V, p. iio-iii
.'(. Kant étend ici le domaine que dans la Critic/iie Je la raison pure il assignait à l'analytique; car il y lait entrer rcsthcliquc. « L'analytique de la raison pure théorique, dit-il ici, se divisait en esthétique transcendantale et en logique transcendantale. » V, p. 94.
!^'if^ LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT
autrement dit, le sentiment moral. Il y aura donc correspondance parfaite entre les divisions des deux Critiques. Seul l'ordre des divisions sera interverti. C'est que la raison pratique ayant affaire à des objets, non pour les connaître, mais pour les réaliser, n'a pas à s'appuyer sur les données de l'intuition sensible, mais au contraire sur l'idée d'une causalité indépendante de toute condition empirique ; au lieu donc d'aller des sens aux concepts et des concepts .aux principes, c'est des principes que nécessairement elle doit partir pour aller de là aux concepts et des concepts, s'il est possible, aux sens'. Cependant le motif de cette différence extérieure dans l'ordre suivi est trop profond pour ne pas exprimer ou produire une différence jjlus interne ; et nous verrons en effet que le genre de déduction appliqué aux principes de la raison pure pratique sera à certains égards tout autre.
La présupposition de la (JrUicjiie de la raison pratique paraît être celle-ci : il y a des lois pratiques. Cette présupposition ne doit pas être cependant confondue avec une simple acceptation, sans j)ieuves, de l'existence du devoir. Elle se justifie, dans la pensée de Kant, par deux sortes de considérations : la première, c'est que, comme il le disait dans la Grundlegimg, « toute cliose de la nature agit d'après des lois " )) et que toute loi véritable procède de la raison ;
1. V, p. i6, p. 94-95. — Où Kant manifeste bien le formalisme de son exposition, c'est quand il dit que la marche de l'analytique doit être semblable à celle d'un raisonnement, qu'elle doit partir de l'universel qui forme la majeure (principe moral), pour aller au moyen de la subsomplion d'actions possibles (bonnes ou mauvaises) sous ce principe, laquelle constitue la mineure, à la détermination subjective de la volonté (c'est-à-dire à l'intérêt qui s'attache au bien pratique possible), laquelle est la conclusion, p. gô. — \. Adickes, Ko lit' s Systenintik, p. 1/19.
Il n'est pas sans intérêt de signaler que la démonstration de la possibilité de principes pratiques a priori se présente au début de la Critique sous forme de délinitions, de théorèmes, de corollaires, de scolics, de problèmes, rappelant par là une ambition familière aux inélaphysicicns.