‹ La philosophie pratique de KantChapitre 264 sur 361 · Yl, p · texte numérisé non relu

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6l8 LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE RANT

et qu'elles peuvent fournir à la vertu d'éclatantes occasions de se produire, elles existent en nous sans que nous les ayons voulues ; nous n'en pouvons être tenus pour responsables, tandis que le penchant au mal, si profondément qu'il paraisse enraciné en nous, engage notre resjDonsabilité. Dira-t-on alors que le mal a sa cause dans une perversion de la raison, qui n'irait à rien moins qu'à détruire pratiquement la législation morale originairement issue d'elle? Mais une action directe de l'être raisonnable contre la raison, de l'être libre contre la loi identique à la liberté, ne saurait se concevoir : autant admettre une cause agissant sans loi. Si donc Kant se refuse à admettre que le mal soit dû uniquement à un certain manque de culture' ou à l'imperfection de notre savoir, il garde toutefois du rationalisme socratique, platonicien et leibnizien cette idée, que la volonté de lliomme ne peut jamais délibérément poursuivre le mal pour le mal. Nul homme, dit-il, même le plus pervers, et quelles que soient ses maximes, ne viole la loi dans un pur esprit de révolte ; car à l'existence de la loi correspond en lui, nous l'avons vu, une disposition qui ne se laisse pas extirper.

Ainsi, pour l'explication du mal dans l'homme, la sensibilité contient trop peu, car elle ferait du mal un simple état d'animalité, et la raison contient trop, car elle ferait du mal un état diabolique. Reste donc que le mal s'explique par le rapport de la sensibilité et de la raison. Mais comment.^ Que l'homme soit également porté à accueillir en lui les mobiles qui lui viennent de la sensibilité et ceux qui lui viennent de la raison, cela se conçoit, puisque ces mobiles sont liés à des dispositions primitives: dès lors, si l'on jugeait de ce qu'est l'homme par le contenu matériel des mobiles, on pourrait l'estimer à la fois bon et méchant, ce qui ne saurait être. Cependant les mobiles de diverse espèce peuvent avoir entre eux une autre sorte de relation

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