CHAPITRE V
Retouche, transfert et montage des épreuves.
Avant d'opérer le transfert des images développées sur glaces, on doit repiquer et retoucher par transparence celles qui sont destinées à conserver le brillant de l'émail.
Le repiquage se fait très-facilement avec de la couleur à l'huile, noir d'ivoire, laque carminée et sépia, mélangée à la teinte voulue et étendue d'essence de lavande ; on procède pour cela comme pour le repiquage des clichés.
On peut également, avec un peu d'habileté, augmenter les effets et donner du modelé à des épreuves qui en manqueraient, soit avec un crayon bien acéré, soit à l'estompe dite tortillon^ en employant de la poudre galvanoplastique, dite plombagine.
Enfin, si on désire avoir des images coloriées, il suffira d'enluminer avec les couleurs ^Encamse à l'albumine, qui ne se dissolvent pas, comme l'aquarelle, quand on applique le papier de transfert.
Lorsqu'on voudra avoir des épreuves demi-brillantes comme le papier albuminé , le travail du développement se fera soit sur glaces coUodionnées, comme pour les images émaillées, soit sur papier stéariné ou à la gomme laque (support flexible) ; on pourra, dans les deux cas, se dispenser de repiquer ou de retoucher avant le transport définitif, ce travail se faisant plus facilement après le collage de l'épreuve sur carton.
La vérification et la retouche des épreuves ne doivent se faire qu'après dessiccation complète de l'image, car la gélatine, lorsqu'elle est humide, est très-délicate et facile à écorcher.
Le transport définitif pour le redressement de l'image sur papier gélatiné aluné, dont nous donnerons la formule plus loin ,[ se fait de la façon suivante :
Le papier de transport est d'abord coupé d'une dimension un peu plus grande que les glaces qui supportent les images, afin de pouvoir être
retourné du côté opposé, en bordant celte glace de un à deux centimètres; lorsqu'on veut l'employer il est trempé dans l'eau à la température de 00 il 40o centigrades, jusqu'à ce que la gélatine soit ramollie et collante au doigt ; on immerge alors la glace portant l'image dans une cuvette (reçue froide; on la pose à plat sur une table, face en dessus , et on applique à la surface la feuille de papier de transport, le côté gélatiné en contact avec l'image ; on donne un coup de raclette en tous sens sur le dos du papier (sans employer la toile caoutchoutée) pour faciliter l'adhérence et chasser les bulles d'air, et on laisse sécher, en posant la glace verticalement sur un porte-glace à rainures.
Si la gélatine du papier de transport n'était pas suffisamment ramollie par l'eau chaude, il se produirait , après dessiccation , une myriade de petits points brillants sur l'image vue par réflexion, et les grandes lumières sur les contours sembleraient argentées; il en serait de même si on mouillait l'image à l'eau chaude et non à l'eau froide et^ chose curieuse, lorsque ce phénomène se produit, l'image se détache de la glace beaucoup plus difficilement, quelque bien cirée qu'elle soit; il
llX LA PHOTOGRAPHIE AU CHARBON
est donc important que l'eau dans laquelle on trempe le papier gélatiné soit suffisamment chaude sans cependant qu'elle puisse dissoudre la gélatine, et celle où on immerge l'image parfaitement froide. La même recommandation s'applique au transport des épreuves développées sur un support flexible; dans ce cas, après l'application du papier de transport, on suspend à une corde garnie de pinces américaines, jusqu'à dessiccation, puis on chauffe légèrement pour détacher l'image de son support temporaire.
Quelques praticiens ont préconisé l'emploi du papier albuminé coagulé pour transport des images au charbon, nous ne sommes pas partisan de ce subjectile dont le moindre défaut est de jaunir beaucoup plus vite que le papier gélatiné aluné.
On peut également, si on le préfère, transporter l'image au charbon sur un papier de support avec encadrement lithographié ; dans ce cas , comme l'entourage du portrait doit rester transparent, il devient inutile de teinter par la lumière avec le châssis spécial dont il a été parlé, il suffira de développer l'épreuve telle qu'elle sort du châssis à impression, de la fixer et de la finir comme à l'ordinaire.
Les papiers de support sont, dans ce cas, immergés dans une cuvette remplie de gélatine chaude à 6 o/o; la glace portant l'image est également trempée dans la même gélatine; puis on prend un papier de support que Ton applique sur l'image en l'ajustant, et on donne un coup de raclette.
Si on veut monter l'épreuve de suite, pour qu'elle conserve le brillant de l'émail , on applique au dos de ce papier une feuille de carton préalablement trempé dans un bain de' gélatine à 12 ou 15 o/o, on donne un dernier coup de raclette pour chasser l'excédant du liquide, et on abandonne au séchage pendant douze heures au moins dans une pièce chauffée. ♦
Images demi-brillantes.
Pour les épreuves développées sur glaces collodionnées, auxquelles on veut conserver seulement le demi-brillant de l'albumine , la feuille de papier portant l'image est détachée de la glace aussitôt qu'elle est sèche, puis on la
coupe et on la colle sur carton , comme les épreuves sur papier albuminé ; on repique ou on retouche, s'il y a lieu, puis on procède au satinage à la façon ordinaire, et les épreuves sont prêtes à livrer ; l'opération se trouve , dans ce cas , considérablement simplifiée et abrégée, et le résultat peut rivaliser avec les plus belles images imprimées sur papier albuminé.
Un moyen plus simple encore, el qui donne des épreuves très-satisfaisantes, bien que plus froides 'de tons, et surtout moins brillantes, est celui qui consiste à développer sur papier stéariné ou à la gomme laque (support flexible), comme il a été expliqué; lorsque l'image est enlevée de ce support provisoire, il suffit de frotter toute la surface avec un tampon de flanelle imbibé de la solution de benzole et de cire indiquée page 41, qui sert à la préparation des glaces ; après évaporation de la benzole, on frotte de nouveau cet encaustique avec une flanelle sèche et propre, pour redonner du brillant à l'épreuve, puis on la colle sur carton, on la retouche s'il y a lieu, et on la satine, comme d'habitude, sur un cylindre à chaud ou à froid.
La solution de benzole et de cire pourrait être avantageusement remplacée par un vernis très-
léger à la gomme laque blanche dissoute dans Talcool, étendu sur l'épreuve avec un tampon en peau de chamois, puis séché près d'un fourneau à gaz avant le montage sur carton.
Ces mêmes épreuves, non cirées ni vernies cette fois, pourraient être rendues complètement brillantes avant collage, en les émaillant comme on le fait pour les images aux sels d'argent sur papier albuminé ; mais dans ce cas, il faudrait remplacer la gélatine chaude dont on se sert pour cette opération par une solution froide de gomme arabique, dans laquelle on tremperait l'image avant son application sur la glace coUodionnée et talkée, la gélatine devant être rejetée comme désagrégeant la pellicule qui forme l'image. Il est même bon, dans ce cas, de décirer l'image en la frottant avec de la benzole pure, et de la plonger pendant 3 ou 4 minutes dans un bain d'alun à 5 «/o, afin de rendre la solution complètement insoluble.
Épreuves mates.
Les images qui [doivent être conservées mates sont développées sur métal grainé ou sur verre
dépoli, ainsi que nous Tavons expliqué, puis enlevées sur un papier de transport qui conserve l'empreinte de la surface sur laquelle Timage a été développée. Lorsque ces épreuves sont collées sur bristol, il est bon de les frotter avec une flanelle propre légèrement imbibée de benzole contenant quelques gouttes d'huile d'olive , pour enlever toute trace de cire qui pourrait rester à la surface de l'image; la retouche à l'encre de Chine ou au crayon est alors beaucoup plus facile et le résultat plus artistique.
Si ces épreuves devaient être colorées à l'aquarelle, elles seraient nettoyées avec de la benzole pure sans addition d'huile d'olive, qui repousserait la couleur à Teau.
Images brillantes dites émaillées.
Quant aux images que l'on veut conserver avec le grand brillant de l'émail, on doit les monter avant de les détacher du verre ; le moyen le plus simple est le suivant :
Lorsque le papier de transport est sec , ou à peu
près, on applique au dos trois ou quatre feuilles de papier gélatiné et trempé dans l'eau chaude , absolument comme il a été dit pour l'opération du transfert ; on chasse Teau par un coup de raclette, puis on laisse sécher complètement dans un courant d'air sec, s'il est possible, ou dans une pièce chauffée au besoin, en ayant soin d'espacer chaque glace pour que toutes les parties puissent sécher également. Lorsque la dessiccation est complète, ce qui nécessite au moins douze heures , on détache l'image de la glace, en passant la lame d'un canif sous les bords, on la coupe de dimension voulue, puis elle est bombée, s'il y a lieu, et montée sur cartons forts, comme cela se pratique pour les cartes gélatinées.
Nous ne conseillons pas cependant le bombage des images au charbon émaillées par ce moyen, car cette opération enlève une partie du brillant à l'image, en faisant apparaître le grain du papier de transport, ce qui lui enlève une partie de sa transparence et la rend plus lourde d'aspect.
Comme il arrive fréquemment que l'image se détache du verre partiellement avant que sa surface entière soit parfaitement sèche surtout lorsque la cire employée contient un corps gras), ce qui
occasionne une inégalité de brillant préjudiciable à la beauté de l'épreuve, il est bon, lorsqu'on la monte, en collant au dos du papier de transport trois ou quatre épaisseurs du même papier pour former carton, de bien frotter les bords du verre, afin d'enlever le collodion et la cire, et au besoin d'y passer un peu de caoutchouc dissous dans la benzine avec un pinceau, pour que le papier soit bien maintenu jusqu'à parfaite dessiccation; il suffira alors de couper le papier tout autour avec une pointe de canif pour que l'image se détache d'elle-même avec un brillant parfait.
Les épreuves enlevées trop tôt de la glace, c'est-à-dire avant qu'elles soient parfaitement sèches , perdent la plus grande partie du brillant qui leur donne l'aspect des images dites émaillées; il en est de même lorsqu'elles se détachent trop tôt par un excès de chaleur de la pièce où elles se trouvent, ou par suite d'un excès de cire laissé sur la glace servant de support temporaire.
Un autre moyen de donner du brillant aux épreuves développées sur support flexible sans employer de collodion, consiste à encaustiquer ces épreuves avec la solution de cire dissoute dans la benzole, ainsi qu'il a été expliqué pour
les images demi-brillantes, puis d'appliquer ces épreuves, sous Feau, contre une glace bien propre; lorsqu'on a chassé les bulles d'air qui peuvent se trouver entre l'image et la glace, on applique au dos plusieurs épaisseurs de papier de transport pour former carton, et, lorsque le tout est sec, l'image est détachée de la glace avec un brillant parfait.
Transport de Timage sur ivoire, sur toile à peindre, sur panneau, sur porcelaine, etc., etc.
Les images au charbon ont cela d'avantageux, lorsqu'on opère par double transport, qu'elles peuvent être appliquées avec la plus grande facilité sur toute surface flexible ou rigide préalablement préparée avec une sohition de gélatine rendue partiellement insoluble par l'alun de chrome.
On peut donc couvrir une toile à peindre, un panneau, une feuille d'ivoire, une porcelaine quelconque, etc., etc., avec la solution gélatineuse indiquée page 85, qui sert à la préparation du pa-
pier de transport, et lorsque cette gélatine est sèche, y appliquer, sous l'eau, Timage développée sur un support flexible^ qui permet d'obtenir un contact parfait, quelle que soit la forme du support définitif; on chasse les bulles d'air avec soin au moyen de la raclette, puis on laisse sécher.
Lorsque le papier de support provisoire est enlevé, Timage reste adhérente à la surface sur laquelle on Ta appliquée ; on peut alors la transformer en un-e charmante miniature, si elle est sur ivoire, en une peinture à l'huile si, au contraire, on l'a appliquée sur une toile ou sur panneau; pour la conserver noire, il suffirait de passer, au pinceau, une ou deux couches de vernis dur à la gomme laque, additionnée de silicate de potasse.
Nous répéterons ici que le support provisoire, rigide ou flexible, doit être frotté chaque fois qu'on s'en est servi, avec un morceau de flanelle imbibé de la solution d'essence de térébenthine et de cire résineuse, puis poli, en dernier lieu, avec un autre tampon bien sec, afin que l'image suivante puisse se détacher facilement.