VIII, p. Ol
3. On sait le grand relenlisscment tju'enreiit en Allemagne les idées pédagogiques de V limile, et comment elles vinrent accélérer le momemerït (pii se produisait de divers cotés pour la réforme des écoles. L'intérêt (pie j>rcnait Kant à ces questions, ainsi (jue la persistance dr son attachement aux principes de Rousseau, apparaissent bien dans Tenlliousiasme avec lecpiel il salua la fondation du P/iila/ithropimim de Basedow, Ce fut sur le Uethof/cuhnc/i de Hasedow qu'il fit ses premières leçons de jédagogie en I77^>-I777 (Arnoldl. Krilische I-^.rrurst', p. 372). 11 se constitua le patron de I Institut de Dcssau dans trois articles de la (iazettf sfutnitc et pohtujne de K<iniii!shi'r^, 28 mars 177*'. 27 mars 1777, 'i\ août 1778. — Sur l'autli» illicite de ces articles, v. Heicke, KaniuiUfi, p. t')8-7o. — l)ans l'appel au public du 27 mars 1877, il disait : « Dans les pajs civilisés de l'Europe ce ne sont pas les établissements d'éducation qui font défaut, pas plus que le zèle bien intentionné des maîtres à être sur ce point au service de tout le monde, et ce{)endant il est bien aujourd'hui clairement démontré (pie, comme on travaille là dans un sens contraire à la nature, on est bien loin de faire [troduirc à Ihomme le bien au(pjel la nature l'a dis[)Osé ; que, [)uis([ue les créatures animales (pie nous sommes ne s'élèvent à riiumanité (pie par la culture, nous verrions sous peu de tout autres hommes autour de nous, si l'usage se répandait partout de cette méthode d'éducation qui est tirée sagement de la nature même, au lieu de suivre servilement la routine des siècles grossiers et ignorants. Mais c'est en vain (pi'on attendrait ce salut du genre humain d'une amélioration graduelle des écoles. Il faut ([u'elles soient complètement transformées, si l'on veut (pi'il en sorte (piekpie chose de bon ; car elles sont défectueuses dans leur organisation [)remière, et les maîtres eux mêmes ont besoin de recevoir une nouvelle culture. Ce n'est pas udc lente réjurnie qui peut produire cet ellet, mais une prompte résolution. » II. p. /i')-. Ni les bizarreries de Basedow, ni sa [)remière retraite, ni sa «[uerelle avec Mangelsdorf n'ont ébranlé la confiance de Kant : « Les atta(pies (pii s'élèvent de (.'à de là contre l'Institut et parfois même les écrits injurieux ne sont (jue les prati<pies habituelles à cet esprit de criti(|ue (pii s'exerce sur tout et à la vieille routine qui se défend sur son fumier ». H. p. '|58. — Cf. l^enno Erdmann, lieflexionen Kants zur kritisclien Piiiloscuhie, II, n" 205, p. 78. — La nouvelle édition de la Correspont/ancc de Kant
nFLLENCE DE ROUSSEAU
dans la médecine que le médecin est le serviteur de la nature; mais la même maxime vaut en morale. Ecartez seulement le mal qui vient du dehors : la nature prendra d'elle-même la direction la meilleure. Si le médecin disait que la nature est en elle-même corrompue, par quelmoyen voudrait-il l'améliorer ? Le cas est le même pour le moraliste. ' )) (( C'est la dilïérence de la fausse morale et de la saine morale, que la première ne recherche que des ressources contre les maux, tandis que la seconde veille à ce
complète abondamment le témoignage de la sollicitude active avec laquelle Kant suivait une entreprise (( dont l idée seule dilate le cteur ^)(Jiriefweclisel, 1, p. 220), qui méritera « la reconnaissance de la postérité » {Ihid., p 181). N. les lettres de Kant à VVolke (p. 178, 220), à Basedow (p. 181), à Regge (|). 187), à Cami)e (p i9(j, 2(3i). à Crichton (p. 217). On savait d'ailleurs que Kanl était intervenu pour faire admettre au Philanthropinum des jeunes gens à (jui il s'intéressait, ce La porte est étroite, écrivait Hippel le 29 avril 1777 à un candidat ; elle n'a été ouverte à Scherres pour ses deux fils que sur les prières réitérées de M. Kant » (Hippel, liriefe, n" 83). — Nous voyons ici une intervention du même genre se produire, avec un commentaire qui la rend significative. En recommandant à Wolke le fils d'un de ses amis, Kant prévient qu'il a et' élevé jusque-là selon les principes de l'éducation négati\e, la meilleure, ajoute Kant, (pi'il [)ùt recevoir jusqu'à cet âge. On l'a laissé développer ses facultés en toute liberté, en se bornant à écarter ce qui aurait pu leur imprimer une fausse direction ; en matière religieuse, le père est d'accord avec l'esprit du Philanthropinum, selon lequel la connaissance de Dieu doit s'accomplir, quand le moment est \enu, par une sorte de révélation naturelle de l'entendement sain, et être telle qu'elle ne réduise jamais la moralité à n'être qu'un état subordonné ou accessoire (^iiricfwechsel, I, p. 178-179). — Lorsque Camjie a quitté l'Institut, Kant lui en exprime de très vifs regrets, avec l'espoir de l'y voir revenir (//>/>/., p. 201 sq.). — Au moment oii le conflit de Wolke et de Basedow compromet gravement la prospérité de l'école nouvelle, il félicite AN olke du courage avec le(juel il persévère dans son ceuvre en dépit (les dilficultés accumulées, et en même temps il lui confie les moyens tout diplomatiques dont il a usé j)our convertir à la bonne cause le prédicateur de la cour, Crichton, \ août 1778 (IhicL, p. 220-222). A ce dernier il avait dit entre autres choses : « Sous la direction de Wolke, cet Institut doit devenir avec le tem|)s l'écolemère de toutes les bonnes écoles du monde, pourvu qu'on Aeuille du dehors le soutenir et l'encourager dans ses débuts» (/hid., p. 217)- — Sur Basedow et le Philanthropinisme, v. Pinloche, La réforme de l'éduratroft Ofi AUenias^iie au xvni*' siècle. A supposer que Basedow, comme le prétend M. Pinloche, relève moins de Rousseau (ju'on ne croit (p. 28O-288), c'est certainement parles idées qui lui sont venues de Rousseau cjue Kant a été conduit à [)rendre tant à C(jeur l'essai de Basedow .
I. \ m, p. Gifi. — (( Les moralistes du jour supposent beaucoup de maux <'t veulent a[>prendre à en triompher ; ils sup[)Osent beaucoup de tentations pour le mal, et ils prescrivent des mobiles pour en triompher. La méthode de Rousseau nous ap[)rend à ne pas tenir les premiers pour des maux, ni les secondes pour des tentations ». VIII, p. 61 4-
LA PTITI.OSOPHIE PRATIOrE DE KANT
I?^FLLENCE DE ROUSSEAU
que les causes de ces maux n'existent point*. » On ne peut agir heureusement suri humanité qu'à la condition dechercher le point d'appui de son action dans l'état de nature, qui est en même temps l'état de liberté". Kant détourne vers les thèses de Rousseau l'antique conception, selon laquelle on ne peut convaincre autrui que par ses propres pensées et le toucher moralement que par ses propres dispositions : à quels eilbts pourrait-on prétendre sur le cœur de l'homme, si l'on ne supposait en lui une certaine bonté ^? Or, c'est se délier de celte bonté native que de vouloir inculquer du dehors la vertu ; la vertu ne s'enseigne pas ; il suffit d'écarter ce qui lui lait obstacle. (( Là où Terreur, a écrit Kant ailleurs, est entraînante et périlleuse en même temps, les connaissances négatives et leurs critères ont plus d'importance que les connaissances et les critères positifs... Socrate avait une philosophie négative au regard de la spéculation, je veux dire une philosophie de la non-valeur de beaucoup de prétendues sciences, une philosophie des limites de notre savoir. La partie négative de l'éducation est la plus importante : discipline. Rousseau (marquer avec précision des limites*. )»
Une science marque bien les limites de toutes les sciences : c'est la science de riionnne. A elle il appartient de découvrir l'homme vrai, d'éveiller en tout être humain la conscience de sa lâche. « S'il est quelque science qui soit réellement nécessaire à l'homme, c est celle que j'enseigne, qui lui indique de remplir convenablement la place qui lui a été assignée dans la création, et dont il peut apprendre ce qu il doit être pour être un honune. Supposé qu il ait appris à connaître au-dessus ou au-dessous de lui des séductions trompeuses qui 1 aient à son insu tiré de sa place pro-