comprendre rationnellement ce que les autres Facultés enseignent par tradition et par autorité : d'où des conflits inévitables. Ces conflits ne doivent pas être résolus par des arrangements à l'amiable qui seraient comme des concessions aux prétentions irrationnelles des parties : ils n'admettent d'autre juge que la raison. C'est qu'en efTet les Facultés supérieures ne doivent pas se tenir pour immuablement enchaînées à la lettre de leurs statuts ; si elles sont responsables devant l'Etat de l'efficacité pratique de leurs enseignements, elles sont responsables devant la raison de la vérité de ce qu'elles enseignent. C'est pourquoi elles doivent, même si elles en souffrent d'abord, accepter l'impulsion réformatrice qui leur vient de la Faculté de philosophie ; celle ci à son tour, tout en faisant valoir les droits de la raison sur tous les sujets, respecte en principe dans les enseignements des Facultés supérieures ce qu'ils ont de positif, de traditionnel et de statutaire ; elle tend surtout à mettre en lumière le caractère contingent et temporaire de ce dernier él(*ment et à en préparer la transformation dans le sens de doctrines plus rationnelles. Ce travail de critique et de réforme, avec les débats qui l'accompagnent, ne doit se poursuivre qu'entre savants ; il doit rester en dehors du peuple qui est incompétent, en dehors des fonctionnaires attitrés qui restent pour l'exercice de leurs fonctions strictement soumis à l'autorité (Cf. JVas ist Aufklàrun-^ ; v. plus haut, p. 282-283); et l'Etat ne doit jamais y intervenir comme partie. Il est donc dans la nature des choses qu'un conflit s'élève entre les Facultés supérieures et la Faculté de philosophie, et que ce conflit, né du rapport de la doctrine officiellement instituée avec la recherche rationnelle, se renouvelle sans fin; mais le progrès vient de là, comme il vient en général, selon une pensée familière à Kant, de tout antagonisme de forces en action les unes contre les autres, réalisant peu à peu leur accord par leur opposition même (concordia discors, discordia concorsy, l'important est que la dispute inévitable ne soit pas une guerre et qu'elle se produise, non sous un régime de contrainte, mais sous un régime de raison et d'appel au public savant. VII, p. 333-352. — Le conflit de la Faculté de philosophie avec la Faculté de théologie porte sur l'autorité de la Bible (V. plus haut, p. 647, p- 048), avec la Faculté de droit sur la question de savoir si le genre humain est constamment en progrès (v. le chapitre suivant), avec la Faculté de médecine sur la puissance qu'a l'âme d'être par la simple volonté maîtresse de ses sentiments maladifs (\ . plus haut, p. 4o ; la lettre au médecin Hufeland insérée dans le Conflit des Facultés pour répondre à cette dernière question avait paru dans le Journal de médecine pratique un peu auparavant, en 1798: sur cette dernière date, v. l'édition Kehrbach, p. 7. — Cf. le discours prononcé par Kant en quittant ses fonctions de Recteur : De medicina corporis quœ philosophoruni est, publié par Reicke, Altprcussische Monalsschrift, WIII, p. 293309).

LA PHILOSOPHIE PH ATTQUE DE K V>'T

comparer qu'à celle de Lessing, essayant de comprendre pliilosophi(|uement les religions Instomjiies et le Christianisme au lieu de les renier purement et simplement'.

1. On ne peut faire là-dessus entre Lessing et Kant que des rapprochements généraux qui ne permettent point de conclure à une influence directe etdctorminahle du premier sur le second. E. Arnoldt a pourtant essaye d'établir cette mi\ucnce(Kritische E.rcurse, p. 191-268). Il s'est appuyé sur l'allusion (,ue contient la lîcli^wn (M. p. 177, note) à l'auteur des Fragments de Wolffenbuttel, pour conclure que Kant n'avait pu rester dans l'ignorance des écrits thoologiques de Lessing ; à dcfatit de témoignage positif, il invoque donc d abord une vraisemblance morale, puis et surtout des concordances de pensées, parfois presque d'expressions, sur des problèmes comme celui de la Révélation, du rapport de l'élément historique et de l'élément rationnel dans la Religion, de la signification de l'élément historique dans la Bible, de la liberté dans les études bibliques et dans la recherche scicntifiqu<« en général Voici en elTet des formules de Lessing que rapporte Arnoldt : La Hévélalion ne donne rien a 1 humanité, que la raison humaine, abandonnée à elle-même, ne puisse atteindre ; seulement elle lui a donné et elle lui donne de meilleure heure ce qu il lui importe le plus de savoir. — Des vérités historiques contingentes ne peuvent jamais devenir la preuve de vérités rationnelles nécessaires — C'est par la vérité intérieure de la Religion que doivent s'expliquer les traditions des hvres écrits, et toutes ces traditions ne sauraient lui conférer une vérité intérieure si elle n'en a point. Et d'où vient à la Religion chrétienne cette vérité intérieure .3 De vous-mêmes ; car c'est pour cela qu'elle s'appelle la vérité intérieure, la vérité qui n'a besoin d'aucune attestation venue du dehors. — La Religion n'est point vraie parce que les Evangélistes et les Apôtres l'ont enseignée ; mais \U l'ont enseignée parce qu'elle est vraie. — Les paroles historiques sont le véhicule de la parole prophétique. — Les miracles faits par le Christ et ses disciples étaient l'échafaudage, non l'édifice ; l'échafaudage tombe dès que l edihce est achevé. — Assurément ces formules de Lessing enveloppent une pensée parfois très proche de celle de Kant, bien que Kant, comme le reconnaît Arnoldt lui-même, ne les prenne point ou ne les applique point toujours dans le sens de Lessing. Il reste toujours que la prouve d'une filiation effective manque. D autre part des dispositions desprit très anciennes chez Kant, et dont les lettres a Lavater citées plus haut (p. 177, note) portent spécialement témoignage, peuvent fort bien, combinées avec le développement de la i)hilosophie criticme explupierles tbèses essentielles de la Religion dans les limites de la raison Remarquons encore que la philosophie religieuse de Kant se distingue par certains traits fortement accusés de celle de Lessing. Kant fait au Christianisme une place absolument à part ; il le considère comme une rupture avec le Judaïsme et non conimc un développement supérieur de celui-ci; il n'admet pas non plus que le pèche originel résulte simplement du faitqu'au premier moment de son évolution I homme n'a pas été assez complètement maître de ses actions pour suivre la loi morale, il l'attribue, comme péché radical, à un acte positif et intemporel de liberté. D'une faeon générale, les vues ihéologiques de Lessing sont dominées par des concepts leibniziens que Kant repousse. Si donc Les sing et Kant ont une certaine façon commune d'entendre le rùle de la Révélation et le rapport du Christianisme avec la raison, ils la doivent tous les deux sans que Tun l'ait expressément communiquée à l'autre, à une même conscience de la médiocrité et de l'insuirisancc du rationalisme ordinaire en ces matières, a un môme désir de concilier avec leur rationalisme plus large en iiiômc temps

Comme Lessing, mais à sa façon, Kant distingue dans le Christianisme la Religion rationnelle et intérieure d'une part, d'autre part la Religion historique et révélée. Or il tient le Christianisme intérieur, et de toutes les Religions il le tient seul pour adéquat aux conditions et aux exigences de la morahté ; il l'identifie donc en principe avec cette Religion naturelle dont l'excluaient les écrivains de ï Aiifklârang : par là il est bien obligé de faire une part au Christianisme historique, en même temps qu il est conduit à réformer le concept de la Religion naturelle. A coup sûr il est plutôt porté par ses dispositions personnelles ' comme par ses conceptions philosophiques à réduire le rôle de l'élément historique du Christianisme, à ne voir dans son fondateur que l'idéal personnifié de l'humanité agréable à Dieu : malgré la vénération infinie qu'il professe pour le Christ ", il évite dans ses ouvrages de l'appeler de son nom^ ; il parle d'ordinaire du Saint ou du Docteur de l'Evangile, afin de bien marquer que sa mission tient toute sa vertu du bon principe qu'il représente, non d'un caractère surnaturel. D'autre part il est porté à voir dans la tradition qui a répandu et conservé le Christianisme parmi les peuples une corruption du pur esprit religieux, à laquelle peut seule porter remède la puissance désormais prépondérante de la raison. Il insiste volontiers sur ce qu'ont de contingent et de provisoire les expressions et les règles dont le Christianisme a revêtu la Religion rationnelle pure pour l'adapter à la condition humaine. Il prétend pourtant ne point nier la possibilité de la révélation, ni vouloir en déduire de la raison le contenu intégral. Il soutient que sa philosophie religieuse ne peut éveiller la susceptibilité d'aucune Eglise \

que plus critique les vérités chrétiennes les plus essentielles à leurs jeux, et aussi en quelque mesure lidée même d'une Révélation.

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