‹ La philosophie pratique de KantChapitre 283 sur 361 · Jachmann, p. 117 sq. — Borowski, p. 107 sq · texte numérisé non relu

Jachmann, p. 117 sq. — Borowski, p. 107 sq

2. V. la lettre à Borowski du 2'\ octobre 1792, liriefwechsel, II, p. 365.

3. Dans les brouillons et les esquisses que contiennent les « Lose Blàtter » le nom de « Jésus » ou de « Christ » revient au contraire de temps à autre.

4. ^ . les brouillons de lettre au catliolique Ileuss, mai l'jgi, IJriefn'echsel, II, p. 4i*3.

68o LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT

parce que se tenant dans les limites de la raison elle n'a pas à décider des conditions empiriques dans lesquelles la foi de la révélation peut se produire et se présenter pour être efficace. Mais qu'entend-il au juste par la Religion dans les limites de la simple raison ? Est-ce une conception systématique de la Religion naturelle ? Est-ce la Religion chrétienne en tant qu'elle est susceptible d'une expression rationnelle ? L'une et l'autre, à vrai dire : seulement Kant se défend d'avoir cherché à pousser l'interprétation rationnelle du Christianisme jusqu'au point où le fait primordial ainsi que toutes les données de la révélation pourraient être expliqués absolument par la raison. Sa tendance à cet égard est très nette, si les formules par lesquelles.il a essayé de la. traduire trahissent parfois quelque indécision et n'apportent pas toujours une pleine lumière. La Révélation, rcmarquet-il dans la Préface de la 2" édition de la Relirjion, peut enfermer une Religion rationnelle pure, tandis que la Religion naturelle pure ne peut pas contenir l'élément historique de la Révélation. La Révélation et la Religion naturelle sont comme deux cercles concentriques, dont le plus large est celui qui représente la Révélation ; le philosophe, en tant qu'il procède par des principes a priori et qu'il fait abstraction de toute expérience, doit s'enfermer dans le cercle le plus étroit. Mais il peut faire aussi une seconde tentative: il peut, faisant abstraction de la Religion rationnelle conçue comme système subsistant par soi, prendre pourpoint de départ la Révélation comme système historique, en comparer divers éléments isolés aux concepts moraux et rechercber si on ne retrouve pas de la sorte le système de la Religion rationnelle. Dès qu'on le retrouve, il apparaît f|n'entre la raison et l'Ecriture il y a non seulement compatibilité, mais unité, et que quiconque suit la première ne peut manquer de s'accorder avec la seconde. En intitulant son livre la Religion dans les limUes de In simple raison, et non la Religion tirée de la seule raison (nus hlosser ] ernnnfl), Kant déclare avoir voulu marquer son intention feiinc. qui

était, non point d'exclure la Révélation de la Religion, mais au contraire d'établir l'harmonie de telle Religion révélée comme le Christianisme avec la raison pratique. Il n'a point songé, en dégageant de la Bible les éléments rationnels qu'elle contient, à ne voir en elle qu'un ensemble de doctrines rationnelles simplement voilées. En d'autres termes, pour ce qui est du rapport de son œuvre avec le Christianisme, il est parti d'une Religion donnée et il a appliqué à la comprendre dans les limites de la raison une méthode exclusivement analytique ; il n'a point usé de la méthode synthélique qui eût consisté à partir de la Raison comme de la condition a priori d'oii pouvait être déduit tout le contenu de la Religion révélée * . Par ces distinctions et ces restrictions Kant croit ne porter aucune atteinte à la foi chrétienne comme foi statutaire, tout en admettant l'influence d'épuration que peut exercer sur elle la Religion de la raison.

Mais cette Religion de la raison paraît en fin de compte beaucoup moins issue de la raison même que d'une interprétation du Christianisme ', car elle n'a en somme d'autre objet que des dogmes chrétiens librement compris. L'idée du mal radical, celle de la régénération indispensable et de la justification ne se seraient point sans doute offertes à la pensée de Kant si le Christianisme ne les lui avait pas enseignées ; et il y a lieu de se demander quel rapport ont ces idées avec la conception que la philosophie transcendantale avait, par la doctrine des postulats, présentée de la Religion. Or nous savons qu'à ce dernier point de vue la Religion consistait à considérer nos devoirs comme des commandements divins, pour ce motif que sans l'affirmation de Dieu nous ne pourrions concevoir la possibilité du souverain bien, objet nécessaire de notre volonté soumise à la loi morale. Et l'esprit du Christianisme, notait Kant, est conforme à cette

1. Die Religion, VI, 107-108. — Der Sireit der Facul/alen.Mhp. Sa^, note. — Tugendlehre, VII, p. 3oo. — Roicke, Lose BlàUer, E 78, II, p. 253: G 17, III, p. 59; G 27, III, p. 89-93.

2. Cf. Liilmann, Kants Anschauung i'om C/irisicntuni , Kanistiidien, III, p. 105-129.

thèse en ce qu'il met la foi sous la juridiction du principe de l'autonomie '. Mais alors le développement des postulats n'allait jusqu'à aucune des idées qui entrent ici particulièrement en ligne de compte ; il portait sur la notion d'un être raisonnable fini qui ne peut ni réaliser dans la vie présente la sainteté commandée par le devoir, ni assurer par lui-même le juste accord de la vertu et du bonheur. Par oii Kant est-il donc passé de cette Religion exclusivement philosophique, au moins dans sa formule, à la Religion chrétienne, même moralement interprétée P C'est par sa conviction de la réalité du mal. L'existence du mal soulève dès lors d'autres problèmes que ceux que soulevait la conduite d'un sujet moral dans son rapport avec la nature sensible ; ou du moins elle en complique et oblige d'en spécifier dans un sens nouveau les solutions. L'acte de liberté, au lieu d'être défini seulement par ses conditions Iranscendan taies, est saisi dans son double rapport avec le mal qu il a opéré et la conversion qu'il doit produire : l'obstacle à la sainteté ne vient plus seulement des limites de notre nature sensible, mais de notre corruption positive, et cet obstacle est tel dès lors que le plus puissant effort de notre volonté pour le surmonter ne suffit pas, carie poids mort du péché continuerait à peser sur la vie même de l'homme nouveau, s'il n'y avait point l'espoir d'une grâce divine pour achever de le'juslifier. Il s'agit donc moins ici d'appeler Dieu à établir la proportion de la vertu et du bonheur qu'à consommer l'œuvre de sanctification; et dans la vie présente, l'organisation d'une société spirituelle, d'une Eglise, est indispensable pour protéger de la contagion du vice l'homme isolé dans sa moralité. Voilà donc comment l'existence du mal force d'introduire certaines conceptions qui tout étant liées au système de la raison pure pratique s'y surajoutent : la philosophie religieuse de Kant est donc une philosophie en quelque mesuio ap|)li(piéc : elle présuppose, non pas seulement que

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