‹ La philosophie pratique de KantChapitre 57 sur 361 · II, p. a^g-a.îo · texte numérisé non relu

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2. Publiées pour la première fois par Schubert dans le t. XI de l'édition Rosenkranz-Schubert, sous le titre : fiemerkangen zu der Beobaclitungeii ither das Gefiïhl des Schonen und Erliahenen, reproduites dans le t. VIII de l'édition Hartenstein (1868), ainsi que dans le t. VllI de l'édition Kirchmannsousle titre : Fragmente ans deiu Nachlasse. Le premier éditeur a cru pouvoir faire un choix parmi les notes de Kant : son œuvre sera donc à compléter et peut-être même à rectifier dans l'édition de l'académie de Berlin. Il reporte les réflexions qu'il publie aux années 1765-75 sans fournir de raisons à l'appui: la date initiale parait très vraisemblable, la date finale plus arbitrairement choisie. ÏNous n'usons ici de ces fragments que pour représenter une suite d'idées de même sens, dont l'origine est certainement dans la période que nous étudions et qui a correspondu à un état de la pensée kantienne d'assez longue durée. Sur cette influence de Rousseau, \. outre les écrits de Kuno Fischer, Dielrich, Hôffding, Foerster et Menzer précédemment cités : D. Nolcn, Les maîtres de Kant : Kant et Rousseau, Revue philosophique, IX. p. 270- 298; H. von Stein, Rousseau und Kant, Deutsche Rundschau, L\ I, p. 206- 217; Richard Fester, liousseau und die deulsche Geschichisphilosophie,

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conviendrait l'expression fameuse, qu'il réveilla Ivant de son sommeil dogmatique. Si Kant, en ellet, avait déjà éprouvé la difficulté de justifier par les procédés du rationalisme ordinaire les concepts fondamentaux de la morale \ il n'en avait pas moins admis pendant longtemps, sans la critiquer directement, une notion de la moralité qu'il regardait comme une donnée réelle, seulement mal expliquée. Cette notion supposait la supériorité de la pensée spéculative jusque dans l'ordre de l action ; elle tendait à représenter la science comme la vertu par excellence dont dérivent toutes les autres vertus : elle établissait entre les principes immédiats de la volonté morale et les vérités supra-sensibles qui paraissent en otrelajustilication suprême des rapports de signification avant tout intellectuelle, susceptibles d'être déterminéespar l'entendement tliéorique. Contre cette notion qu'il avait reçue toute faite, qui était dans le fond très étrangère à sa personnalité intime, Kant réagit vigoureusement, sous l'impulsion de Rousseau. « Je suis par goût un chercheur. Je sens la soif de connaître tout entière, le désir inquiet d'étendre mon savoir, ou encore la satisfaction de tout progrès accompli. Il fut un temps où je croyais que tout cela pouvait constituer l'honneur de l'humanité, et je méprisais le peuple, qui est ignorant de tout. C'est Rousseau qui m'a désabusé. Cette illusoire supériorité s'évanouit : j apprends à honorer les hommes ; et je me trouverais bien plus inutile que le coni-

ch. m, p. 68-80; IloUding, liousseau (Frominaniis klaî^sikcr), p. lai; Boiisseaiis Einfîiiss au f die defiiiith'c Fovin der kantischen Ethik, kanlstudicn, II, p. II -21. ^1^\.\\i\as ^lenn, Inimanucl KaiUs Stelluug zu Jcan- Jacf/ues Rousseau ; J. Clark Miirray, Rousseau : liis position in the liistory of pliilosophy, Philosophical Rcview, VIII, p. 869-370.

I. Poulètre la conscience îles dilBcnllés spéculatives soulevées par l'examen des concepts moraux en usage dans l'école <le Wold' était-elle déjà en partie chez Kant comme l'efl'et visible de cette rénovation qui s'opérait en lui du sens (le la vie morale. Cependant dans l'écrit sur V l'l\'idencp, si Kant répond au ])rogramniede l'Académie en tlisant qu'il faut rapporter les concepts moraux à leur véritable source, qui est le sentiment, il siMnble bien que cette conclusion lui est inspirée par les Anglais, et non par Uousscau, comme le soutient II. von Stcin dans l'article cité, p. 211-212.

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mun des travailleurs, si je ne croyais que ce sujet (Fétude peut donner à tous les autres une valeur qui consiste en ceci : faire ressortir les droits de l'humanité '. » Ce que Xewton avait fait pour l'explication de la nature matérielle, Rousseau, selon Kant, vient de le faire pour l'explication de la nature humaine. « Newton le premier de tous vit l'ordre et la régularité unis à une grande simplicité là oii avant lui il n'y avait à trouver que désordre et que multiplicité mal agencée, et depuis ce temps les comètes vont leur cours en décrivant des orbites géométriques. — Rousseau le premier de tous découvrit sous la diversité des formes humaines conventionnelles la nature de l'homme dans les profondeurs où elle était cachée, ainsi que la loi secrète en vertu de laquelle la Providence est justifiée par ses observations. Jusqu'alors, l'objection de Manès avait encore toute sa valeur. Depuis Newton et Rousseau, Dieu est justifié, et désormais la doctrine de Pope

I. VIII, p. 624. — « Quiconque est échaufTé par un sentiment moral, comme par un principe supérieur à ce que les autres peuvent se représenter d'après leur façon de sentir languissante et souvent vulgaire, est à leurs veux un chimérique. Que je place Aristide parmi des usuriers, Epictète parmi des gens de cour et Jean-Jacqvies Rousseau parmi les docteurs <le Sorbonne : il me semble entendre un ironique éclat de rire et cent voix qui crient: Quels chimériques personnages ! Cette apparence équivoque d'exaltation chimérique dans des sentiments qui en eux-mêmes sont bons, c'est Y enthousiasme, sans lequel rien de grand n'a jamais été fait dans le monde. » Versuch iiher die KrankheHen des Kopfes, 1764, II, p. 220-231. — Les Observations sur le sentiment du beau et du sublime ne nomment expressément Rousseau que dans une note, et encore pour répudier une opinion qui lui est attribuée : « Je ne voudrais pour rien au monde avoir dit ce que Rousseau ose soutenir : qu'une femme n'est jamais rien de plus qu'un grand enfant. Mais le pénétrant écrivain suisse écrivait cela en France, et probajjlement le si grand défenseur du beau sexe qu'il était ressentait de l'indignation à voir que dans ce pays on ne traite pas les femmes avec plus de véritable respect. » II, p. 271. Dans les Observations toutefois bien des idées et bien des remarques de détail portent la trace de l'influence de Rousseau, notamment la conclusion ■ « Il n'y a plus à souhaiter que ceci : c'est que le faux éclat qui fait si facilement illusion ne nous éloigne pas à notre insu de la noble simplicité, mais surtout que le secret encore inconnu de l'éducation soil arraché à la tyrainiie du vieil esprit d'erreur pour ériger de bonne heure, dans le cœur de tout jeune citoyen du monde, le sentiment moral en émotion active, de telle sorte que toute délicatesse n'aspire pas uniquement au plaisir fugitif et oiseux d'apprécier avec plus ou moins de goût ce qui se passe hors de nous. » II, p. 280.

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est vraie \ » Cependant l'enthousiasme avec lequel Kant accueille l'œuvre de Rousseau ne lui enlève pas entièrement la faculté de la critiquer. « Je dois, dit-il, lire et relire Rousseau jusqu'à ce que la beauté de rexjjression ne me trouble plus : car alors seulement je puis le saisir avec la raison'. » « La première imjH-ession, remarque-t-il encore, qu'un lecteur qui ne lit pas seulement par Aanité et pour passer le temps reçoit des écrits de Jean-Jacques Rousseau, c'est qu'il se trouve devant une rare pénétration d'esprit, un noble élan de génie et une âme toute pleine de sensibilité, à un tel degré que peut-être jamais aucun écrivain, en quelque temps ou en quelque pays que ce soit, ne peut avoir possédé ensemble de pareils dons. L'impression qui suit immédiatement celle-là, c'est celle de l'étonnemenl causé par les opinions singulières et paradoxales de l'auteur. Elles sont tellement à rencontre de ce qui est généralement admis, qu'on en vient aisément à le soupçonner d'avoir clierclié seulement à mettre en évidence ses extraordinaires talents et la magie de son éloquence, d'avoir voulu làire l'homme original qui par une surprenante et engageante nouveauté d'idées dépasse tous les rivaux en bel esprit ^w

L'adhésion de Kant à Rousseau est malgré tout, à celte époque, infiniment plus forte que ses réserves, et si cellesci sont intéressantes à noter, c'est surtout parce qu'elles annoncent pour l'avenir des dissidences et des objections plus nettes*. Pour le moment, ce que Kant accepte pleinenu'iit

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