INTRODUCTION
Lorsqu'on veut représenter un personnage dans un site quelconque, par les moyens connus aujourd'hui en photographie, on fait poser ce personnage dans le site désigné, ou bien on opère
SUBSTITUTION DES FOr^DS PHOTOGRAPHIQUES l/l9
par substitution, au moyen de silhouettes, l'image s'imprime alors en deux tirages, ou bien on fait poser le modèle devant une toile peinte représentant plus ou moins bien le paysage ou le site désiré.
Le premier moyen est presque toujours impraticable, et, dans tous les cas, très-coûteux; l'exécution du second est fort longue et peu pratique, surtout lorsqu'il s'agit d'une édition importante, outre la difficulté de faire disparaître les lignes de raccord, quand on imprime surtout par le procédé au charbon, qui ne permet pas de voir les contours de l'image; enfin, le troisième moyen donne des résultats fort peu satisfaisants, en raison du peu de profondeur de foyer des objectifs à portraits, et aussi parce que les fonds en décor, dont on se sert dans les ateliers photographiques, ne peuvent produire l'illusion des sites faits sur la nature elle-même, par suite du manque de perspective.
Nous n'avons pas l'intention d'entrer dans des
détails scientifiques, cela nous entraînerait trop
loin du but que nous nous proposons, qui est de
décrire clairement, méthodiquement, èt surtout
pratiquement, la nouvelle méthode dont nous
avons donné l'énoncé plus haut, afin d'éviter aux praticiens des recherches longues et fatigantes qui feraient perdre un temps précieux.
Nous espérons donc qu'il suffira à tout photographe expérimenté de lire attentivement la description que nous donnons plus loin pour arriver vite et bien à un excellent résultat, s'il tient compte exactement de toutes nos observations, et s'il suit à la lettre toutes les formules que nous indiquons, car il n'y a aucune raison pour qu'une opération chimique et mécanique qui réussit dans les mains d'un manipulateur ne réussisse pas dans d'autres mains; mais il faut pour cela, comme pour toute autre chose, de l'adresse, du soin, du goût et, par dessus tout, de la persévérance.
Principe sur lequel repose ce procédé.
Ce qui forme la base du procédé que nous allons décrire est la gomme bichromatée.
La gomme, comme on le sait, est hygrométrique, mais si on expose à la lumière une sur-
face gommée et bichromatée sous un cliché, les parties insolées deviennent insolubles, tandis que les parties préservées par les noirs du cliché restent hygrométriques, et cela en raison de l'insolation.
Si donc on passe un blaireau contenant une poudre quelconque à la surface d'une glace recouverte d'une couche de gomme bichrojnatée et préalablement exposée sous un cliché négatif, cette poudre adhérera plus ou moins sur la couche, selon que l'action lumineuse aura rendu certaines parties plus ou moins hygrométriques, et formera ainsi l'image désirée.
Ces notions préliminaires sont suffisantes pour faire comprendre au photographe ce qui va suivre.
Notions préliminaires.
Fonds d'après nature, dessins, lithographies, etc., etc.
Perspective. .
Pour que le cliché d'un paysage ou autre sujet devant servir à produire le fond d'un autre cliché
sur lequel figurent un ou plusieurs personnages dans une position déterminée, soit dans les meilleures conditions possibles de perspective, il faut que la ligne des yeux du personnage, lorsqu'il est debout, se trouve à la hauteur de l'horizon.
Ne pouvant pas nous étendre trop longuement sur ce sujet, nous engageons ceux de nos lecteurs qui ne sont pas familiarisés avec ce genre de dessin, de consulter les traités élémentaires de la perspective, afin de pouvoir placer le modèle dans une position convenable; dans tous les cas, il suffira de faire, d'après nature, un paysage dans lequel se trouveront groupés plusieurs personnages à des distances plus ou moins rapprochées de l'objectif, pour se rendre compte de la perspective, et pour avoir alors un modèle pouvant servir de point de comparaison.
Opérations.
Étant donné un cliché de paysage ou autre devant servir de fond, on fait une épreuve positive soit aux sels d'argent, soit aux sels de chrome,
dont on décalque les principaux contours sur un papier végétal que Ton applique sur la glace dépolie de la chambre noire, afin de déterminer la position et la grandeur à donner au sujet, aussi bien que l'endroit exact où il doit être placé, en ayant soin de remarquer que, dans ce travail, les clichés étant retournés, il faut placer le personnage de façon qu'il soit également retourné, c'està-dire que, si on veut qu'il figure à droite, il faut le placer à gauche, et vice versa. Le moyen le plus simple, dans ce cas, est de retourner le calque lorsqu'on l'applique sur la glace dépolie.
Quand la pose du personnage est bien déterminée, on fait le cliché comme d'habitude, et après la retouche sur gomme on recouvre de vernis, en ayant soin d'éviter le contact des doigts sur cette surface, car il se produirait inévitablement des taches lors des opérations subséquentes.
Le modèle devra poser devant un fond plus ou moins noir, suivant l'effet de perspective que l'on veut obtenir; dans tous les cas, le fond qui convient le mieux est celui qui est gris noir à la partie supérieure et d'un noir absolu dans le bas, en se fondant graduellement.
Le tapis sur lequel on pose le modèle doit être
également d'un noir mat sans reflets. On remarquera qu'avec ce procédé on peut superposer du blanc sur du noir, mais que le contraire est impossible pour des causes qui seront démontrées plus loin.
Il arrive fréquemment que, par une cause quelconque, les clichés sont voilés ; comme il importe au succès de l'opération que le fond soit au contraire très-transparent, on devra remédier à ce défaut en passant à la surface une peau 4e daim bien propre pour enlever le voile en évitant de toucher au sujet.
Quand le cliché est terminé et verni, comme le modèle se trouve en quelque sorte suspendu dans le vide, puisque tout le reste de la glace doit être transparent ou à peu près, pour y appliquer le fond choisi, il faut lui faire subir une première opération qui consiste à le recouvrir du mélange suivant :
Eau filtrée 100 c. c.
Albumine 100 c. c.
Glycérine . . 5 c. c.
Après avoir renversé l'excès du liquide dans un second flacon, on fait sécher la plaque douce-
ment au-dessus d'une lampe à alcool, puis on coagule l'albumine soit dans une solution aqueuse ou alcoolique de nitrate d'argent, soit par la vapeur d'eau ou simplement par l'immersion dans l'alcool à 40o, on lave ensuite et on fait sécher.
Il arrive parfois, lorsque les négatifs sont vernis depuis longtemps, que l'albumine refuse de s'étendre régulièrement sur le vernis ; il faut, dans ce cas, laver avec précaution la surface du cliché, en employant une solution légère de bichromate de potasse, pour enlever la matière grasse avant de verser la solution albuminoïde.
On peut remplacer la solution d'albumine indiquée plus haut, par une couche légère de gélatine sur laquelle on passe soit du tannin, soit de Talun, pour la rendre insoluble.
Ce qui réussit également très-bien, c'est de recouvrir le cliché d'une nouvelle- couche de ver-^ nis étendu d'une quantité égale d'alcool, avant de faire toutes les opérations ultérieures.
Quand le cliché est sec, on verse à la surface une couche de la solution sensible suivante, et dès lors toutes les opérations doivent être faites dans le laboratoire, à l'abri de la lumière blanche.
LA photograpiik: au charbon
Eau filtrée 100 c. c.
Sucre candi 2 grammes.
Miel (selon la lcm[)érature), de 1 à 2 grammes.
Dextrine 4 grammes.
Gomme arabique 4 grammes.
Phénol 2 grammes.
Glycérine 50 centigrammes.
Bichromate de potasse 2 grammes.
Le liquide sirupeux est versé sur le cliché de la
même façon que le collodion, et l'excès peut être recueilli dans un second flacon pour servir à nouveau, après quoi on sèche la couche doucement au-dessus d'un fourneau ou d'une lampe à alcool, puis on expose à la lumière sous un cliché représentant le fond que l'on veut voir reproduit.
Il va sans dire qu'avant de mettre en lumière, le cliché du ou des personnages doit être mis en contact parfait avec celui du fonds, et cela de façon que le sujet occupe la place la plus convenable pour l'harmonie du tableau.
On pourra se servir, soit d'un châssis ordinaire, soit^ ce qui est plus commode, de quatre pinces américaines qui maintiendront les deux glaces appliquées l'une contre l'autre pendant l'insolation.
Impression de l'image.
Comme l'image s'imprime d'une manière latente sans que l'œil puisse la voir, il est nécessaire d'employer le photomètre pour juger exactement du temps de pose, qui peut varier de une à trois minutes au soleil, et de cinq à dix minutes à l'ombre, selon l'intensité du cliché de fond.
Lorsqu'on juge l'exposition suffisante, on rentre le châssis dans le laboratoire, et on procède au développement de l'image de la manière suivante :
Développement.
Le cliché qui a reçu l'impression est placé sur la glace d'un pupitre à retouche, en face d'une fenêtre garnie de verres jaunes, et on passe sur toute la surface, — en évitant de toucher au modèle, — un blaireau fin chargé de poudre galvanoplastique impalpable ; sous cette friction, l'image
du fond apparaît peu à peu; quand on juge qu'elle est assez vigoureuse, on fixe la poudre en recouvrant le cliché d'une couche de collodion normal très-léger, composé de :
Éther sulfurique 100 c. c.
Alcool à 40 degrés 100 c. c.
Collodion normal à 1 o/o de coton azotique 10 c. c.
Lorsque le collodion est sec, on plonge la plaque dans l'eau pendant quelques minutes pour la débarrasser du bichromate de potasse, qui pourrait retarder l'impression par sa teinte antiphotogénique; après dessiccation, le cliché est verni de nouveau et il est alors prêt pour le tirage photographique.
Observations générales.
La durée de Fexposition est très-variable, car elle dépend de plusieurs causes, et, comme le succès dépend en grande partie de la justesse de l'insolation, il est important de déterminer au préalable le degré ou le nombre de teintes du
photomètre pour chacun des clichés de fonds à imprimer ; le numéro ou la teinte du photomètre étant marqué, il deviendra alors plus facile d'opérer avec une grande approximation lorsqu'on voudra imprimer ces clichés, car il suffira de tenir compte de l'hygrométrie du milieu où on opère, de l'état de la température et de l'atmosphère, pour arriver à un résultat certain.
En général, si la pose a été dépassée, la poudre adhère difficilement et d'une façon inégale ; quand, au contraire, le temps d'exposition a été trop court, la poudre^ galvanoplastique s'attache partout et empâte l'image, qui manque alors de détails. Une épreuve dont la pose a été bien calculée se développe avec la plus grande facilité et une régularité parfaite sous le blaireau chargé de poudre, lorsqu'on le promène à la surface du cliché.
Avec un peu d'attention et d'adresse, on arrive à donner des effets très-artistiques à ces fonds, dont certaines parties peuvent être ménagées, tandis que d'autres sont, au contraire, intensifiées pour produire des lumières lors de l'impression de l'image positive.
Quand l'hygromètre indique que le temps est
humide, il faut prolonger un peu l'exposition et chauffer légèrement la plaque avant de l'exposer; on doit également la développer presque aussitôt, afin d'éviter les empâtements; lorsque, au contraire, le temps est très-sec, on facilitera l'adhérence de la poudre, lors du développement, en halant sur la plaque, ou au besoin en la plaçant pendant quelques secondes au-dessus de la vapeur d'eau, et on attendra quelques minutes avant d'appliquer la poudre, afin que la couche sensible, en absorbant un peu de l'humidité de l'air, devienne légèrement poisseuse sous le doigt ; ce dernier moyen réussit quelquefois à donner une épreuve satisfaisante lorsque le temps de pose a été sensiblement dépassé.
La proportion de miel, dans la solution sensible, pourra être modifiée selon que la température est plus ou moins humide, et elle devra être d'autant plus considérable que le temps est plus sec.
Insuccès.
Dans le cas où, par une cause quelconque.
le résultat de Topération ne serait pas trouvé satisfaisant, on pourrait recommencer, sans pour cela que le cliché soit perdu; mais, au préalable, il faudrait le débarrasser de la couche poisseuse qui le recouvre; pour cela, on plonge la glace dans une cuvette remplie d'eau chaude additionnée de 1 o/o d'acide chlorhydrique ; après quelques minutes d'immersion, c'est-à-dire quand la gomme est suffisamment ramollie, on frotte légèrement la surface avec un linge fin et doux, jusqu'à élimination complète de la couche gommeuse qui recouvre l'image du cliché , puis on rince à l'eau froide et on laisse sécher; il suffit alors de vernir le cliché à nouveau pour qu'il revienne à son état primitif.
Un autre moyen, plus sûr en cas d'insuccès et donnant des résultats presque aussi beaux, est le suivant :
Au lieu de verser la solution sensible directement sur le cliché, on recouvre celui-ci d'une feuille de papier végétal. Pour cela, on gomme d'abord le cliché vernis , puis on plonge la feuille de papier végétal dans une cuvette d'eau propre, on la place ensuite entre deux feuilles de papier buvard pour l'éponger et on gomme les
bords tout autour, après quoi cette feuille de papier est posée humide sur le cliché, et on a soin de chasser les bulles d'air qui pourraient s'interposer entre les deux surfaces ; les bords sont alors collés, puis on met en presse pendant quelques instants et on fait sécher au-dessus d'un fourneau.
Pendant que le cliché est encore chaud, on verse sur la feuille du vernis à cliché, après l'avoir préalablement recouvert d'une couche de gomme très-claire.
C'est alors, sur celle surface ainsi préparée, que l'on verse la solution sensible en agissant comme il a été expliqué précédemment.
Si alors l'opération se trouve manquée, soit par un manque ou un excès de pose, soit par une autre cause, il suffit, dans ce cas, de plonger le cliché dans l'eau chaude additionnée de 1 ^jo d'acide chlorhydrique et de l'y laisser jusqu'à ce que la feuille se détache; on lave alors le cliché à l'eau fraîche, et on recolle une autre feuille de papier, comme il vient d'être dit.
Notes particulières.
Nous avons indiqué plus haut les conditions les plus rationnelles pour obtenir un cliclié susceptible de donner de bonnes épreuves, mais il peut arriver qu'on soit obligé de substituer un fond quelconque à un autre fond déjà fait sur un ancien cliclié; dans ce cas, comme il faudra presque toujours faire disparaître tout ce qui entoure le sujet principal, on devra tout d'abord dévernir le cliché en le plongeant dans uné cuvette plate, contenant une dissolution de potasse caustique additionnée d'alcool (voir page 1 26) ; lorsque le vernis est dissous, on rince à l'eau filtrée, puis on découpe le personnage, en suivant tous les contours extérieurs avec une pointe d'acier trèsfine qui pénètre jusqu'à la glace; il suffit alors de promener un pinceau trempé dans l'acide chlorhydrique sur toutes les parties du fond que l'on veut faire disparaître, pour mettre la glace à nu, en ayant soin de ne pas toucher au sujet; on rince avec soin, puis le cliché est reverni et traité comme il a été indiqué.
Ce moyen est moins parfait que celui qui consiste à faire poser tout d'abord le personnage sur un fond noir, car les contours sont toujours plus secs, malgré tous les soins qu'on a pu apporter au découpage du sujet principal; mais, dans certains cas, il pourra rendre des services : c'est pourquoi nous l'avons indiqué.
Ce procédé peut servir non-seulement pour la substitution de fonds de toutes natures à des fonds unis ou historiés qui existent déjà, mais encore à produire des effet de ciels et de nuages très-heureux sur des clichés de paysages, que l'on peut animer au besoin en ajoutant des personnages, comme on peut également produire des groupes en réunissant plusieurs sujets pris isolément pour en composer des tableaux variés.
On comprendra cependant que, pour produire une œuvre harmonieuse et artistique qui ne choque pas l'œil, il faut observer certaines règles de perspective et d'éclairage, en choisissant les sujets que l'on veut réunir dans un fond désigné, car si les personnages étaient éclairés dans un sens, tandis que le fond recevrait la lumière du côté opposé, ou encore si on donnait à certains accessoires qui doivent figurer au second plan
plus (rimportancc qu'au sujet principal, on créerait une œuvre défectueuse et sans valeur aucune.
Avec un peu d'habitude, un homme de goût pourra tirer un excellent parti de ce procédé, qui permet de varier à Tinfîni la composition des tableaux, trop souvent monotones, que l'on produit dans les ateliers photographiques.
Substitution par les silhouettes actiniques de fonds unis aux fonds grenus ou défectueux , lorsqu'on imprime par les sels d'argent.
Il arrive fréquemment qu'on est obligé de changer complètement le fond d'une épreuve, ou tout au moins d'en modifier la valeur pour faire disparaître les défauts qui existent dans l'original, et surtout le grain du papier , lorsqu'on a agrandi d'après une image sur papier. Nous allons indiquer les opérations successives pour arriver à ce résultat, de façon à ce qu'il y ait harmonie complète, aussi bien comme fondu dans les contours que comme valeur de ton photographique.
La première opération consiste à placer une feuille de papier jaune sur le portrait du côté du collodion et, comme l'image est toujours visible par transparence, on trace au crayon les contours du portrait , que Ton découpe ensuite avec une pointe de canif bien acérée, en se servant d'une glace quelconque comme support ; la silhouette extérieure est collée par les bords sur le côté opposé au collodion, de façon à servir de cache et à préserver le fond de l'insolation. On raccorde au besoin certaines parties avec un pinceau trempé dans du vermillon délayé à l'eau, toujours du côté du cache et, pour compléter le fondu des contours, on se sert de l'eslompe du côté du collodion, puis on expose dans un châssis-presse ordinaire avec une feuille de papier sensibilisé aux sels d'argent. Si on veut obtenir un dégradé blanc ou granulé fondu gris, on mettra sur la partie extérieure du châssis un dégradateur ovale, en bois biseauté en dessous, qui se trouvera éloigné de 3 à 4 centimètres de la glace.
Si, au contraire, c'est un fond plein uni plus ou moins foncé et gradué, ou un fond de paysage, de salon , etc., etc., que l'on veut obtenir, il suffira d'exposer en lumière avec le cache en papier
jaune fixé au cliché, qui préservera le fond de l'insolation pendant que le portrait s'imprimera dans son entier. Lorsque l'image positive sera imprimée à sa valeur, on la sortira du châssis pour la poser à plat, face en dessus, sur une glace forte ; la marge extérieure sera préservée tout autour avec un cache en papier noir, ovale, cintré ou carré selon le goût de l'opérateur, de façon à ne laisser découverte que l'ouverture voulue, sur laquelle on placera un cliché représentant un fond de paysage, de salon, granulé ou autre, à volonté, le côté du collodion en contact avec l'image qui est en dessous ; on trace alors la silhouette sur la glace, à trois millimètres environ en dedans des contours, avec un pinceau trempé dans de l'ocre rouge délayée dans de Thuile d'olive ou non seccative, qui permet d'essuyer plus tard ; on applique Tintérieur de la silhouette en papier jaune que l'on recoupe aux ciseaux ou à la pointe à la dimension indiquée par la couleur, qui est alors effacée avec un chiffon, puis on silhouette de nouveau en suivant, cette fois, les contours aussi juste que possible, mais le trait en dedans ; le cache en papier jaune recoupé est mis sur l'image, et le tout est recouvert d'une glace demi-double , sur laquelle
on suit encore les traits du dessin avec la même couleur rouge pour raccorder les lignes de la silhouette ; cette dernière opération a pour objet d'intercepter le passage de la lumière sur l'épreuve et de détruire les rayons directs produits par la première silhouette.
Lorsque, l'image ayant été tirée en dégradé sur fond blanc, on veut obtenir un fond grainé gris, pour que la partie inférieure puisse se fondre graduellement, on devra tamponner le bord inférieur du portrait avec la même couleur, pour tamiser la lumière sans laisser de ligne coupée trop sèchement. On expose alors sur une table tournante, après avoir placé une glace forte dessus pour faire pression, et on tourne la plaque de temps en temps pour que l'impression se fasse régulièrement; on peut ménager les effets de lumière en portant un morceau de carton arrondi sur certaines parties qu'on veut préserver, pendant que les autres s'impriment avec plus de vigueur.
Comme on ne peut plus surveiller l'impression, pour arriver à une valeur certaine, on se servira du photomètre, dont on aura eu le soin de marquer le numéro sur le cliché du fond rapporté. Lorsqu'on juge que le temps d'exposition est suf-
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lisant, on rentre l'épreuve dans le laboratoire ; on enlève les glaces et le fond artificiel qui la recouvrent, et on procède à une dernière opération qui a pour objet d'éteindre les lumières trop vives, et d'harmoniser tous les tons de l'image avec le fond rapporté.
Pour cela, l'épreuve étant toujours à plat sur la glace forte, on la recouvre d'un verre transparent très-mince; on ménage tous les blancs, en les recouvrant d'un papier jaune découpé par le même moyen expéditif indiqué précédemment, c'est-àdire la silhouette des contours à préserver avec le rouge à l'huile; on met sur le tout une seconde glace demi-double, sur laquelle on suit de nouveau tous les contours à ménager avec la couleur; les lumières que l'on veut maintenir à leur valeur sont préservées par quelques coups de pinceau sur la glace, puis on expose de nouveau à la lumière pendant quelques instants, en promenant, si cela est nécessaire, des cartons arrondis sur les parties qu'on veut ménager pour les harmoniser.
Si on voulait simuler une sorte d'encadrement
chimique d'une teinte plus ou moins foncée autour
du porlrait, soit unie, soit à filets, il suffirait de
recouvrir le centre de Tépreuve avec un cache
noir un peu plus petit que Touverture, et de mettre une glace transparente ou un autre cliclié à filets ornementés sur le tout, pour exposer en lumière, jusqu'à ce que les bords extérieurs aient atteint la nuance voulue; on vire, on fixe, puis on finit par un bon lavage à l'eau courante.
L'épreuve ainsi terminée est montée sur bristol, repiquée et satinée; elle ne nécessite plus aucune retouche.
Dans le cas où le cliché primitif aurait une définition de lignes trop sèches, principalement pour les grandes dimensions, on pourrait donner plus de douceur à l'image positive en l'imprimant aux trois quarts de la valeur en contact avec le grand cliché, et on terminerait l'impression en séparant le cliché par une feuille de verre très-mince que l'on glisserait dans le châssis-presse, sans toutefois déranger la position de l'image.
La superposition des fonds que nous venons d'indiquer, qui semble très-longue et très-compliquée dans notre démonstration, est, au contraire^ d'une simplicité extrême dans la pratique, et se fait avec la plus grande facilité et très-rapidement, lorsqu'on s'est un peu habitué à ce travail ; ce procédé, dans tous les cas, a l'avantage de pro-
(luire des fonds rapportés de toutes sortes ayant exactement la même valeur que le porlrait qu'ils entourent, sans qu'aucun raccord soit perceptible à l'œil, et donneront à l'image un relief parfait, sans rien détruire des lignes, même les plus délicates du portrait.
Il arrive fréquemment que la substitution complète du fonds uni n'est pas indispensable, et qu'il suffît d'enlever les défauts de celui qui existe, pour l'harmoniser avec le sujet principal ; dans ce cas, le cliché est exposé à la façon ordinaire, sans cache, jusqu'à ce que l'épreuve soit imprimée aux trois quarts, et on masque alors le fond, en employant le système de silhouettes indiqué plus haut, appliqué sur la glace du châssis, jusqu'à ce que l'image ait atteint la vigueur voulue ; la feuille est retirée ensuite du châssis et placée face en dessus sur une glace forte, on la recouvre d'un verre ordinaire sur lequel les contours du sujet sont tracés avec la couleur rouge à l'huile, et le masque en papier jaune est placé sur l'image pour la préserver de l'action de la lumière, pendant qu'on expose le fond pour l'amener à la vigueur voulue, en ayant soin de graduer le ton, de façon que les parties extrêmes et le côté éclairé du sujet s'im-
priment plus vigoureusement que les parties les plus rapprochées du portrait, dont la tête doit s'enlever sur une parlic plus claire, mais se fondant jusqu'aux extrémités.
Par ce moyen bien appliqué, l'image acquerra la valeur artistique d'une peinture, et n'aura pas la sécheresse de contours des photographies faites directement.
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Préface , 1
Avant-Propos ^ 5
Extrait du journal ï Événement 8