PRÉFACE
C'est pour les besoins de la Science que la Ghronophotographie est née. Cette méthode a pris des formes diverses, afin de se prêter à l'étude des phénomènes les plus complexes et les plus rapides ; elle progresse si vite que bientôt elle nous aura fait connaître dans ses variétés infinies le mouvement, cette chose autrefois presque insaisissable. La Chronophotographie s'est rapidement répandue dans le monde entier ; mais, si elle a acquis la popularité, ce n'est pas en raison de sa valeur véritable : elle a eu cette bonne fortune d'intéresser le public par les charmantes illusions qu'elle donne. Rien de plus saisissant, en effet, que la manière dont elle remet sous nos yeux les scènes de la vie ordinaire, ou les grands spectacles de la Nature : une manœuvre militaire, le défilé d'un cortège, la marche d'un train de chemin de fer, les mouvements des vagues de la mer, sont les projections animées qu'on accueille avec le plus de faveur.
Le succès de ce genre de spectacles a suscité maintes recherches ; beaucoup d'esprits ingénieux se sont appliqués à perfectionner ou tout au moins à modifier les appareils, parfois seulement à leur donner de nouveaux noms. Le Livre plein d'intérêt que M. Trutat m'a chargé de présenter au
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public montre la variété des moyens employés pour atteindre ce but, toujours le même : projeter sur un écran, à des intervalles de temps très rapprochés, une série d'images représentant les phases successives d'un mouvement.
L'Auteur nous fait suivre pas à pas les progrès réalisés par les divers inventeurs ; il montre les imperfections des premiers appareils, indique les moyens employés pour les corriger l'une après l'autre, et signale enfin les solutions les plus parfaites et les plus pratiques. Ce Livre sera un guide précieux pour tous ceux que tentera l'ambition de créer de nouveaux types de chronophotographes, afin de perfectionner encore la Photographie animée. Mais ce n'est peut-être pas là qu'est l'intérêt véritable de la Chronophotographie.
Si parfaite que soit la reproduction des scènes qui nous sont familières, nous commençons à nous lasser de les voir. L'animation d'une rue avec les passants, les chevaux, les voitures qui s'entrecroisent en sens divers ne suffit plus à captiver l'attention. Déjà la recherche de sujets curieux s'impose ; on va demander aux pays lointains des spectacles nouveaux qui, bientôt, ne suffiront plus eux-mêmes à soutenir l'intérêt.
C'est alors que la Chronophotographie, retournant à ses origines, redeviendra scientifique. Elle se fera la vulgarisatrice de ces spectacles toujours nouveaux, toujours captivants, dont les savants jouissent seuls encore dans leurs laboratoires. Elle montrera, dans tous les actes de leur vie, les innombrables espèces animales, celles qui volent dans les airs, celles qui nagent dans les eaux, et même celles qui ne sont visibles que dans le champ du microscope. Elle fera voir
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les phases de la floraison des végétaux et les mystères de leur fécondation, toutes les espèces de machines en mouvement, la fabrication de tous les produits de l'industrie humaine. La Chimie aussi nous réserve bien des surprises avec ses cristallisations si variées et ces formes étranges qui, naissant du mélange de certains liquides, ressemblent parfois à des organismes vivants. Voilà, certes, de quoi tenir en éveil la curiosité la plus ardente. Ces exemples, cependant, ne montrent pas encore toute la puissance de la Chronophotographie.
Oui, les photographies animées ont fixé pour toujours des mouvements essentiellement fugitifs; elles permettent de voir et de revoir indéfiniment des phénomènes parfois difficiles à reproduire ; mais enfin ce qu'elles montrent, l'œil eût pu le voir directement ; elles n'ont rien ajouté à la puissance de notre vue, rien enlevé de ses illusions. Or, le vrai caractère d'une méthode scientifique est de suppléer à l'insuffisance de nos sens ou de corriger leurs erreurs. Pour y arriver, la Chronophotographie doit donc renoncer à représenter les phénomènes tels que nous les voyons.
Une première manière consiste à changer la durée des phénomènes, à ralentir ceux qui sont trop rapides pour que notre œil en puisse saisir les phases, à accélérer ceux qui nous échappent par leur extrême lenteur.
Quand un cheval est lancé au galop, nous ne voyons pas la succession des mouvements de ses jambes, pas plus que nous ne pouvons suivre par la vue les mouvements de l'aile d'un oiseau. Mais si l'on change la vitesse de succession des images, la Chronophotographie peut nous montrer le cheval