‹ La philosophie pratique de KantChapitre 187 sur 361 · Cf. Anthropolof^ie, VII, p. 61/I · texte numérisé non relu

Cf. Anthropolof^ie, VII, p. 61/I

2. IV, p. aS'i. — V. l'article de F. Pilloii, La morale indépendante et le principe de dignité, dans raiicicnne Année pltilosop/iiffuc, 1S68 (Première année, 1867), p. 261-302.

FONDEMEiNTS DE LA MÉTAPHYSIQUE DES MŒURS 38 1

législation propre au règne des fins, à la république des volontés, fait tout estimer selon la dignité de la personne, et n'autorise qu'en les subordonnant à cette dignité les actions par lesquelles les sujets raisonnables sont des moyens ' . Nous voici donc en possession de trois façons de représenter le principe de la morale. La première considère dans les maximes leur forme : c'est celle qui énonce que les maximes doivent être choisies de façon à pouvoir être converties en lois universelles de la nature ; la seconde considère dans les maximes leur matière ; c'est celle qui énonce que l'être raisonnable est fin en soi et doit .à ce titre restreindre les fins subjectives et arbitraires ; la troisième considère les maximes dans leur détermination complète : c'est celle qui énonce que toutes les maximes émanant de notre propre législation doivent concourir à un règne des fins qui serait comme un règne de la nature. Il y a là selon Kant un progrès dont les moments peuvent être marqués par les catégories de la quantité ; on va de Vanité de la forme, qui est l'universalité, à la pluralité de la matière, et de là à la totalité du système des fins. Néanmoins ces diverses formules expriment toujours au fond la même loi et

1. ('A\ H. Cohen, Ethik des reinen Willeiis, igoi, p. 3o2-3oG. — C'est par là que la pensée kantienne a pu être développée ou utilisée dans un sens socialiste, qu'elle a paru bonne à plusieurs, en raison de sa double signification, morale et critique, pour compléter ou rectifier les expressions matérialistes et dogmatiques du socialisme. Divers représentants du néo-kantisme allemand depuis A. Lange, — notamment II. Cohen, Natorp, Staudinger, K. \ orliinder, etc., — inclinent à un tel socialisme idéaliste, dont Kant leur fournit le principe éthique et la méthodologie rationnelle. V. principalement dans cet ordre d'idés l'ouvrage considérable de Stammler, Wirtschaft und Redit nach der materialistischea Geschiclitsauffassung, 1896. — Dans les controverses même auxquelles a donné lieu la crise actuelle du marxisme, la question de la part à faire à la pensée kantienne a été plus d'une fois soulevée. Là-dessus v. K. Vorliinder, Kant und der Sucialismus, Kantstudien, IV, p. 36i-4i2 ; Die Neukantische Bewegung ini Sozialismus, Ibid., VIT, p. 28-84. — F. Krueger, Eiiie neue Sozialpliiiosophie auf Kantischer Basis, Ibid., VI, p. 284-298. — Il faut d'ailleurs reconnaître que si certaines idées directrices de la morale de Kant peuvent servir de principes ou de cadres à des théories socialistes, sa propre philosophie du droit a été dans ses lignes essentielles surtout individualiste et libérale. V. Henry Michel, L'idée de l'Etat, 2"^ éd., 1896, p. 47-52.

ne diderent qu'en ce que, pour lui ménager un plus facile accès auprès de nous, elles la rapprochent de plus en plus de l'intuition et du sentiment : de là du reste peuvent découler des erreurs quand il s'agit de juger moralement, et mieux vaut alors en référer, selon la stricte méthode, à la règle initiale, qui est : Agis d'après la maxime qui peut en même temps s ériger elle-même en loi universelle\ Cependant cette recommandation de Kant ne peut porter que sur l'usage des expressions analogiques par lesquelles il a essayé de montrer comment l'impératif catégorique est applicahle ; elle n'atteint pas le travail graduel d'analyse par lequel il a dégagé les notions pures dont procèdent les trois formules, et qui, en aboutissant à la notion de l'autonomie, a préparé la réponse à la question de savoir comment l'impératif catégorique est possible.

Ce qui reste toujours dès à présent établi, c'est ce que cette notion seule de l'autonomie peut définir le véritable principe de la morale. Et d'autre part c'est bien la notion de riiétéronomie de la volonté qui est la source de tous les faux principes moraux. Quand en effet la volonté reçoit sa loi de son objet en vertu du rapport qu'elle a avec lui, — que ce rapport soit fondé sur l'inclination ou qu'il le soit sur des représentations de la raison, — elle ne peut reconnaître d'autres impératifs que les impératifs hypothétiques ; elle ne se tient pour obligée de faire une chose que parce qu'elle en veut quelque autre. Or tous les systèmes défectueux ou erronés ont ce caractère de ne pouvoir pas comprendre l'impératif catégorique dans sa signification inconditionnée et sa provenance pure, autrement dit, de subordonner la volonté à quelque matière qui l'empêche de se prendre pour législatrice suprême. Ces systèmes peuvent d'abord être divisés en deux groupes, selon qu'ils invoquent des principes empiriques ou des principes rationnels. Les premiers, qui se rapportent au concept du bonheur.

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