XII AVANT-PROPOS
nophotographique, a été décomposée dans ses moindres détails ; bien des problèmes insolubles jusqu'à présent ont été résolus. Les peintres, par exemple, ont pu se convaincre que leurs dessins étaient de pure convention, et qu'un cheval au galop ne pouvait pas se trouver dans la position que leur donnent ordinairement les dessins courants. L'analyse des mouvements a non seulement constaté l'erreur commise, mais encore elle l'a expliquée, et elle a indiqué comment elle pouvait être corrigée sans cependant violer les lois de l'esthétique.
La Photographie du mouvement, la Photographie animée (celle qui reproduit les mouvements), n'existe que depuis quelques années, mais grâce au succès qu'elle a obtenu, grâce à la mode, elle a fait de si rapides progrès que l'on peut dire qu'elle est parvenue aujourd'hui presque à son dernier degré de perfection. On peut donc écrire son histoire, et c'est ce que nous sommes proposé de faire dans ce Volume.
Nous étudierons tout d'abord les origines de cette méthode, en suivant la marche rapide des inventeurs. Nous décrirons en premier lieu le système à appareils multiples, puis ceux à bande sensible, tous dérivés de l'appareil de M. Marey, pour en arriver aux cinématographes, dont la liste est déjà longue, et qui courent à l'envi à l'assaut de la faveur, à la suite du cinématographe de MM. Lumière.
Nous étudierons enfin les méthodes qui nous semblent les plus pratiques, pour l'obtention des bandes photographiques, et leur emploi dans la lanterne à projections.
E. Trutat.
LA
Persistance de la vision. — Il n'est pas d'enfant qui ne se soit amusé à faire tourner rapidement un charbon incandescent : il se produit alors une raie de feu continue. C'est là une illusion d'optique qui provient de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine. Lorsque notre œil reçoit une impression vive, l'image produite alors ne disparaît pas instantanément, elle s'efface graduellement, et, d'après les expériences de Plateau, cette persistance serait en moyenne d'un douzième de seconde, dans le cas du charbon incandescent; mais elle varie suivant la puissance d'éclairement de l'objet observé. Ainsi nous apercevons l'étincelle électrique, et cependant elle est presque instantanée, tandis qu'une balle ou un boulet ne peuvent être aperçus à leur passage, et pourtant leur vitesse est bien moindre; mais l'un est éclairé vivement, l'autre ne réfléchit qu'une lumière diffuse.
L'explication physiologique de cette aptitude particulière de l'œil a été découverte presque simultanément en 1876 par BoU et par Kùhn« Ils démontrèrent que le fond de l'œil était imprégné d'une substance particulière, le pourpre rétinien extrêmement sensible à la lumière. Ce pourpre rétinien était détruit par les images lumineuses d'une façon analogue à celle qui modifie les sels d'argent de la plaque photographique ; mais, sous l'action vitale, cette substance sensible se reconstituait avec une rapidité extrême. La persistance de la vision résulte donc de l'espace de temps pendant T. 1
lequel s'opèrent cette destruction et cette reconstitution du pourpre rétinien. Plus la lumière est brillante, plus profonde et plus longue est l'action de destruction, plus longue est la persistance lumineuse. L'expression vulgaire « un œil brûlé parla lumière » est donc absolument exacte, et cette brûlure, cette destruction du pourpre rétinien, est plus ou moins profonde suivant l'intensité lumineuse ; elle est des plus vives par exemple sous l'aclion de l'éclair magnésique, et demande plusieurs minutes pour se dissiper.
Tel est le phénomène physiologique qui est le point de départ des divers instruments qui permettent de produire l'illusion du mouvement et, en dernière analyse, la Photographie animée.
Comme nous l'avons dit déjà, la durée de piersislance des impressions lumineuses sur la rétine varie avec l'éclairement de l'objet; pour un éclairement moyen, elle est d'environ -^ de seconde. Il en résulte que si un objet éclairé se trouve devant notre œil et qu'un écran opaque vienne nous le masquer pendant ^ de seconde, par exemple, son image persistera dans notre œil pendant -^ de seconde, et nous ne nous apercevrons même pas de son éclipse passagère.
« Supposons maintenant qu'on ait photographié sur une bande pelliculaire, à -j^ (^g) de seconde d'intervalle, les positions successives d'un objet en mouvement. Les diverses épreuves obtenues sont semblables à elles-mêmes, c'esl-à-dire que si l'on superpose deux quelconques d'entre elles, les parties qui représentent des objets fixes se recouvrent exactement, tandis que celles qui correspondent à l'objet en mouvement occupent des positions dont l'écart mesure en quelque sorte le déplacement accompli entre les instants où ont été prises les deux épreuves. Cela posé, admettons qu'on ait pris ainsi 900 épreuves successives, pendant une minute, et projetons sur un écran, au moyen d'une lanterne, l'épreuve n**l, éclipsons-la ensuite en interposant sur le faisceau lumineux un écran opaque qui ne masque la lumière que pendant ^ de seconde ; d'après ce que nous venons de dire, notre œil continuera à voir l'image projetée, non seulement pendant tout le temps du passage de l'écran opaque, mais encore après qu'il a passé pendant un temps égal à la différence entre f^ de seconde (durée de persistance) et j^ de seconde (durée de passage de l'écran), soit -^ de
seconde. Supposons alors que pendant la durée de Téclipse on ait réussi à substituer l'image n® 2 à l'image n" 1. Quand l'écran démasquera à nouveau le faisceau lumineux, nous verrons encore pendant ^ de seconde l'image n® 1 , affaiblie évidemment, à laquelle vient se superposer l'image n® 2, et comme les parties immobiles coïncident exactement, notre œil percevra la sensation de l'attitude n*' 2 de l'objet en mouvement succédant à l'attitude n** 1 .
» Si l'on substitue, de même, pendant des périodes successives et rapides, ]en? 3 au n** 2, le n° 4 au n°3, et ainsi de suite jusqu'au n® 900, il est évident que notre œil aura devant lui toujours la même image dans laquelle l'objet en mouvement passera progressivement de l'attitude n** 1 à l'altitude n® 900.
» L'œil verra donc marcher sur l'écran la photographie de cet objet.
» Il fallait trouver un appareil permettant de produire ainsi 900 éclipses de lumière à la minute, au moyen desquelles se feraient automatiquement 900 substitutions d'images. » (Lumière.)
Mais avant d'arriver à ces appareils, quasi-merveilleux, qui permettent aujourd'hui de projeter devant un nombreux auditoire, et en grandes dimensions, une scène pittoresque, les physiciens ont combiné plusieurs instruments, beaucoup moins parfaits, mais dans lesquels était en germe l'invention de ces projections animées.
Nous croyons donc utile de passer rapidement en revue les plus intéressantes de ces combinaisons,
Phénakisticope de Plateau. — Deux modèles ont été proposés successivement par le savant physicien belge. Le premier (Jig. i), se compose de deux disques de carton montés aux deux extrémités d'un axe, dont la longueur est égale à celle de la vision distincte. Le premier de ces plateaux est noir et percé vers son bord de fentes étroites et placées à distances égales. Le second plateau, divisé en autant de segments qu'il y a de fentes sur le plateau noir, porte une série de dessins qui représentent les diverses phases d'un mouvement. Si l'on fait tourner assez rapidement les deux disques, et que l'on place l'œil en face des fenêtres du disque noir, on voit une seule image qui donne la sensation du mouvement.
Dans un second modèle, il n'existe plus qu'un disque, noir sur
une face, blanc sur l'autre ; celle-ci est divisée eu un nombre quelconque de segments égaux. Chacun de ces segments porte udc
fente étroite, pratiquée vers le bord du disque ; au-dessous sont dessinées les diËTéreates images, comme dans le cas précédent.
Le disque ainsi préparé est placé devant une glace, et, par les fentes, on regarde l'image produite sur la glace. Si l'on fait tourner le tout, la même illusion se produit et le mouvement se reconstitue.
Zootrope. — Dans le zootrope {fig- 2), au lieu d'un disque plat
•î^SlIï
on fait usage d'un cylindre vertical, à l'intérieur duquel ont été dessinées les images multiples ; au-dessus de chacune d'elles est percée
une fente verlicale. ^En faisant tourner rapidement le cylindre sur son axe, on obtient la même illusion de mouvement qu'avec le phé^* nakisticope de Plateau, Mais dans ce système les images ne sont pas fixes, elles se déplacent et manquent de netteté.
Zootrope de Clerk Maxwell. — Pour pallier ces défauts, le physicien anglais Clerk Maxwell proposa la combinaison suivante, que nous trouvons décrite dans V Année scientifique de Figuier
« Le perfectionnement apporté au zootrope par M. Clerk Maxwell consiste dans la substitution de grandes lentilles concaves aux fentes étroites. La longueur focale de ces lentilles est égale au diamètre du cylindre, d'où il suit que l'image virtuelle des dessins sur le côté opposé du cylindre est formée exactement sur l'axe du cylindre. Aussi, pendant tout le temps qu'un des dessins est visible à travers une des lentilles, paraît-il en repos, le mouvement de la lentille neutralisant exactement celui du dessin. L'image est donc formée sur la rétine avec une netteté parfaite et continue à être vue pendant le temps du passage de la lentille, et non pas seulement pendant le temps très court du passage de la fente. »
Praxinoscope de Reynaud. — Le praxinoscope est également un perfectionnement du zootrope; il se compose {fig* 3)
Fig. 3.
d'un cylindre semblable au précédent, mais dans lequel a été supprimée la partie qui porte les ouvertures. Au centre se trouve placé une sorte de prisme, à faces multiples, en glaces étamées. A Fin-
O CHAPITOK I.
lérîeur du cjliodre oq fixe une bande portant les dessins ordinaires, et ceux-ci doivent être en nombre égal à celui des faces du prisme.
Tachyscope. — Dans ions ces appareils, les images étaient produites par des dessins faits à la main, et delà une illusion approchée. M. Ânscbutz, de Lissa, a eu l'heureuse idée de les remplacer par des photographies, etson instrument, qu'il a nommé le tachyscope, donne des résultats excellents.
PliakÎQescopflB. — Tout récemment M. Abadie-Dutemps a proposé une modification des plus intéressantes à ces appareils à vision directe, et sous le nom Ae phakinescopes, il a établi une série d'appareils qui permettent d'éviter les défauts de ceux qui les ont précédés (')) et nous lui empruntons les descriptions suivantes.
Pkakinescope à prismes. — « Dans cet appareil une série de lentilles convergentes sont fixées sur la surface latérale d'un prisme régulier qui peut tourner autour de son axe de figure.
» Un cvlindre, ou mieux un autre prisme ayanl un même nombre
de faces que le premier, placé concentrîquement à l'intérieur de celui-ci, porte un dessin en regard de chaque lentille.
» Sur le modèle fig. 4 ^^^ lentilles sont au nombre de douze.
( ' ) Nous renvoïons au savant Mémoire de M. Abadie-Dn temps, pour la théorie mathématique des phakinescopes : Mémoires de l'Académie de» Sciences de Touiouie, année 1896, p. 555 et suivantes.
Elles sont enchâssées dans des fenêtres à bords latéraux rectilignes.
» Une feuille de papier très fort en forme de manchon et pliée en douze parties porte les dessins. On la place autour d'un cylindre central qu'elle enveloppe en formant les facettes latérales d'un prisme régulier à douze pans correspondant aux lentilles.
» On voit que ce phakinescope ressemble à un praxinoscope où l'on aurait mis des lentilles à la place des dessins et ces derniers à la place des miroirs.
» Si F est la distance des lentilles à l'axe de rotation, on placera le dessin à une distance y* de celles-ci telle que F soit la longueur du foyer conjugué virtuel répondant à f,
» Le centre de l'image virtuelle de chaque dessin étant alors situé sur l'axe de rotation, celle-ci s'y trouvera, pendant le déplacement devant l'œil de la lentille correspondante, immobilisée comme dans les appareils de Clerk-Maxwell et de M. Reynaud, résultat qui se déduit du reste de la relation
qui existera toujours entre les vitesses V et U pendant la rotation de l'appareil. »
Phakinescope à hélice. — Le système précédent a, comme tous ceux se rapportant au genre zootrope, l'inconvénient de ne comporter qu'un petit nombre de dessins, puisque ce nombre, égal à celui des lentilles, est toujours assez limité.
)> Il serait possible de l'augmenter beaucoup en modifiant l'appareil, ainsi que le représente là fig, 5,
» Les lentilles sont placées sur le pourtour d'une couronne horizontale (supportée par un axe ou fourche T mobile autour d'un arbre vertical A, indiqué en pointillé) dont l'axe prolongé passerait par son centre.
» Dans l'intérieur de cette couronne s'engage obliquement un cylindre D sur lequel les dessins ou photographies sont disposés en hélice.
» L'inclinaison de ce cylindre, dont l'axe passe aussi par le centre de la couronne, est telle que la tangente à l'hélice, vis-à-vis de l'endroit R où l'on regarde, soit horizontale.
n Ce cylindre est embroché suivant son ase par une vis fixe S de même pas que l'hélice, et porte à sa partie inférieure un écrou qui mord sur cette vis, de telle sorte que lorsqu'on le fait tourner sur
lui-même, chacun des dessins passe successivement et horizontalement devant le point R.
» Une tige cylindrîqueE, qui surmonlela vis, sert à guideraussi ce cylindre,
» Pour que les dessins paraissentimmobiles pendant le passage de chaque lentille, il faut s'arranger de telle sorte que la commande des mouvements de rotation de même sens de la couronne et du cylindre aient une vitesse angulaire dans un rapport déterminé.
» Cette transmission de mouvement se fait ainsi : un arbre I, mû par la manivelle M, fait tourner les roues d'angle K' et K.. La roue K, montée folle sur le bas de la vis, porte une longue broche B qui pénètre dans l'intérieur du cylindre D et l'entraine dans son
mouvement, tout en lui permettant de se déplacer longitudinale-^ ment pendant sa rotation.
» Une partie H, fixée à l'arbre I, mène par chaîne Vaucanson la poulie S montée sur un arbre horizontal qui, avec les roues d'angle G' et G, fait tourner l'arbre A et la couronne G.
)) On peut dégager le cylindre pour changer les dessins en faisant basculer autour de l'axe X la partie supérieure du bâti qu'on saisit par la poignée Y. »
Phakinescope à prismes séparés. — a On peut aussi employer un grand nombre de dessins avec des appareils à prismes ou
Fig. 6.
cylindres, à l'aide de la disposition que là fig. 6 (schématique) représente en coupe.
» Les lentilles L, U sont supportées par les faces latérales d'un prisme régulier LPL' monté sur l'arbre A qui est mené par la roue E,
» Les dessins D, D' sont portés par un cylindre DND', placé ici à l'extérieur du prisme portant les verres et qui, monté sur l'arbre creux G pouvant tourner librement sur l'arbre A, est commandé par la roue G.
» Les roues E et G sont actionnées par les roues K et H fixées à l'arbre S que l'on fait tourner avec la manivelle M. :
)) La vitesse à donner aux lentilles doit être doublé dé celle dés
dessins, et par suite l'espacement de ces derniers devra être la moitié de celui des lentilles, et le nombre de ceux-ci devra être quadruple de celui des lentilles.
» Gomme dans uu appareil de petites dimensions on ne pourrait placer l'œil vis-à-vis de L, dans l'inléneur du prisme, on placera en regard de ce point, en R, un miroir incliné ou un prisme à réflexion totale fixé au bâti de l'appareil de façon à renvoyer à l'extérieur, dans l'œil placé en O, les rayons émanés de D.
» Cet appareil pourrait recevoir des bandes de cinématographe; il suffirait pour cela de faire mouvoir dans le plan tangent au cylindre en D et perpendiculairement à la ligure, à l'aide d'un mécanisme d'en trainc ment mené par l'arbre S, le ruban substitué au cylindre DD'.
» LecylindreDD', convenablement disposé et ajouré pour laisser voir le ruban, pourrait même être employé à produire cet entraînement. H
Phakinescope à disques. — " Dans cet appareil ( fig. 7) les lentilles sont réparties sur le pourtour d'un disque vertical L traversé
à son centre par un arbre horizontal A, autour duquel il peut tourner librement et qui est fixé au bâti S Une poulie G appliquée
ORIGINES.de la photographie ANIMEE. Il
sur sa face intérieure, et indiquée en pointillé sur la figure, sert à lui communiquer un mouvement de rotation.
» Un deuxième disque D, parallèle au premier et placé derrière lui, porte les dessins. Il peut tourner librement autour de l'arbre horizontal 6, passant par son centre et fixé aussi au bâti S. Une poulie J, qui lui est accolée, sert à le faire mouvoir.
» Le rapport des vitesses angulaires des deux disques doit être égal à 2 et l'espacement des dessins est aussi la moitié de celui des lentilles.
» Ces dernières s'y trouvant au nombre de douze, le disque D porte vingt-quatre dessins.
» On pourrait songer à en augmenter encore beaucoup le nombre en les disposant en spirale sur le disque; mais il faudrait alors ajouter un mouvement de translation le long du bâti S à celui de rotation du disque. De plus, la vitesse angulaire de ce dernier devrait être progressivement augmentée.
» Bien qu'on puisse réaliser mécaniquement ces conditions, l'appareil deviendrait alors assez compliqué et sans doute moins pra> tique qu'un système où l'on substituerait au disque D un ruban courant sur son plan, tangentiellement à la circonférence où se trouveraient les dessins, système qui offrirait encore l'avantage de permettre l'emploi d'un nombre de dessins pour ainsi dire indéfini .
)) Le phakinescope à disques se prête aisément à l'emploi de dessins transparents d'un joli effet et s'appliquersL commodément au stéréoscope.
)) Il a sur les systèmes à prismes ou à cylindres l'avantage d'être moins encombrant et d'une construction plus facile ; mais il leur est inférieur pour la netteté des images. Celles-ci, en effet, paraissent tourner et osciller un peu pendant le passage de chaque lentille, lorsque durant ce passage l'angle au centre du disque répondant au déplacement du dessin prend une valeur sensible et que les arcs parcourus par le dessin et la lentille diffèrent trop d'une ligne droite.
)) Pour atténuer ces perturbations il suffira donc de multiplier les dessins et les lentilles.
)) Si ces dernières s'emploient en petit nombre et ont dans le sens perpendiculaire aux rayons du disque une largeur qui sous-tende
un angle au centre un peu ouvert, on rétrécira suffisamment dans ce sens (quitte à affaiblir ainsi un peu l'éclairage) l'ouverture des fenêtres dans lesquelles ces lentilles sont placées.
» On peut employer le phakinescope à voir distinctement un corps en mouvement rapide ; l'appareil à disques se prête surtout à cette observation.
» Pour cela, il sufQt, après avoir enlevé le disque D, de faire courir l'objet dans le plan qu'occupait ce disque, tangentiellement à la circonférence que parcouraient les centres des dessins.
» Si l'on imprime alors au disque L la vitesse qu'il aurait eue dans le phakinescope si les dessins s'y étaient déplacés avec la vitesse de l'objet, l'image de ce dernier apparaîtra un instant immobile, pendant qu'il passera devant l'œil et en même temps qu'une des lentilles de l'appareil.
» C'est ainsi qu'en faisant couler de l'eau devant une fente horizontale bien éclairée, pratiquée dans un écran, on aperçoit avec netteté la forme des gouttes, composant la veine liquide, que l'on peut de la sorte étudier. »
Les phakinescopes de M. Abadie-Dutemps peuvent aussi s'appliquer aux projections, et nous indiquerons plus loin les moyens proposés par l'auteur dans ce cas.
IPPIBEILS MULTIPLES.
Système Hnybridge. — Les premiers appareils multiples ODt élé faits en Amérique vers 1880 par M. Starford, aDciea gouverneur
de la Californie, qui confia l'exécuùon photographique de son projet à M. Mujbridge {').
Le champ d'expériences {fig. 8) se composait d'une piste établie
(') La description de ces premières tentatives se trouve dans un Ouvrage publié sous les auspices de M. Starford, par le D'Wilmann, The korsein motion, as schonn by instanlaneotu photography. In-j, London, Turner et C*; itilSi.
M €li*PIT1>E II.
en avant d'un écran blanc légèrement incliné, de façon à éviter tes
ombres portées, et orienté de manière à renvoyer la lumière dans la direction des appareils pbotograpbiques. Sur l'écran étaient
tracées des lignes équidistantes servant de points de repères.
En face, une sorte de hangar portait une série d'appareils photographiques braqués sur le réflecteur incliné. Des fils électriques, tendus en travers de la piste, étaient reliés à des électro-aimants dont chacun maintenait fermé l'obturateur de l'appareil photographique placé en face de lui. Le cheval, en passant sur la piste, rompait successivement chacun de ces fils, et déclenchait les obturateurs les uns après les autres.
Notre fig, 9 reproduit une des séries ainsi obtenues; les images manquent de netteté, car le coUodion était seul connu à cette époque et sa sensibilité était insuffisante.
Lors de la découverte du gélatinobromure, les images de Muybridge devinrent bien meilleures, et cet habile opérateur a publié de magnifiques planches d'animaux en mouvement.
Système Anschûtz. — Plus récemment, M. Ottomar Anschûtz, de Lissa, obtint une subvention considérable du gouvernement allemand, et reprit l'idée américaine en la perfectionnant. Nous avons inutilement cherché à avoir des renseignements précis sur l'installation de Lissa ; mais, d'après un dessin que porte la boîte du tachyscope de cet auteur, nous avons pu constater que la piste de Lissa était établie de même façon. Les épreuves ainsi obtenues, et qui se trouvent dans le commerce, sont entons points remarquables.
Système Londe. — L'emploi des appareils multiples deM. Muybridge et de M. Anschûtz nécessite une installation dispendieuse et qui demande toujours un vaste emplacement. M. Londe a cherché à réduire à la fois le nombre des épreuves et celui des appareils, en réunissant sur une seule chambre noire un certain nombre d'objectifs.
Dans le premier modèle, neuf objectifs sont disposés en couronne sur la planchette d'une chambre i3 x 18 (/î^. 10); chacun d'eux dessine une image distincte et séparée des voisines. Derrière les objectifs se trouve un disque percé d'une ouverture et actionné par un ressort d'horlogerie ; ce disque fait fonction d'obturateur et démasque successivement les neuf objectifs. Au moj^en
l6 CHAPITBB I.
d'un dispositif électrique, combiné avec un métronome, on peut démasquer successivement les objectifs, et cela à des intervalles de temps déterminés et égaux, en interposant le métronome dans le
circuit ou bien à des intervalles inégaux en faisant marcher à la niain le contact. Enfin on peut également modifier à volonté le temps de pose. Les épreuves ainsi obtenues (^^. 1 1) sont de dimensions un peu trop restreintes, aussi M. Londe a-t-il établi un second appareil de plus grandes dimensions.
Dans celui-ci (') on fait usage de plaques 3'4 X 3o et douze objectifs donnent douze épreuves de 7 x 7, dimension des projections; il est caractérisé par la possibilité de faire varier et les intervalles entre chaque épreuve et les durées d'éclairement des divers clichés.
L'appareil se compose de la chambre noire, de l'expéditeur et du distributeur.
La chambre {fig. 12), du format a4 x 3o,e3t divisée intérieurement en douze compartiments. L'avant porte une platine A sur laquelle sont montés les objectifs et les obturateurs.
(I) Voir Bulletin de la Société française de Photographie, aanée 1893,
Les objectifs sont tous de même foyer (lo^'^jS) dont les dia-
f f f phragmes peuvent être de ^ > — j -^ •
Les obturateurs sont du type Londe et Dessoudeix, à plaque
Fig. II.
tournante; chacun d'eux est accompagné d*un électro-aimant, qui déclenche l'obturateur lorsque l'on fait passer un courant électrique.
hdijig, i3 montre la disposition de ces différents organes : A est l'objectif, B la manette qui sert à armer l'obturateur, C la manette des vitesses, D le bouton de la mise au point. En M on aperçoit l'électro-aimapt muni de son noyau E; au-dessous, F est l'armature dont la course est limitée par l'arrêt H. En G est une tige qui T. 1
l8 CBAPiniB II.
actionne l'obturateur el peut être soulevée par l'armature au mo- Fig. .ï.
ment du passage du courant. N et P sont les points d'arrivée des JjIs électriques.
Les douze contacts V sont reliés ensemble. Au contraire, les contacts P sont isolés les uns des autres.
Le courant est ainsi amené au récepteur au moyen d'un conduc-
APPLICATIONS PUOTOGBAPHIQDES. 19
teur à treize (ils, un pour chacun des douze électro-aimants et un pour le retour commun. Sur le haut de la platine se trouve un dispositif qui permet la jonction simultanée de tous les fils (F et E,}î^- 12).
Le distributeur (fig- i4) est ainsi établi : un axe A est commandé par un mouvement d'horlogerie. Cet axe porte à son extré-
mité extérieure un halai de platine en communication avec l'un des pôles d'une pile. Ce balai peut tourner avec l'axe A, et il rencontre sur son c hemin douze contacts disposés régulièrement sur un disque d'ivoire. Ces douze contacts sont chargés de transmettre le courant arrivant par le balai aux douze électro-aimants. Chaque fois que le balai passera sur un des contacts, un des obturateurs sera déclenché. A cet effet, l'axe A est mis en mouvement au mo^cn d'une roue à échappement qui n'est actionnée que lorsque l'expéditeur envoie un courant dans la bobine D. A chaque émis* sion, la roue d'échappement avancera de ^ de tour; et par suite le balai progressera d'un contact après avoir déclenché l'obturateur correspondant.
Pour obtenir un ordre de succession toujours le même, il suJfira de remettre, avant chaque opération, le balai dans la même position.
L'ordre de déclenchement des obturateurs sera réglé par la liaison de chaque fil correspondant avec telle ou telle borne du distributeur. On pourra, par suite, changer avec facilité l'ordre
ao
d'exposition des plaques. Ceci a une certaine importance pour la lecture des séries.
Il est en effet avantageux que l'ordre de succession soit de même sens que celui du mouvement observé, de droite à gauche quand celui-ci s'effectue de droite à gauche, et réciproquement.
En résumé, le rôle du distributeur est de recevoir, à un moment donné, les courants envoyés régulièrement par l'expéditeur, et de les transmettre aux douze électro-aimants des obturateurs dans un ordre déterminé d'avance. A cet effet, le courant est interrompu entre l'expéditeur et le distributeur, et ne peut être rétabli qu'en appuyant sur une poire électrique. De cette manière, on peut laisser prendre à l'expéditeur son régime normal, et n'actionner le distributeur qu'au moment précis où l'on veut opérer.
La fig. i5 représente l'ensemble des appareils fonctionnant
Fig. i5.
avec un métronome électrique comme distributeur. Le courant émané de la première pile B est envoyé par l'expéditeur dans le distributeur D, mais seulement lorsque Ton appuie sur la poire G qui, pendant la période de repos, coupe le courant entre l'expédi-
s PBOTOGRAPHlODEe. 31
leur et le distributeur. L'expéditeur, à son tour, envoie le courant de deux autres piles dans l'appareil photographique F au moyen du conducteur souple à trois hranches E.
Ainsi disposé, l'appareil Loade permet de réaliser les conditions suivantes :
i" Intervalles courts Poses rapides.
2' j> Poses plus ou moins leotes.
3> Intervalles prolongés Poses rapides.
4° " Poses plus ou moins lentes.
A titre d'exemple, nous reproduisons deux séries chronophotographiques obtenues par cet appareil- L'une {^fig- i6) représente
une jeune équilibriste sur le trapèze, au moment où, le trapète étant en mouvement, elle s'agenouillesur celui-ci; l'autre {^fig- 17) est un type de série discontinue. Une autre équilibriste sur le lil de ier s'agenouille, puis se tient en équilibre sur les deux genoux,
aa
elle passe ensuite une jambe par derrière, restant en équilibre sur un genou; puis un autre équilibre, la jambe étant repasséc par
Fig. 17.
devant : elle se lève ensuite et revient à la position de départ. La première série a été prise en une seconde et demie, et la deuxième en deux minutes environ .
Appareil de l'auteur . — Les combinaisons effectuées dans l'appareil Londe sont excellentes de tous points, mais elles sont d'une exécution très coûteuse, et par conséquent inabordables pour un simple amateur. Nous avons donc cherché un dispositif plus simple et qui permette cependant d'obtenir des épreuves suffisantes .
A la condition d'opérer en plein soleil, les objectifs simples peuvent servir, mais il convient de ne faire usage que de longs foyers pour obtenir une image nette de 7 x 7 sans être obligé de
APPLICATIONS PHOTOGRAPHIQUES. l3
diminuer par trop rouverlure du diaphragme. Celui-ci peut être
de — et de -^ avec une bonne lumière.
Les obturateurs sont à guillotine tournante actionnée par. des ressorts à boudin, que l'on peut renforcer par des bagues de caoutchouc lorsqu'il est nécessaire d'obtenir de plus grandes vitesses.
Chacun d'eux est déclenché par un soufflet de caoutchouc, relié à un distributeur par un tuyau de même matière. Cliacun des douze tuyaux se termine à l'extrémité libre par une petite poire également de caoutchouc, dont le volume doit être double de celle accolée à Tobturateur. Ces douze poires sont placées en ligne soit sur le sommet de l'appareil, soit sur une planchette séparée et portée par un pied distinct.
Dans le cas de poses continues, le déclenchement s'obtient au moyen d'une planchette articulée à une de ses extrémités, libre à l'autre. Elle passe au-dessus des douze poires, et elle est maintenue en l'air par un léger ressort. Il suffit de l'abaisser brusquement pour presser successivement sur la rangée de poires en caoutchouc et obtenir le déclenchement des objectifs.
Dans le cas de poses discontinues, au-dessus de chaque poire est disposée une touche distincte, que l'on abaisse avec le doigt comme dans un piano.
Malgré sa simplicité de construction, cet appareil donne des résultats très satisfaisants.