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CHAPITRE PREMIER

Agrandissements avec clichés au dharbon.

Tous ceux qui font de la photographie savent combien la question d'optique laisse à désirer lorsqu'il s'agit de faire des portraits dépassant le format de la carte ou de la carte-album. La longueur du foyer, qui nécessite un temps de pose extrêment long, surtout en hiver, permet rarement d'obtenir de grands portraits directs possédant la netteté et la finesse de ceux dont la dimension ne dépasse pas le format carte de visite.

D'autre part, les agrandissements par la chambre

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solaire, qui ont rendu de très-grands services, deviennent aujourd'hui insuffisants par l'absence fréquente du soleil, et dans tous les cas extrêmement dispendieux par suite de la retouche sans laquelle ils sont inacceptables, lorsque surtout on opère sur des reproductions dont on veut produire un certain nombre d'exemplaires,

Il y a deux ans environ, M. Lambert a publié un très-bon procédé qui consiste à faire un positif par transparence au charbon, par contact avec le petit négatif original, et à transformer le petit positif en un grand cliché au collodion humide que l'on recouvre de chaque côté d'une feuille de papier minéral, sur lequel on peut retoucher et intensifier les noirs avec une grande facilité.

Cette méthode, qui permet d'obtenir rapidement et par tous les temps, des portraits de toutes dimensions d'un fini et d'un modelé irréprochables, même lorsqu'on opère par reproduction d'après des clichés ou des épreuves très-défectueuses, peut être remplacée parcelle que nous allons décrire, et qui donne des résultats excellents.

Du matériel et de Torganisation de l'atelier.

Le matériel employé pour faire des clicliés agrandis ne diffère en rien de celui dont on se sert dans tous les ateliers de photographie; aucun appareil spécial, aucune chambre noire de grande dimension n'est nécessaire, tout est simple et par conséquent économique.

Toutes les opérations se font dans une chambrelaboratoire assez spacieuse pour pouvoir travailler à l'aise. Ce laboratoire, éclairé du côté nord par deux fenêtres dont les carreaux transparents sont remplacés par des verres ou du papier jaune, est garni de chaque côté' de larges tables et de tablettes, d'un bassin conique en bois, garni de zinc ou de plomb intérieurement, destiné au développement, dont la dimension est d'environ i"^25 de côté sur une profondeur de 0°^70^ avec un tuyau de dégagement au centre pour conduire les eaux à l'extérieur^ et une tige en fer ayant comme longueur la moitié du diamètre de la cuvette, dont

i'extrémité est garnie d'un manchon en caoutchouc

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sur lequel la plaque est p.osée pendant le développement; cette tige, encastrée au moyen d'une douille à l'un des angles de la cuvette, peut tourner horizontalement; à côté se trouve un réservoir à eau muni d'un tuyau à genouillère en col de cygne, avec pomme d'arrosoir, pour le lavage des clichés, le tout placé près d'une des deux fenêtres, dont la lumière jaune peut être masquée, lorsque cela est nécessaire, au moyen de stores en étoffe noire qui se lèvent et s'abaissent à volonté en s'enroulant sur des tringles placées à la partie supérieure du châssis.

Les opérations de l'agrandissement se font en prenant la lumière par la seconde fenêtre; pour cela, on conserve un carreau transparent ou dépoli en face duquel on adapte, à la partie extérieure de la fenêtre, une glace de 40X90 centimètres, que l'on peut faire mouvoir verticalement en l'élevant ou en l'abaissant à volonté, et qui sert de réflecteur^ pour augmenter l'éclairage de l'épreuve négative destinée à être amplifiée; il suffît de prendre un miroir ordinaire, monté dans un cadre en bois, et de fixer deux pitons à l'une de ses extrémités; deux autres pitons sont vissés dans le bois de la f^^nêtré à la partie inférieure, et on passe dans le

tout une tringle en fer sur laquelle le réflecteur peut basculer à volonté au moyen d'une corde que l'on attache à l'autre extrémité du miroir, et qui communique à l'intérieur du laboratoire par un trou placé à la partie supérieure de la fenêtre.

Le carreau transparent ou dépoli en face de ce réflecteur est occupé entièrement pendant l'opération du grandissement par une petite chambre noire à soufflet plaque normale, montée sur un pied d'atelier quelconque, qui forme tout le matériel nécessaire pour faire ce travail; la partie arrière de cette chambre noire, garnie d'un châssis avec intermédiaires 1/2 et 1/4 de plaque, qui servent de support pour les clichés à agrandir, est tournée, pendant l'opération, du côté de la fenêtre, et rapprochée autant que possible du carreau, pour intercepter toute lumière autour pendant l'opération. L'avant de la chambre^ regardant l'intérieur du laboratoire, est muni d'un bon objectif 1/2 plaque ou d'un aplanétique d'un foyer en rapport avec la dimension de la petite image à amplifier, c'est-à-dire de 12 à 18 centimètres environ, monté à crémaillère pour faciliter la mise au point rigoureuse.

Le matériel se complète par un chevalet vertical

à reproduire avec vis calante à l'un des pieds, dont la tablette peut s'élever à volonté au moyen d'une vis sans fin ; sur cette tablette on place une sorte de boîte longue et étroite, faite en zinc, garnie de verre à l'intérieur, qui sert de récipient pour le liquide s'écoulant des plaques sensibles lorsqu'elles sortent des bains d'argent; cette boîte, de 80 centimètres de longueur environ sur 8 centimètres de largeur et 5 de hauteur, dont l'une des extrémités est garnie, à la partie inférieure, d'un tuyau d'écoulement qui permet au liquide argentique de tomber dans un vase pour être recueilli, doit être munie à l'intérieur de deux supports à rainures en gutta-pcrclia, sur lesquelles on pose la partie inférieure de la glace sensible pendant l'exposition,, la partie supérieure étant maintenue verticalement, ou légèrement inclinée si cela est nécessaire, par la presse en bois à vis, qui glisse sur la tige centrale du chevalet qui, ellemême, est également garnie de rainures.

Comme on opère sur des glaces de dimensions plus ou moins grandes, on doit avoir des cuvettes horizontales proportionnées à la dimension de ces glaces pour la sensibilisation et le fixage, des flacons pour coUodion à très-large ouverture et

d'une capacité de 500 c. c. environ, des éprouvettes pouvant contenir un litre de bain révélateur ; en un mot tout le matériel c|ue l'on emploie dans un atelier photographique disposé pour faire de grands clichés.

On aura une série de glaces de toutes dimensions recouvertes de papier blanc pour servir à la mise au point et pour déterminer la grandeur exacte de l'épreuve à reproduire et la position que devra occuper la glace sensible lors de son exposition.

Opérations pour obtenir une positive par transparence agrandie d'après un petit négatif.

Dans le procédé de M. Lambert, que nous venons de citer, on fait sur le cliché original un positif par transparence au charbon et par contact, ciui se trouve par conséquent de la même dimension que le négatif, et on transforme ce petit positif transparent en un cliché agrandi au

collodion humide, à la dimension que l'on désire;

ce cliché est ensuite recouvert de chaque côté, lorsqu'il est sec, d'une feuille de papier minéral translucide, et retouché, renforcé, etc., etc., au goût de l'opérateur, puis imprimé soit aux sels d'argent, soit aux sels de chrome, selon qu'il a été fait dans son vrai sens ou retourné.

Ici nous procédons d'une façon complètement différente, puisque nous devons faire, d'après le petit cliché original, un positif par transparence agrandi au collodion humide, lequel sera transformé, après retouche, en un cliché de même dimension,soit au charbon, soit au collodion sec, en imprimant par contact, ainsi que nous l'avons indiqué en 1873 à tous les licenciés du procédé aristotype.

Pour le premier procédé, il suffît d'obtenir un petit positif par transparence au charbon, comme il a été indiqué page 65, et de le placer dans le châssis de la chambre à amplifier, la pellicule en dehors, si on veut imprimer le grand cliché aux sels d'argent ou au charbon par double transport, ou la pellicule en dedans, c'est-à-dire regardant Tobjectif, si le tirage définitif doit être fait au charbon par transport simple, puis à faire le cliché agrandi d'après ce positif eu opérant par le , collodion humide.

Pour le second procédé, que nous allons décrire complètement, on place au contraire le petit cliché dans le châssis de la chambre noire, le collodion en dehors, si on veut obtenir en dernier lieu un grand négatif au charbon pouvant donner une image définitive, redressée en opérant par double transport, ou par les sels d'argent; le petit cliché serait, au contraire, tourné le collodion en dedans, si Ton devait imprimer au charbon par transport simple.

On règle alors la dimension de l'épreuve en reculant plus ou moins le chevalet portant la glace-écran sur laquelle on met au point, puis on prépare une glace au collodion humide, qui, une fois sensibilisée, est mise à la place exacte qu'occupait la glace-écran sur le chevalet; l'objectif est découvert et l'image, projetée par la lentille amplifiante, s'imprime plus ou moins rapidement, selon l'actinisme de la luniière, l'intensité du cliché, le diaphragme de l'objectif, etc. Le temps d'exposition peut donc varier de 1 à 15 minutes, mais il devra toujours être assez prolongé pour que l'image, vue par transparence, soit parfaitement détaillée et que les moindres demi-teintes soient apparentes, car, s'il en était

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aalrement, le négatif serait dur et heurté; cest pourquoi il est préférable de dépasser le temps de pose que de rester en dessous.

Un bon coUodion ordinaire convient parfaitement pour ce genre de travail, pourvu qu'il soit assez fluide pour s'étendre sans stries sur des glaces de grandes dimensions ; nous donnons cidessous la formule dont nous nous servons aussi bien pour les positifs que pour les négatifs • agrandis, et qui nous a toujours donné de trèsbons résultats :

GOLLODION NORMAL,

Ether sulfurique à 65 degrés 550 c. c.

Alcool rectifié à 40 degrés 350 c. c.

Coton azotique à basse température. 4 grammes.

— — à haute température. 5 — Liqueur sensibilisatrice ci-dessous.. 100 c. c.

LIQUEUR SENSIBILISATRICE.

Alcool à 40 degrés 1 litre.

lodure d'ammonivim 33 grammes.

— de cadmium 33 —

— de sodium cristallisé 33 —

Bromure de cadmium... 50 —

Ce collodion, que l'on rendrait plus fluide au besoin, par l'addition d'un peu d'éther et d'alcool, est meilleur lorsqu'il est préparé depuis quelques semaines ; dans certains cas, on pourra y ajouter

AGRANDISSEMENTS AVEC CLTClîÊS AU CHARBON l/li

une petite proportion de vieux collodion rougi devenu impropre au travail de l'atelier par son manque de corps et de sensibilité.

Le bain négatif ne doit pas dépasser le titre de 7 à 8 %; on l'acidulera au besoin, afin que le positif transparent soit bien détaillé et fouillé dans les noirs, et, avant de s'en servir, on l'exposera pendant quelques heures en pleine lumière. Lorsqu'on a sensibilisé un certain nombre de plaques dans ce bain, on doit le remettre à son titre en y ajoutant l'argent nécessaire ; mais, avant de l'employer, il faut toujours l'exposer au soleil pour précipiter les matières organiques, qui resteront ensuite sur le filtre.

Le bain révélateur se compose de :

Eau distillée ou de pluie 1 litre.

Sulfate de fer ammoniacal 30 grammes.

— de cuivre 10 —

Alcool à 36 degrés 30 c. c.

— métylique 15 c. c.

Acide acétique cristailisable 20 c. c.

La glace, nettoyée par les moyens habituels, est collodionnée du côté convexe, puis sensibilisée et exposée au lieu et place de l'écran en papier blanc collé sur un verre, qui a servi à la mise au point.

ili2 LA PHOTOGRAPHIE AU CHARBON

Le collodionnage, qui semble très-difficile à première vue lorsqu'on a à opérer sur de trèsgrandes surfaces, est extrêmement facile lorsque la glace est posée, par son centre, sur une sorte de pivot, une bouteille par exemple, qui permet de lui donner Finclinaison désirée.

Lorsqu'on juge le temps d'exposition suffisant, la plaque est posée de nouveau sur le pivot placé au milieu de la cuvette à développement, et on la couvre, d'un seul coup, du révélateur indiqué; quand tous les détails de l'image sont parfaitement venus, et qu'elle a été convenablement renforcée, on lave avec soin, puis on fixe dans une cuvette remplie d'une dissolution d'hyposulfite de soude à 25 o/o, et on termine par un lavage abondant; puis on recouvre de deux couches de gomme à 10 o/o et on laisse sécher. Dans certains cas, lorsque le positif est gris et empâté, il est préférable de le renforcer après fixage, afin de lui donner plus de transparence.

Après dessiccation, cette image positive par transparence est retouchée si on le juge convenable , puis vernie , et enfin exposée dans un châssis-presse avec une feuille de papier mixtionné, après avoir eu soin de border la glace tout

AGRANDISSEJMEINTS AVEC CLICHÉS AU CHARBON 1/io

autour avec uuc bande de papier noir ou jaune d'environ 1 centimètre de largeur.

Cliché au charbon.

Pour l'obtention du cliché au charbon, on choisira de préférence un papier mixtionné trèschargé en matières colorantes, afin d'avoir plus d'intensité dans les noirs, et le temps d'exposition devra être calculé au photomètre, de façon que les moindres demi-teintes soient bien apparentes, sans cependant que les parties transparentes se trouvent voilées.

Le développement se fait sur verre collodionné, mais non ciré, absolument comme cela a été décrit dans la première partie de cet ouvrage; après avoir fixé par l'alun et lavé en dernier lieu, l'image est abandonnée à la dessiccation, puis renforcée avec la dissolution de permanganate de potasse, ainsi que nous l'avons expliqué en détail, page 116. Il suffît alors de placer ce cliché dans un chàssis-presse avec une feuille de papier sensibilisé, soit aux sels d'argent, soitaux sels de chrome,

pour obtenir une bonne épreuve positive que Ton monte et que l'on retouche comme à l'ordinaire, si on le juge convenable.

Dans certains cas, si l'image négative au charbon était beaucoup trop faible pour donner une bonne épreuve positive, même après l'intensification par le permanganate de potasse, on pourrait, d'après le grand positif par transparence, imprimer une image négative sur une feuille de papier très-mince au chlorure d'argent, qui serait fixée sans être virée, puis on la collerait au dos du cliché au charbon pendant qu'elle est encore humide, en passant un peu de gomme forte sur les bords du papier, qui sera tendu comme une peau de tambour après dessiccation; il va sans dire que les deux images doivent se trouver superposées d'une façon exacte, pour que les lignes ne se trouvent pas doublées lors du tirage de l'épreuve positive.

Si Finlensiié était alors trop grande, il suffirait de rendre le papier transparent avec un mélange par parties égales de baume de Canada et de blanc de baleine mêlé à la cire vierge, étendu au dos avec un fer chaud. Les clichés, traités ainsi, ont une grande harmonie et possèdent

toutes les qualités des négatifs sur papier, sans en avoir les défauts.

La combinaison des deux clichés superposés permet d'en modifier la valeur; ainsi, lorsque le négatif au charbon manque de détails par suite d'une exposition trop courte, on aura soin que le cliché-papier soit surexposé; quand, au contraire, le premier négatif est uniforme et gris, on lui donnera une plus grande valeur en le doublant d'un cliché-papier très-faible, de façon que les noirs soient très-transparents.

Pour les clichés agrandis provenant de reproductions de cartes, on aura soin que le clichépapier soit faiblement exposé sous le positif, mais on pourra teinter le fonds et les grands noirs par la lumière au sortir du châssis afin d'atténuer le grain du papier, et ce cliché, ainsi obtenu, sera fixé cette fois sur le côté de l'image du négatif au charbon au lieu d'être placé du côté opposé; mais, dans ce cas, la juxtaposition devra être aussi exacte que possible pour éviter que les lignes soient doublées.

Lorsque ce travail est fait avec soin, il abrège de beaucoup la retouche du cliché et celle de l'épreuve positive sur papier.

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