I. IVerke, XV, p. '177. .> , j ir
'2. Vcrniiufti^e Gcdanken s'on Guti, dcr Welt itnd der Seelo des Men-
sc/ten,ycd., 1720, Vonede.
On y reconnaît ccUc rigidité stricte de rentendement logique qui lie les idées par voie de conséquence directe, au lieu de cette large souplesse de la pensée spéculative qui, dans la philosophie leibnizienne, unit les idées en les faisant converger harmonieusement. Par là sans doute telle doctrine de Leibniz parut chez Wolff, même quand elle était à peu près fidèlement reproduite, plus oITensive et plus dure. C'est ainsi que le problème qui naturellement tenait le plus en éveil les intelligences et les consciences, le problème du rapport de la raison avec la révélation religieuse, reçoit de \\ oUr en principe la solution même que Leibniz avait indiquée. Il y a d'abord, disait Leibniz, des vérités qui sont communes à la raison et à la foi et qui constituent le fonds de la religion naturelle: quant aux vérités que les religions positives, plus spécialement le christianisme qui est la meilleure de toutes, enseio^nent comme des mvstères, l'assentiment qu'elles réclament n'exige pas. comme le prétend Bayle, un renoncement à la raison : il laut maintenir l'ancienne distinction entre ce qui est contraire à la raison et ce qui est au dessus d'elle : comme les lois de la nature relèvent finalement d'une autre nécessité que la nécessité géométrique, les considérations générales du bien et de l'ordre qui les ont fondées peuvent être vaincues dans quelques cas par des considérations d'une sagesse supérieure : Leibniz d ailleurs tendait à admettre que ces considérations exceptionnelles rentrent dans le plan du meilleur des mondes et qu'elles produisent une dérogation, non pas à l'ordre souverain des choses, mais simplement à l'ordre ordinaire et familier qui est donné dans l'expérience des hommes: les miracles sont une introduction plus manifeste du règne de la grâce dans le règne de la nature *. Cette façon d'entendre la conformité de la rai-
I. Essais de Tliéodicée. Discours préliminaire de la con/'jprmité de la for avec la raison. Pli. Schr. Ed. Gerhardt, VI, p. ^9 et suiv. — Cf. Em. Boutroux, Notice sur la vie et la philosophie de Leibniz, en tête de son édition de la Monadologie, 1881, p. 126-128. — A. IMchler, Die Théologie des Leibniz, 1869, I, p. 226 aSS.
LES A>TÉCÉDEÎSTS : PlÉTlSME ET RATIONALISME
son avec la foi ne paraît réserver pleinement le rôle de la foi qu'à la condition de reconnaître expressément les Hmites de la raison humaine. En fait, Leibniz les reconnaissait, et après lui, WolfF était tout disposé par son éducation profondément chrétienne à les reconnaître. Seulement chez Leibniz la reconnaissance de ces hmites était liée à Tidée ou au sentiment de ce que l'ordre des vérités supérieures au principe de contradiction enveloppe d'infini ; chez WolflP, au contraire, la tendance à tout enfermer dans des formules logiques, qui se traduisait notamment par la réduction du prhicipe de raison sutfisante au principe de contradiction, rendait plus arbitraire sa conception du rôle de la foi et semblait exio-er. sur la question des miracles et de la révélation, une application plus étroite des critères du rationahsme. Ellcctivement. les conditions auxquelles il soumet la vérification du surnaturel sont si strictement définies, quelles en restreignent singulièrement la réalité ou la possibdité. Dieu, selon WolIT, ne révèle rien de ce qui peut être connu par la raison : il ûmt donc étal>lir tout d'abord que l'homme n'aurait pu par les voies naturelles arriver aux connaissances qu'il reçoit sous la forme de la révélation divine. Comme Dieu ne peut vouloir que ce qui est conforme à ses perfections, rien de ce qui leur est contraire ne peut être tenu pour révélé. Comme il est par son entendement la source de toutes les vérités et qu'il ne peut rien produire ([ui les démente, une révélation autheatique ne doit rien contenir qui soit en opposition avec les vérités rationnelles. Même la révélation divine de la morale ne saurait enchaîner l'homme à ce qui contredit les lois de la nature ou l'essence immuable de l'àme. Enfin, pour arriver jusqu'à l'homme, la révélation ne doit pas plus bouleverser les règles et les habitudes du langage que les forces naturelles: elle doit être, comme le reconnaissent les théologiens, appropriée à l'état d'esprit et aux façons ordinaires de ceux qui la reçoivent. C'est qu'en effet, si le miracle reste possible en général, le miracle inutile est moralement impossible; un monde où tout arriverait
LA l'IllLOï^UPlIIi: l'KATIQlK Di: KANT
par miracle pourrait tHiv rcITet delà puissance de Dieu, non de sa sagesse. L'événement miraculeux n'exige de Dieu qu'une puissance et une science en rapport avec sa singularité, tandis que l'événement (jul rentre régulièrement dans le cours des choses exige une puissance et une science capables de le déterminer non seulement en lui-même, mais dans ses relations avec l'ensemlde. Aussi un monde où les miracles sont rares est-il plus parfall (pi'un monde on les miracles se multiplient. De toute façon, ce qu'on appelle un miracle ne peut être sans raison, et la raison du miracle doit le plus possible se coordomier, en ses moyens et ses ellets, avec la raison générale qui gouverne tout'. Si donc WollY ne s'opposait pas directement au supra-nahnalisme des théologiens de son temps. H liMniiissait à coup sur des ressources pour le combattre: par là, comme aussi par sa disposition plus d\u\e fois manifeste à séparer le domaine de la raison de celui de la foi", à ne réclamer pour la raison que les simples airirmations de l'existence et des attributs de Dieu, de l'immortalité de l'ame, Wollf instituait en Allemagne, à la ïavnn des déistes d'Angleterre, la religion naturelle.
Il agissait plus fortement encore dans le même sens par sa façon de traiter et de résoudie les problèmes prati(pies. S'étant déjà occupé de ces problèmes avant de connaître Leibniz, il les posa même dans la suite avec une certaine indépendance à l'égard de la doctrine leibnlzieiuie. En |)articulier, il était moins poité à admettre (pie les |)rlnclpes moraux dussent chercher un ap|)ui dans les vérités niétaphvsiqueseldanslechristianlsme. DéjàTliomasius, suivant l'exemple des libres [)enseurs anglais, avait tenté de délac^ier lamoralede la théologie et delà fondersurles lois intérieures de la nature humaine : lois, disait-il, ([ui ne sauraient trom-
1. Veniiinftiiie Cedanken von (,ott, etc., I, .îi G3.'>-ïî O'i:^ $ ioio-§ 1019, § loSçv^ io'i3. pp. 38t)-3()2, 023-6m(), 638(343.
2. Vernùnfti'^e (ledaiiken von dcr Metischcn Thun und l.nssen, 1720,
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