‹ La philosophie pratique de KantChapitre 165 sur 361 · Gewissensskrupel · texte numérisé non relu

Gewissensskrupel

Gern dien'icli don Freunden, doch tliue' ich es leider mit Neigung, Und so wurmt es mir oft, dass ich nicht tugendhaft bin. Entscheidung

Da ist kein andercr Rath, du musst suchen, sie zu vcrachten, Und mit Abscheu alsdann thun, wie die Pflicht dir gebeut. Il ne faudrait pas croire du reste que sur ce sujet même il y eût entre Kant et Schiller une radicale divergence d'idées. D'une façon générale, Schiller a moins voulu tempérer, comme on le dit d'ordinaire, le rigorisme kantien, que le compléter. A maintes reprises nous trouvons dans ses lettres des déclarations très nettes sur la nécessité méthodique et la valeur fondamentale du rigorisme tel que Kant l'a conçu V. notamment la lettre à Korner du 18 février 1798, où, faisant profession de kantisme, il tient par-dessus tout à distinguer la moralité et la beauté (0/J. cit., II. p. 17-24). Parmi les lettres à Gœthe, v. principalement celle du 28 octobre 1794 : « La philosophie kantienne, sur les points essentiels, ne pratique aucune indulgence, et elle a un caractère trop rigoriste pour qu'il y ait avec elle des accommodements possibles. Mais cela lui fait honneur à mes yeux, car cela montre combien peu elle peut supporter l'arbitraire. Aussi une telle philosophie ne veut-elle pas non plus qu'on la paye de révérences », I, p. 25. — V. aussi la lettre du 2 mars 1798, II, p. 56-57. — Môme dans son écrit Sur la Grâce et la Dignité, où il montre en quoi la morale kantienne ne le satisfait pas pleinement, il juge le rigorisme bien fondé en principe. Le contentement sensible, dit-il, est la justification que l'on donne d'habitude à l'action raisonnable. « Si la morale a enfin cessé de parler ce langage, c'est à l'immortel auteur de la Critique qu'on le doit ; c'est à lui qu'appartient la gloire d'avoir restauré la saine raison en l'aUVanchissant de la raison philosophante... Pour être pleinement certain que l'inclination n'intervient pas dans la détermination, il vaut mieux l'apercevoir en lutte qu'en accord avec la loi de la raison ; car il peut trop aisément arriver que sa sollicitation seule lui assure sa puis.sance sur notre volonté. Comme en effet dans l'action morale l'essentiel est, non pas la légalité des actes, mais uniquement la conformité des intentions à la loi, on n'attribue justement aucune valeur à cette considération, que dans le premier cas il est habituellement plus avantageux que l'inclination se trouve du côté du devoir. Une chose paraît donc bien certaine, c'est que l'assentiment de la sensibilité, même s'il ne rend pas suspecte la conformité de la volonté au devoir, n'est pourtant pas en état de

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ici comme inséparable de la soumission au devoir, serait elle-même un mobile sensible ; ce sont les mobiles sensibles de toute sorte que Kant a prétendu exclure de la moralité. Il n'en reste pas moins que, malgré cette inexacti-

la garantir... Jusqu'à présent, je crois être en parfait accord avec les rigoristes de la morale ; mais j'espère par cela même ne pas être rangé parmi les latitudinaires, si ces prétentions de la sensibilité, qui, dans le cjiamp de la raison pure et pour ce qui est de la législation morale, ont été pleinement récusées, j'essaie encore de les admettre dans le champ des phénomènes et pour ce qui est de l'exécution réelle du devoir moral. » Schiller ex|]lique donc que l'homme, n'ayant pas seulement à accomplir des actions morales particulières, mais à devenir dans tout lui-même un être moral, doit travailler à unir le devoir et le plaisir, à se rendre joyeuse l'obéissance à la raison. 11 ajoute : « Dans la philosophie morale de Kant, l'idée du devoir est exposée avec une dureté qui éloigne d'elle, en les effarouchant, toutes les Grâces, et peut aisément induire une intelligence faible à chercher la perfection morale dans la voie d'un ascétisme ténébreux et monacal. » Schiller affirme encore que « sur le fonds même des choses, après les arguments apportés par Kant, il ne peut plus y avoir de discussion parmi les tètes pensantes qui veulent être convaincues ». Si une pensée essentiellement juste s'est laissé aller à des exagérations et à des impropriétés de langage, cela a tenu sans doute au temps où Kant est apparu et aux adversaires qu'il avait à combattre, a D'une part il devait être révolté d'un grossier matérialisme dans les principes moraux, que l'indigne complaisance des philosophes avait mis comme un oreiller sous le caractère amolli de réjioque. De l'autre, il devait avoir son attention éveillée par un principe non moins suspect, ce principe de la perfection, qui, pour réaliser l'idée de la perfection universelle, ne se mettait guère en peine sur le choix des moyens. 11 se porta donc du côté où le danger était le plus clair et la réforme la plus urgente... Il n'avait pas à instruire l'ignorance, mais à rectifier l'aberration. C'était une secousse qu'il fallait pour opérer la cure, non des paroles caressantes et. persuasives... Il fut le Dracon de son temps, parce qu'il ne l'estima ni digne, ni susceptible d'avoir encore un Solon... » Schillers Werkp (Kurschner), XI[, i (Boxberger), p. 89 sq. — C'est à ces réflexions et à ces réserves que répondit Kant dans une note de la 2" édition de la Religion : « M. le P'" Schiller, dans son traité écrit de main de maître sur la grâce et la dignité, désapprouve cette façon de représenter l'obligation en morale, comme impliquant en elle une disposition d'âme bonne pour un chartreux ; mais puisque nous sommes d'accord sur les principes importants, je ne peux même sur ce point admettre qu'il y ait entre nous dissentiment ; il s'agit seulement de nous bien entendre l'un l'autre. — Je l'avoue volontiers : au concept du devoir, en raison précisément de sa dignité, je ne peux ajouter aucune grâce. Car ce concept enferme une contrainte inconditionnée, avec laquelle la grâce est en opposition directe. La majesté de la loi (comme celle du Sinaï) inspire une vénération (non la crainte qui repousse, ni non plus l'attrait qui engage à la familiarité) : par où est éveillé un respect qui est comme celui du serviteur envers son maître, mais celui-ci dans le cas présent étant en nous-mêmes, un sentiment de la sublimité de notre destination propre, lequel nous ravit plus que toute beauté. — Mais la vertu, c'est à-dire l'intention solidement établie de remplir exactement son devoir, est bienfaisante encore dans ses conséquences, au delà de tout ce que peut produire dans le monde

tilde, répigramme de Schiller a été la citation favorite de tous ceux qui ont combattu le rigorisme kantien*.

Kant d'ailleurs est en effet « rigoriste » : il ne faut pas essayer de lui épargnei" un qualificatif qu'il considérait

la nature ou l'art ; et l'image splendide de l'humanité, exposée sous cette forme-là, permet fort bien l'accompagnement des grâces, de ces grâces qui, quand il ne s'agit encore que du devoir, se tiennent à une distance respectueuse. Mais si l'on prend garde à la gracieuseté des effets que la vertu, si elle trouvait accès partout, propagerait dans le monde, alors la raison moralement dirigée met la sensibilité enjeu, au moyen de l'imagination... — Demandet-on maintenant de quelle espèce est le caractère esthétique et pour ainsi dire le tempérament de la vertu, s'il est fier, par suite joyeux, ou bien anxieusement déprimé et abattu : il est à peine nécessaire de répondre. Cette dernière disposition de l'âme, disposition ser\ile, ne peut jamais exister sans une haine cachée de la loi, et ,1e cœur joyeux dans Vaccomplissei)ient de son devoir (non la façon de le reconnaître selon son gré) est une marque de la sincérité de l'intention vertueuse », VI, p. 117-118, note. V. plus abondamment développées les réflexions dont est sortie cette note : Lose BIdtter, C i, I, p. 122- 128. « Des personnes, y remarque Kant, qui sont aussi pleinement d'accord que possible sur le fond des choses, en viennent souvent à se contredire, parce qu'elles ne s'entendent pas sur les mots » p. 126. En dehors des passages que nous avons déjà cités, et qui témoignent bien que Schiller admettait, au moins pour la détermination du principe moral, le rigorisme kantien, on peut signaler : Voni Erhabenen (Ed. Kûrschner, XII, p. 1 25- 126); Ueber das Patlietische (Ihid., p. 161-162); dans les Lettres sur l'éducation esthétique adressées au prince de Schleswig-Holstein-Augustenburg, et qui sont pleines de l'inspiration kantienne, la G« lettre, du 3 décembre 1798 (XII, 2, p. 118 sq) ; dans les Lettres sur l'éducation esthétique de l'homme, la i'*^ lettre (XII, i, p. 218), la i3e lettre (p. 206, note). — Quant à l'épigramme même, elle pourrait bien avoir été dirigée moins contre Kant que contre ces kantiens dont la fidélité servile et le zèle intempestif avaient plus d'une fois provoqué l'irritation de Schiller. — Cf. Kuno Fischer, Schiller als Philosoph, 2^ éd., 1892, II, p. 92-98 (264-270), surtout ^ orlânder, Ethischer Rigorismus und sittliche Srhônheif, Philosophische Monatshefte, XXX, p. 220-280, p 871iio5, p. 534577, et Kurd Lasswitz, Kant und Schiller, dans Wirklichkeiten, 1900, p. 34i-358

I. V. notamment Hegel (Philosophie des Redits, Werke, VIII, p. 162) et Schopenhauer {Die Grundla^e der Moral, éd. Grisebach, III, p 5i4-5i5). « Théorie qui révolte le vrai sens moral, dit ce dernier, apothéose de l'insensibilité, directement opposée à la morale chrétienne, qui au-dessus de tout met l'amour, et sans lui ne trouve de prix à rien [i'"" aux Corinth., i3, 3]. Idée de pédant sans délicatesse qui moralise... Pour moi, j'ose dire que le bienfaiteur dont il nous a fait le portrait, cet homme sans cœur, impassible en face dos misères d'autrui, ce qui lui ouvre la main (s'il n'a pas encore d'arrière-pensée), c'est une peur servile de quelque dieu : et qu'il appelle son fétiche « impératif catégorique » ou Fitzliputzli (sic), il n'importe. Car qu'est-ce qui pourrait donc toucher un cœur dur comme celui-là, sinon la peur? » Tout en repoussant le rigorisme, Scho|)enhauer d'ailleurs félicite Kant d'avoir exclu l'eudémonisme : « Kant a dans l'Éthique le grand mérite de l'avoir purifiée de tout eudémonisme » (Ibid.. p. 497"). — V. aussi Die IVelt als Wille und Vorstellung, Ed. Grisebach, I, p. 666-668, p. 664.

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comme un éloge/ ; mais à l'usage du mot s'associent d'ordinaire certaines idées qui ne traduisent pas très justement ou qui même dénaturent le sens de la pensée kantienne.

N'oublions pas d'abord quel est le problème que Kant veut résoudre : il s'agit, pour lui, d'établir le fondement de la morale. Or la morale peut-elle être fondée sur les inclinations, plus précisément, sur l'idée qui représente le plus .grand contentement possible de toutes les inclinations humaines, sur ridée de bonheur.»^ Etant, conjme nous l'avons vu, une science pure, une métaphysique des mœurs « complètement isolée' )), elle ne peut que procéder par des détejminations strictes, exclusives de tout ce qui n'est pas compatible avec ces conditions^: dès lors, au point de vue méthodologique autant qu'au point de vue pratique, ridée du bonheur ne saurait, en quelque mesure que ce sojt, définir ou constituer le principe du devoir. Kant est l'ennemi résolu de la conception Avolfienne qui admettait la possibilité et même la réalité d'une harmonie directe entre la faculté inférieure et la faculté supérieure de désirer*; il affirme, lui. l'hétérogénéité radicale de la sensibilité et de la raison.

C'est qu'en etTet l'idée du bonheur, quand on l'examine, ne saurait être une idée rationnelle pure, capable de servir de principe. Il y a contradiction entre la matière et la forme de cette idée. Par sa forme, elle pose un tout absolu,

1. Die Religion, VI, p. ii6. Kant ap|)ellc rigoristes, en les opposant aux latitudiiiaires, ceux qui refusent d'aJinotlre au point de vue moral un milieu entre être bon et être mauvais, soit dans les actes, soit dans les caractères humains. « On nomme communément ceux qui adoptent cette sévère manière de penser (d'un nom qui est censé contenir en lui un blâme, mais qui en réalité est un éloge) des rigoristes. »

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