CHAPITRE II
Sensibilisation du papier au charbon.
La première opération consiste à sensibiliser le papier mixtionné, en Vimmergeant complètement, pendant 1 1/2 à 3 minutes, selon la température, dans un bain de bichromate de potasse, à 2 7o en été et 3 «/o en hiver, additionné, si le bichromate est acide, d'une à deux gouttes d'ammoniaque pour chaque cent centimètres cubes de solution, ou demi-centimètre cube d'une solution concentrée de carbonate de soude.
Comme l'ammoniaque et le carbonate de soude
ont la propriété de rendre la gélatine bichromatée
moins sensible à la lumière, on évitera, autant
que possible, de les employer pendant l'hiver, surtout si le papier au charbon est très-soluble, à
moins qu'on n'ait à imprimer sur des clichés trèsfaibles.
Pour éviter les bulles d'air, qui produiraient des globules blancs sur l'image, il est bon de remuer le liquide constamment, et même de frotter la surface de chaque feuille mixtionnée avec un blaireau plat, afin de faciliter l'assimilation par le dégraissage ; on pourra même les retourner deux ou trois fois, mais en replaçant chaque fois le côté mixtionné en dessous.
Au sortir de ce bain , chaque feuille est abandonnée au séchage, pendant douze heures environ, dans une chambre aérée autant que possible, mais éclairée seulement par des verres jaunes; cette pièce doit être maintenue à une température moyenne et exempte d'humidité.
On peut donc sensibiliser dans la soirée lo papier destiné au travail du lendemain.
Chaque feuille, en sortant du bain sensibilisateur, est posée à plat, le côté mixtionné en dessus, sur un dos d'âne à claire-voie, d'un diamètre de 25 cent, environ, fait en lattes minces, arrondies, clouées sur une sorte de tambour en bois blanc et recouvert de plusieurs doubles de papier buvard, ou sur des demi-ronds de 10 à 15 centim.
de diamètre et de 80 centim. de longueur, fixés par bout à la muraille au moyen de petites équerres en fer qui maintiennent la rigidité de ces supports dans une position horizontale; ces supports sont, au préalable, recouverts de carton ou de papier buvard, comme il est dit pour le dos d'âne à claire-voie, qui, lui, peut servir d'appui provisoire, jusqu'à ce que le papier soit égoutté.
Après dessiccation complète, qui peut être activée, en dernier lieu, par une température plus élevée, sans cependant que le feu agisse directement, ce papier est prêt à recevoir l'impression. '
Le séchage du papier au charbon, lorsqu'il est sensibilisé, a une grande influence sur le résultat final; ainsi, il est plus sensible lorsqu'il a été séché lentement, mais aussi il est moins soluble au développement que lorsque la dessiccation s'est faite promptement. L'adhérence au support est également moins facile dans le premier cas que dans le second; il est donc important que cette opération se fasse dans de bonnes conditions de température et d'aération.
On doit éviter, autant que possible^ le séchage par le gaz, qui agit comme insolubilisateur sur la gélatine bichromatée. Le voisinage des égouts et
des cabinets d'aisances, lorsque les émanations d'hydrogène sulfuré pénètrent dans la couche de gélatine bichromatée, alors qu'elle est humide, produit le même effet que le gaz carboné.
Lorsque le temps est beau et sec, une nuit suffit grandement pour sécher le papier au charbon dans d'excellentes conditions; mais, en hiver, lorsque l'air est humide, le meilleur système de chauffage à établir dans la pièce qui sert au séchage du papier mixtionné est un calorifère dans lequel on ne brûle que du coke; encore est-il préférable que le tuyau seul passe dans la pièce où se trouve le papier sensible.
Comme les papiers préparés aux sels de chrome ont une sensibilité beaucoup plus grande que ceux préparés au chlorure d'argent, le temps d'exposition doit être réduit dans la même proportion. Mais , pour avoir un tirage régulier, il faut que chaque feuille séjourne le même temps dans le bain sensibilisateur; on aura donc soin d'employer un compteur ou un sablier divisé en demi-minutes.
Le papier au charbon est d'autant moins sensible et moins soluble qu'il a été préparé depuis plus longtemps; il perd même toute solubilité après quatre ou cinq jours de préparation, sur-
tout lorsqu'il reste à Fair libre; ce papier conserve sa sensibilité plus longtemps lorsque la température est sèche et surtout lorsqu'il est enfermé hermétiquement dans une boîle où Fair ne peut pas pénétrer.
Il est à remarquer que la mixtion colorée avec de Fencre de Chine seule, conserve sa sensibihté beaucoup plus longtemps que celle qui contient du carmin ou autre couleur analogue. L'expérience aura bien vite fixé Fopérateur sur tous ces petits détails, qui semblent compliqués au début, mais auxquels on se familiarise facilement.
Certains papiers mixtionnés sont plus sensibles que d'autres, selon le mode de fabrication, la qualité de la gélatine employée, la couleur incorporée, etc., etc.
Règle générale, le papier très-soluble est moins sensible à la lumière que celui qui est peu soluble, , mais le développement est plus facile et plus régulier, Fimage est également plus pure et plus nette qu'avec un papier peu soluble, qui laisse presque toujours, après le développement, des inégalités de teintes et souvent des parties insolubles qui gâtent l'épreuve.
Plus le bain de bichromate est fort, et plus
grande est la sensibilité ; mais il y a des inconvénients à employer un bain sensibilisateur trop riche en bichromate lorsque la température est élevée; il en est de même lorsque le papier mixtionné séjourne trop longtemps dans ce bain.
La solution doit être assez abondante pour que le papier soit largement immergé; il faut donc que le fond de la cuvette soit recouvert d'au moins 3 ou 4 centim. de liquide.
Le temps d'immersion indiqué plus haut n'est pas absolu, car il dépend beaucoup de la température de l'eau et de l'état plus ou moins corné du papier mixtionné; mais il est facile, au toucher, de sentir lorsqu'il est assez souple et flexible pour le retirer du bain.
Par une température moyenne, on emploiera de préférence un bain sensibilisateur riche en bichromate pour les clichés durs, afin d'obtenir des épreuves harmonieuses; avec des clichés doux, au contraire, un bain faible^ additionné d'ammoniaque ou de carbonate de soude en solution, donnera plus d'oppositions, surtout si le papier mixtionné est fortement coloré; on pourra donc avoir deux bains sensibilisateurs à difl'érents titres
OPKRATJOXS PRATIQUES * 27 .
pour préparer le papier qui convient le mieux aux clichés, selon leur intensité.
Le bain de bichromate sera filtré avant de s'en servir, et on placera une baguette en verre rond sur le devant de la cuvette qui sert à sensibiliser le papier au charbon, afin d'enlever régulièrement l'excès du liquide qui est à la surface; lorsqu'on retirera la feuille, en faisant glisser le côté gélatiné sur cette baguette avant de la placer sur son séchoir, elle devra se trouver face en dessus.
Le bain de bichromate de potasse doit être changé \ous les deux ou trois jours, et être tenu dans un endroit frais , surtout en été , car, si la température du bain sensibilisateur était trop élevée, ou que ce bain fût trop fort, ou encore si le papier y séjournait trop longtemps, surtout pendant les chaleurs, l'image serait couverte, après le développement, d'une myriade de petites rides brisées. Ce phénomène se manifeste d'autant plus que la gélatine est soluble et qu'elle a été plus ramollie pendant la sensibilisation.
Dans les pays chauds, le succès dépend donc en grande partie de la température de la pièce où * se tait la sensibilisation, et aussi du bain sensibilisateur, qu'on devra au besoin rafraîchir avec
28 LA PIIOTOCnAPIIIE AU CHARBON
de la glace, pour qu'il ne soit jamais à i)lus de 10 degrés centigrades au-dessus de zéro.
Dans certains cas, lorsque la chaleur est extrême, on peut employer un bain de bichromate à 10 o/o, sans ammoniaque, dans lequel on laisse le papier au charbon pendant 20 ou 30 secondes seulement, après quoi on le retire pour le placer, face en dessous , sur une glace propre ; on donne un coup de raclette au dos, pour exprimer le liquide, puis on détache du verre, pour mettre à sécher comme à l'ordinaire. Si, après dessiccation, la couche sensible était collante, on la couvrirait d'une couche de collodion normal très-fluide, avant de mettre le papier en contact avec le cliché.
Impression des images.
Les nouveaux châssis pour l'impression des épreuves au charbon, à deux teintes, sont construits de telle façon, que, sans voir la position de l'image, l'encadrement à teinte plus ou moins foncée, avec inscription en blanc si on le désire, se trouve mécaniquement répéré , sans aucune
attention de la part du tireur ; il suffît de couper le papier au charbon parfaitement d'équerre, à la grandeur détérminée , au moyen d'une machine spéciale ou d'un calibre en verre ou en zinc, comme cela se pratique pour les photographies ordinaires, avec cette difTérence que le côté noir mixtionné est placé face en dessous sur une grande glace propre, et qu'on coupe avec une pointe ou un canif, en appuyant le calibre sur le dos du papier sensible.
Pour éviter les taches, il est important que la personne chargée de ce travail ait, aux mains, des gants de fîl, afin que les doigts nus ne touchent jamais le côté sensible du papier, surtout lorsqu'ils sont en transpiration ; la même recommandation s'adresse au tireur qui charge et décharge les châssis. Cette opération , du reste très-simple, ne demande qu'un peu d'attention, pour que le papier mixtionné, qui est coupé d'équerre, touche le haut et le côté gauche du compartiment où est placé le cliché, si l'ombre portée doit être à droite, et vice versa; chacune des cases étant garnie, les volets rabattus, la planchette à ressort fermée, il ne reste plus qu'à imprimer.
Avant d'effectuer le tirage complet de la journée,
il est bon de faire une épreuve d'essai pour s'assurer de la sensibilité du papier préparé; on prend, pour cela, un cliché de force'moyenne sur lequel on imprime une ou deux épreuves au juger, et on note le numéro ou le nombre de teintes du photomètre qui donne le meilleur résultat; il est alors facile de comparer la densilé relative des autres clichés et d'imprimer sûrement.
II est à remarquer que le papier mixlionné bichromaté s'impressionne relativement moins vite, comparé au papier albuminé, vers la fin de la journée, c'est-à-dire lorsque le soleil est sur son déclin, que le matin ou au milieu de la journée, en raison de la force de pénétration qui agit plus activement sur le papier au chlorure d'argent que sur la gélatine sensible lorsque l'actinisme èst moindre. Nous poserons donc pour exemple qu'un cliché ayant donné une épreuve largement imprimée à quatre teintes, à dix heures du matin, exigera cinq et même six teintes à quatre heures du soir, pour former une image de même valeur. On devra donc tenir compte de ce phénomène, dont l'action est encore augmentée par l'insolubilité toujours croissante de la gélatine qui a subi rinsolation depuis un temps plus long.
Lorsqu^on veut obtenir des images à deux teintes avec inscriptions, comme cela a lieu pour les cartes de visite et les cartes-album, il faut avoir le soin, avant de retirer du châssis le papier impressionné, de marquer au dos le haut de rëpreuve, afin de ne pas faire d'erreur, car on doit se rappeler que Tim^age n'est pas visible.
Une précaution également bonne à prendre est de mettre ensemble dans des compartiments à part chacune des épreuves du même cliché, afin de les développer ensemble autant que possible, pour obtenir une plus grande régularité dans le travail.
Lorsque toutes les images, dont le tour a été préservé de la lumière, sont imprimées, pour obtenir la teinte plus ou moins foncée qui doit former encadrement avec nom, adresse, etc., etc., on place de nouveau tous les morceaux de papier impressionnés dans un autre châssis ieinteur^ en ayant toujours soin que les bords de ce papier touchent le haut et le côté gauche ou droit du compartiment, selon que dans le châssis imprimeur on a maintenu le papier à droite ou à gauche ; . les volets sont rabattus, la planchette à ressort fermée, comme pour les châssis à imprimer, et
on expose beaucoup moins longtemps alors que pour Fimage, car la lumière n'a à traverser qu'une pellicule Iranélucide ou un verre nu sur lequel rinscription est imprimée ou vitrifiée, ce qui fait qu'elle pénètre plus facilement.
Si on voulait imprimer de grandes épreuves avec encadrement teinté, on placerait le cliché dans un châssis ordinaire avec un cache en papier noir de la forme désirée, en ayant soin que l'an des côtés et la partie supérieure ou inférieure de ce cache touchent les parois du châssis pendant que l'image du cliché occupe le milieu de l'ouverture; d'autre part, on aurait un verre ordinaire de la dimension exacte du cache, sur lequel on aurait eu soin de coller l'intérieur du masque qui devra alors correspondre avec l'ouverture lorsqu'ils sont superposés; l'image étant imprimée, il suffira pour teinter les bords, de retirer le papier au charbon du châssis, de le poser à plat sur une planchette, face en dessus, et de le recouvrir du verre portant au centre le masque destiné à préserver l'image pendant l'exposition à la lumière, comme cela se fait habituellement pour les images aux sels d'argent.
Quel que soit le châssis que l'on emploie, on
OPÉRATIONS rRATTQUES 33
devra s'assurer que le coussin en papier buvard ou en feutre est bien sec; car, s'il en était autrement, rhumidité pourrait se communiquer au papier mixtionné qui, en se ramollissant, se collerait au cliché et le détruirait.
Les clichés qui doivent être tirés en plein dans les châssis ordinaires, seront bordés tout autour avec une bande de papier noir ou jaune d'environ un centimètre de largeur, et collée avec de la gomme. Cette opération indispensable a pour but de préserver de l'insolation les bords du papier au charbon qui, sans cela, n'adhéreraient pas au support, ce qui amènerait inévitablement des soulèvements de la pellicule lors du développement de l'image dans l'eau chaude; cette précaution est inutile quand on se sert des châssis décrits plus haut, car, par leur construction, ils préservent naturellement de la lumière les bords du papier mixtionné tout autour de l'image, ce qui lui conserve sa solubilité pour adhérer au subjectile temporaire ou définitif, ainsi qu'il sera expliqué plus loin.
Si on était obligé de tirer en plein soleil, il faudrait pousser l'impression au photomètre un
3/l LA riIOTOGRAPHIE AU CHARBON
peu plus loin que lorsqu'on imprime à la lumière diffuse, qui est dans tous les cas préférable.
Contrairement à l'opinion émise par quelques auteurs, les clichés durs ne donnent pas d'aussi bons résultats que les négatifs de vigueur moyenne ; on fera bien cependant, pour le tirage au charbon, d'employer des négatifs plus soutenus que s'ils devaient être imprimés par les sels d'argent, afin d'avoir des images brillantes et bien détaillées, car, s'ils étaient trop faibles, l'épreuve serait grise et plate. On peut néanmoins modifier dans une certaine mesure la valeur des images provenant de clichés trop durs ou trop faibles, en employant un bain sensibilisateur plus ou moins fort, ainsi qu'il a été dit précédemment, et un papier au charbon plus ou moins soluble et plus ou moins chargé de matières colorantes.
On obtiendra également beaucoup d'harmonie et de douceur en exposant le papier au charbon à la lumière pendant une ou deux secondes avant ou après son insolation sous le cliché, lorsque celui-ci est dur et heurté; il ne faudrait pas cependatit prolonger trop longtemps celte exposition, car alors la gélatine bichromatée deviendrait com-
opï:rations pratiques 35
plélement insoluble et ne pourrait plus se dissoudre lors du développement.
Lorsque la lumière n'a pas permis de donner à l'image une exposition suffisante, on peut attendre jusqu'au lendemain pour la développer, non pas parce que l'impression se continue, comme le croient beaucoup de praticiens, mais parce que la gélatine, devenant de moins en moins soluble, retient plus de matières colorantes, et par suite préserve mieux les demi-teintes lors du déve-' loppement à l'eau chaude. Il ne faudrait pas, cependant, attendre trop longteiïips, car alors la gélatine, devenant trop insoluble, laisserait, après le développement, des marbrures et inégalités qui nuiraient à la pureté de l'image.
Pendant les temps humides, comme le papier au charbon est plus sensible que par une température sèche, l'exposition doit être moindre; mais il faut toujoui^s que le papier soit parfaitement sec avant de le mettre en contact avec le cliché, car s'il en était autrement il se collerait au cliché, qui serait alors perdu. Par contre, certains papiers mixtionnés, contenant peu de sucre, s'étendent difficilement lorsque le temps est sec, et, pour cette raison, n'adhèrent pas complètement au
cliché, ce qui produit des images partiellement floues; il est bon, pour éviter cet inconvénient, de mettre ce papier en presse pendant quelques minutes avant de l'employer pour qu'il prenne une planimélrie parfaite; on pourrait, au besoin, le placer pendant quelques instant dans un endroit frais, mais toujours à l'abri de la lumière.
Le temps d'exposition varie donc en raison de l'actinisme de la lumière et de la préparation du * papier au charbon ; mais, comme on ne peut pas suivre la venue de l'image, ainsi que cela se pratique avec les seîs d'argent, il est indispensable, pour produire un travail régulier et sûr, d'employer un bon photomètre.
Le Photomètre.
Plusieurs de ces instruments ont été construits; il y en a de plus ou moins compliqués ; le plus simple, selon nous, est le meilleur ; il se compose d'une petite boîte en ferblanc verni, de trois ^^.entimètres cubes environ, dont le couvercle est garni d'une glace peinte en brun, de quatre
nuances difïerentes, se rapprochant le plus possible de la couleur que prend le papier au chlorure d'argent lorsqu'il reçoit progressivement l'action de la lumière.
Au milieu de cette glace se trouve ménagée une partie longue et étroite où la glace reste à nu et transparente.
Une bande de papier sensible, au nitrate d'argent et à l'acide citrique, est placée dans l'intérieur de la boîte, et est maintenue en contact avec la glace par un coussin en drap sur lequel elle glisse à volonté.
La lumière, agissant sur ce papier, l'amène graduellement à la nuance la plus foncée qui est peinte sur le verre devant servir de point de comparaison; il suffit alors, pour avoir des épreuves de même valeur, de déterminer le nombre de teintes, toutes semblables, qu'il faut imprimer pendant l'exposition d'un cliché, pour que chaque image soit identique, si on a employé le même papier sensible.
^ La teinte la plus foncée est considérée comme teinte entière^ les autres servent à la diviser au besoin en 1/4, 1/2 et 3/4 de teinte. La moyenne des bons clichés nécessite envi-
ron deux à trois teintes entières pour donner une impression complète au charbon ; Tencadrement, lorsqu'on se sert pour cela de verres transparents, s'imprime en un quart de teinte seule- . ment.
Aussitôt que le papier sensible placé dans le photomètre a atteint la nuance exacte de la teinte entière marquée sur le verre, il suffit de le tirer de quelques millimètres pour faire apparaître une nouvelle surface blanche, qui ne tarde pas à prendre à son tour la nuance de la première, et cela avec d'autant plus de rapidité, que la lumière est plus actinique.
On peut facilement contrôler le nombre dé teintes imprimées, en soulevant le couvercle du photomètre sous lequel glisse le papier sensible.
Opérations préliminaires pour le développement par double transfert.
L'image imprimée par les sels de chrome est aussi invisible sur la couche de gélatine colorée qui compose le ifapier mixtionné devenu partiel-
lement insoluble sous Taction de la lumière, que celle qui se trouve sur une glace iodurée, lorsqu'on la rentre dans le laboratoire pour la développer après la pose.
Il y a plusieurs moyens de développer les épreuves au charbon, mais comme l'image ne peut conserver toute la finesse et les demi-teintes que donne le cliché qu'autant qu'on élimine par l'eau chaude la gélatine colorée non insolubilisée par la lumière, en agissant du côté opposé à celui qui a reçu l'impression, il faut appliquer d'abord la surface insolée sur un support provisoire, qui retienne et préserve l'image pendant le dépouillement qui se fait du côté opposé ; et, comme cette image serait alors retournée, il faut avoir recours à un second transport définitif pour la redresser, à moins qu'on ne se serve de clichés pelliculaires ou retournés, comme il sera expliqué plus loin, auquel cas l'image imprimée par l'enA ers du négatif peut être développée sur le support définitif, car elle se trouve redressée naturellement.
Nous expliquerons plus loin les avantages et les inconvénients de cette méthode, au chapitre du développement par transfert simple.
On peut employer comme support provisoire,
âO LA PHOTOGRAPHIE AU CHARBON
le papier caoutchouté, ou enduit de stéarine, de gomme laque, etc., etc. ; le papier albuminé, le mica, la porcelaine, le cuivre, le zinc, le verre, etc., etc. C'est de ce dernier subjectile dont nous nous occuperons plus spécialement pour les images de petites dimensions, telles que la carte et la carte-album que Ton veut produire d'emblée avec le brillant de l'émail.
Il est à remarquer, néanmoins, que les épreuves développées sur papier sont plus fines , plus modelées, et conservent plus de demi-teintes que celles qui ont été appliquées sur une surface rigide, qui ne permet pas toujours une adhérence aussi parfaite, à cause du relief de la gélatine qui forme l'image, mais elles ne sont pas susceptibles de conserver le grand brillant que l'on obtient par un développement sur glace collodionnée.
Dans tous les cas, le développement sur papier stéariné ou à la gomme laque est de beaucoup préférable à celui qui se fait sur zinc grainé ou sur verre dépoli, pour les images de dimensions moyennes qui doivent rester mates.
Préparation des glaces de support pour les épreuves émaillées.
Des glaces ou des verres exempts de bouillons, autant que possible (1), sont nettoyés comme pour le travail ordinaire des clichés ; après quoi , on frotte un côté de cette glace avec un tampon de papier josepli, imprégné de la solution suivante :
Benzole pure 1 litre.
Cire jaune à frotter 10 grammes.
Résine en poudre de 1 k 2 »
en ayant soin que toute la surface en soit bien couverte; aussitôt que la benzole est évaporée, ce qui nécessite quelques secondes, on enlève l'excès de la cire en frottant vivement avec un tampon de flanelle, jusqu'à ce que la glace reprenne son aspect brillant, c'est-à-dire qu'elle ne conserve aucune raie ou marque de corps gras,
(1) Les verres opales ou les plaques de porcelaine sont préférables à tous les points de vue, parce que, lors du développement, on peut suivre avec plus de sûreté le dépouillement de l'image et l'amener à sa valeur exacte; seulement le prix en est beaucoup plus élevé.
mais en ayant soin cependant de ne pas mettre la glace entièrement à nu. Comme l'image conserve Fempreinte exacte du support sur lequel elle a été développée, elle sera d'autant plus pure et brillante que la glace est plus propre et cirée plus également, donc toute raie ou agglomération de cire non frottée fera tache sur l'épreuve.
Lorsqu'il fait froid il arrive fréquemment que la cire se fige promptement en laissant un semis de petits points opaques qui produisent sur l'image une foule de taches brillantes dont l'effet est désagréable à l'œil.
Cette opération peut se faire à l'avance et sur une grande quantité de glaces, mais il faut avoir soin de marquer le côté non préparé avec un pinceau trempé dans du rouge à l'eau, car il serait ensuite difficile de le reconnaître.
Le nettoyage et le cirage des glaces doivent être faits avec le plus grand soin, car il pourrait résulter les accidents suivants :
La glace mal nettoyée laisserait sur l'image, lorsqu'on la détache, des marques indélébiles qui en détruiraient toute la valeur.
Le nettoyage se fait, comme pour les glaces ordinaires, avec du tripoli fin et de l'alcool; mais,
quand elles ont servi, il est bon de les laver d'abord à Teau chaude pour enlever la gélatine qui reste adhérente, puis de les laisser pendant quelques minutes dans l'acide nitrique ou dans un bain composé d'ammoniaque, d'essence de térébenthine et d'eau, et de les rincer ensuite.
Si l'excès de cire n'était pas convenablement enlevé, l'image n'adhérerait pas à la glace et se détacherait d'elle-même avant dessiccation complète; elle manquerait alors de brillant. Il en serait de même si on employait de la cire frelatée dans laquelle il entre le plus souvent de l'axonge ou autres corps gras solubles à basse température ; dans ce cas, l'addition d'une petite quantité de résine à la dissolution la rend plus tenace; si, au contraire, il ne restait pas assez de cire, ou qu'il en manquât dans certaines parties , il serait impossible de détacher l'image du verre lorsqu'elle serait sèche.
Pour les images dites émaillées, qui devront être montées pendant qu'elles sont encore sur le support, il est important d'albuminer le bord des glaces avec un pinceau avant de les coUodionner, afin d'éviterle décollement trop prompt de l'épreuve, surtout lorsqu'elle est de grande dimension. Dans
certains cas, on pourra même, par excès de précaution, faire, avec la pointe d'un canif, une raie tout autour de la glace à un centimètre en dedans du bord extérieur, avant l'application du papier de transport; de cette façon, la glace se trouvant à nu retiendra beaucoup mieux le papier gélatiné qui doit servir de support définitif à l'épreuve.
Quelques instants seulement avant le développement, on verse sur chaque glace cirée et frottée, que l'on veut employer, une couche de collodion normal composé de :
Ether sulfurique oOO c. c.
Alcool à 40« 500 c. c.
Coton azotique de 10 à 12 grammes.
auquel on peut ajouter quelques gouttes d'une teinture alcoolique bleue ou rouge d'aniline ; mais comme cette couleur s'altère très-facilement à la lumière, il est préférable d'employer un papier de transport légèrement coloré, comme nous l'indiquerons plus loin, selon l'effet que l'on veut obtenir, car alors cette couleur sera permanente comme l'image elle-même.
Le collodion préparé trop fraîchement n'étant pas assez adhérent à la glace, il arrive parfois que
la couche se déchire lors du développement en détruisant l'image, il est donc bon de le préparer plusieurs jours avant de l'employer.
Après évaporation de l'éther, ce qui a lieu en 2 ou 3 minutes, on plonge les glaces dans une cuvette remplie d'eau fraîche, où elles peuvent séjourner sans inconvénient jusqu'au moment où on veut les employer (1).
L'immersion trop prompte dans l'eau, de la glace collodionnée, c'est-à-dire avant que l'éther soit suffisamment évaporé, amène presque toujours le déchirement de la couche lors du développement de l'image ; lorsqu'au contraire le collodion est immergé trop sec, le papier mixtionné adhère mal et l'image peut glisser. On doit donc apporter tous ses soins à cette opération aussi bien qu'à toutes celles indiquées précédemment.
(1) Comme ces glaces ainsi collodionnées peuvent se conserver très-longtemps, le meilleur moyen de les garder est de les placer verticalement dans une cuvette à rainure, remplie d'eau fraîche et propre, dont nous avons donné la description dans un précédent chapitre.
Application du papier insolé sur le support temporaire.
Parlant de ce principe, indiqué par Davies et Johnson, que le papier mixtionné et insolé, plongé pendant une minute seulement dans Teau froide et appliqué sur une surface imperméable à l'eau, adhère à celle surface sans le secours d'aucune matière collante, mais seulement par succion ou adhérence atmosphérique, lorsqu'on a eu soin d'expulser les bulles d'air; le travail préparatoire pour le développement se fait ainsi qu'il suit :
Dans une cuvette remplie d'eau fraîche, on place successivement chaque série d'épreuves que l'on veut développer sur une glace, 2, 4, 8, 12, etc., selon sa dimension, pendant que le papier s'imprègne d'eau, ce qui nécessite une minute environ; on retire de la première cuvette une glace collodionnée et bien dégraissée^ que l'on pose à plat sur une planchette solide, à portée de la main ; on enlève alors de l'eau chacune des épreuves que l'on place, les unes à côté des autres, sur la glace collodionnée, le côté mixtionné
eu coulact avec le collodion imprégné d'eau; puis ou pose sur le tout une feuille de toile caoulclioutée qui sert à maintenir les épreuves à leur place et à préserver le collodion de toute écorchure, et Ton frotte vigoureusement, avec une raclette, de bas en haut et de haut en bas, pour faciliter Tadhérence et chasser les bulles d'air ; dans le cas où on verrait, par réflexion, des points brillants, on détacherait sans hésiter la pellicule pour recommencer l'opération.
Chaque glace préparée de la même façon est superposée à la première, jusqu'à ce que le travail complet de la journée soit terminé; après quoi, on procède au dépouillement de l'image, ainsi qu'il sera expliqué plus loin.
Comme le papier bichromaté et insolé perd sa sensibilité aussitôt qu'il est plongé dans l'eau froide, l'opération peut se faire en pleine lumière.
Par les grandes chaleurs, nous recommandons de rafraîchir, avec de la glace, Teau dans laquelle on plonge le papier mixtionné avant son application sur son support.
Le papier au charbon ne doit rester dans l'eau que juste le temps nécessaire pour se distendre, c est-à-dire une ou deux minutes, avant son ap-
Zl8 LA PHOTOGRAPHIE AU CHARBON
plication sur la glace , selon qu'il est plus ou moins sec ; car, si après avoir repris sa planimétrie, il se recoquevillait, la gélatine en dessus, il deviendrait impossible de le faire adhérer, à moins d'employer le papier caoutchouté comme support; il est même préférable, lorsqu'on a plusieurs épreuves à appliquer sur le même support, de retirer le papier avant son entière saturation, car il continue à absorber l'eau pendant l'opération. 11 y a donc là un tour de main et une habitude à prendre pour arriver à une réussite parfaite.
Dans certains cas, lorsque l'insolation a été beaucoup trop prolongée et que, par ce fait, la gélatine est devenue complètement insoluble, le papier mixtionné refuse également d'adhérer au support; il faut alors le mettre en presse ou le rejeter, car l'image serait certainement trop foncée.
Si le support provisoire, au lieu d'être du verre, de la porcelaine ou autre surface rigide, était, au contraire, un support flexible, mais imperméable, comme le papier albuminé recouvert d'une couche de gomme laque ou autre corps résineux ou stéariné, on frotterait la surface entière de ce papier avec un tampon de flanelle imbibé d'une solution
OPÉRATIONS PRATIQUES 1x9
de résine et de cire dissoutes dans l'essence de térébenthine, à la proportion et de la manière qui sera indiquée pour la préparation des plaques de zinc ou de cuivre, et on plongerait en même temps, face à face dans une cuvette d'eau froide, le papier au charbon insolé avec le support flexible coupé de même dimension; après une minute d'immersion^, on enlèverait les deux papiers mis eu contact sous Teau, pour les poser à plat sur une planchette, et on compléterait l'adhérence en frottant vigoureusement et en tous sens le dos du papier mixiionné avec la raclette en caoutchouc ; on placerait alors chaque double entre du papier buvard, sous pression pendant une demiheure environ, puis on développerait, comme il sera expliqué plus loin.
L'application du papier mixtionné sur le support flexible, temporaire ou permanent, peut également se faire de la même façon que sur le support rigide, mais il faut alors laisser tremper ce support pendant quelques instants dans l'eau froide pour qu'il se distende aussi complètement que possible; on le pose ensuite à plat sur une planchette ou sur une glace, le côté imperméable en dessus, et
on projette de l'eau de façon à ce que cette surface,
qui repousse le liquide, en couserve assez néanmoins pour que le papier au charbon baigne partout lorsqu'on l'applique sur le support; on chasse l'eau et les bulles d'air avec la raclette et on met sous presse.
Le développement sur un support flexible dispense de collodionner, mais il faut frotter ce support avec la solution de térébenthine résineuse toutes les fois qu on s'en est servi, pour faciliter le détachement de Timage lors du double transport.
La composition du papier de support servant au développement est si simple, que tout le monde pourra le fabriquer, sans inconvénient pour l'emploi journalier, d'autant plus qu'il ne peut guère servir que trois ou quatre fois.
Il suffira de placer, dans un ballon en verre, 75 gram. de stéarine concassée avec 500 centim. cubes d'alcool à 36 degrés, et de faire dissoudre au bain-marie ; on ajoute ensuite à celte solution 10 à 12 gram. de résine rouge en poudre, puis on filtre sur une cuvette en porcelaine ou en tôle émaillée placée sur un vase d'eau chaude, pour que la solution se maintienne tiède pendant l'opération. On plonge alors dans ce liquide, pendant quelques secondes, des feuilles de papier très-forts et bien
encollés, recouvertes d'un côté, au préalable, d'une couche d'albumine neutre coagulée par Talcool ou par la vapeur d'eau, puis on les suspend pour sécher; le côté de l'albumine, étant alors frotté avec un tampon de flanelle imbibé de térébenthine résineuse, comme il a été dit, est prêt à recevoir le papier mixtionné pour le développement.
La stéarine peut être remplacée avantageusement par de la gomme laque blanche additionnée de borax dissous dans l'alcool, dont on fait un vernis imperméable pour la préparation du papier de support.
On trouve dans le commerce du papier de ce genre très-bien fabriqué, à un prix modéré, ce qui dispense de le faire chez soi lorsqu'on n'est pas organisé pour exécuter ce travail en grande quantité.
Opération par simple transfert.
Lorsqu'on emploie des clichés pelliculaires ou retournés, qui permettent d'imprimer par le côté
opposé au collodioD, on peut éviter le double transfert; dans ce cas, l'opération est grandement simplifiée.
Il suffit alors d'appliquer sous Veau la feuille de papier au charbon portant l'image contre une autre feuille de papier un peu plus grande en tous sens, enduite, d'un côté, d'une couche mince de gélatine insoluble ou d'albumine neutre coagulée; aussitôt que le papier mixtionné a repris sa planimétrie, on enlève ensemble les deux feuilles mises en contact, on les pose à plat sur une planchette ou sur une glace, on place sur le tout un morceau de toile caoutchoutée et on frotte en tous sens, avec la raclette, pour chasser l'eau et les bulles d'air qui pourraient se trouver entre les deux papiers, absolument comme il a été expliqué lorsqu'on emploie la glace ou le support flexible ; on suspend pour sécher, puis on procède au développement de l'image, qui, dans ce cas, se trouvera dans son vrai sens et, en même temps, fixée sur son support définitif.
Le meilleur papier, pour ce genre de travail, est celui que nous indiquons plus loin sous le nom de papier de transport gélatiné, dont nous donnons la composition, mais on aura soin de le rendre
complètement insoluble, en le plongeant, pendant quelques minutes, dans un bain d'alun à 7 o/o. Le papier albuminé donne à l'image un peu plus de brillant, mais elle est susceptible de jaunir plus vite que celle qui a pour support du papier gélatiné.
Les images développées sur support flexible ou sur papier gélatiné-aluné sont moins brillantes que celles qui ont été appliquées sur glace polie, mais elles sont moins mates et plus transparentes, dans les ombres, que les épreuves développées sur zinc grainé, sur cuivre ou même sur verre dépoli qui, elles, ont l'aspect froid des épreuves au sel d'argent imprimées sur papier salé.
Nous indiquerons plus loin le moyen de donner à ces images le brillant du papier albuminé, et même celui de l'émail; néanmoins, pour les images de petites dimensions, le développement par double transfert sur glaces polies, cirées et collodionnées, est celui qui donne les résultats les plus satisfaisants.
Préparation des plaques de cuivre ou de zinc pour le développement des grandes épreuves mates.
Les plaques de cuivre ou de zinc, dont on se sert pour le développement des images au charbon, sont polies ou grainées; elles ressemblent, dans ce dernier cas, au verre dépoli, qui est préférable pour les épreuves mates de dimensions moyennes.
Le développement sur plaque métallique, qu'on a beaucoup préconisé, ne donne pas néanmoins autant de finesse dans les demi-teintes et de transparence dans les ombres que celui qui se fait sur papier imperméable, et l'aspect des images, sur ces surfaces rigides, est toujours plus froid, plus sec, et, en un mot, moins artistique que celles développées sur un support flexible, soit provisoire, soit définitif.
Lorsque ces plaques ont déjà servi, il faut les laver à l'eau chaude, et quelquefois même les frotter avec de la pierre ponce très-fine, de façon
enlever toute impureté; on termine par un bon
OPERATIONS PRATIQUf:S
lavage à Teau propre; puis, lorsqu'elles sont sèches, on frotte la surface grainée avec un tampon de flanelle imbibé d'une solution composée de :
lorsque l'essence de térébenthine est évaporée on essuie avec un autre tampon de flanelle sèche; ces plaques sont alors prêtes à recevoir les épreuves, comme il a été expliqué pour les autres subjecliles.
S'il restait des traces de gélatine sur la plaque, il serait facile de la nettoyer en employant un mélange d'ammoniaque et d'essence de térébenthine.
La préparation des plaques métalliques est aussi importante que celle des glaces, car, si elle a été mal faite, l'image n'adhère pas ou ne peut pas être détachée lorsqu'elle est sèche ; de plus, comme l'image prend l'empreinte exacte du support sur lequel elle a été développée, si la surface de la plaque est sale ou rayée, ces défauts se trouveront inévitablement reportés sur l'épreuve ; si, au contraire, le support est poli et exempt de toute
Essence de térébenthine Résine en poudre.. ... ..
Cire jaune
mo c. c.
20 grammes.
impureté, l'image se détachera pure et fraîche sur toute sa surface ; il faut donc observer avec le plus grand soin que la solution résineuse soit toujours dans la proportion indiquée plus haut, et que son application sur la plaque soit bien faite, car le succès dépend très-souvent de la bonne préparation des plaques de support.
Comme nous avons expliqué précédemment la manière dont on doit appliquer le papier insolé sur un support temporaire, qu'il soit flexible comme le papier, ou rigide comme le verre, la porcelaine, le cuivre ou le zinc, nous renverrons nos lecteurs à cette description qui est la même pour toutes les opérations, et nous passerons au
Dépouillement de l'image par l'eau chaude.
Cette partie de l'opération est celle qui demande le plus d'habitude pour bien juger de la valeur de l'image, dont on peut cependant modifier l'intensité si on la dépouille convenablement.
Si l'on se sert de cuvette verticale pour le dé-
pouillement, l'eau est cliauffée jusqu'à ce que le liquide ait atteint la température de 30 à 35» centigrades environ, les glaces sont placées verticalement dans chacune des rainures ; en peu d'instants le papier se détache en tombant au fond de la cuvette, et laisse l'image transparente sur la glace ; il suffît alors, pour activer et compléter le dépouillement, de projeter de l'eau chaude sur l'image, avec la main, jusqu'à ce que l'excès des poudres soit complètement éliminé ; puis on termine par une immersion, pendant une minute, dans un bain d'alun de 2 à 3 ^jo qui doit être suivi d'un dernier lavage très-abondant sous un robinet d'eau froide. L'image est ensuite abandonnée à la dessiccation sur un porte-glace que l'on place, autant que possible, dans un courant d'air chaud, en évitant cependant de la mettre près du feu, car alors elle se fendillerait et se détacherait du support en morceaux.
Comme l'image remonte en séchant, il faut toujours qu'elle paraisse faible au développement, pour ne pas être trop foncée lorsqu'elle est terminée. Une remarque importante à faire, c'est que les images développées sur plaques coUodionnées, mais que l'on veut conserver avec le demi-bril-
lant (le ralbumine, doivent être surtout beaucoup plus claires lors du développement que celles destinées au montage préalable qui produit le grand brillant de l'émail ; le contraire a lieu quand on développe sur métal pour obtenir des épreuves mates, il faut alors que le ton soit plus soutenu, afin que l'image ait assez de vigueur après la retouche à l'encre de Chine.
Si on développe dans une cuvette plate horizontale, le fond de cette cuvette est couvert de quelques centimètres d'eau chauffée à la ^température indiquée, les glaces sont mises à plat, le papier en dessus, et on peut les balancer jusqu'à ce que le papier qui sert de véhicule à la couche mixtionnée commence à se détacher, on l'enlève alors doucement en le tirant par un des angles, ce qui laisse la couche noire de gélatine sur le support. On active alors le dépouillement de l'image, en projetant avec la main de l'eau chaude à la surface pour éliminer la couleur en excès et la gélatine insoluble.
On se rend compte bien vite, lorsqu'on a l'habitude de ce travail, si le temps de pose est exact, car alors l'image apparaît promptement avec tous ses détails dans les blancs comme dans les noirs,
tandis que si Texposilion a été trop longue les blancs restent empâtés et lourds, par suite de l'insolubilité générale de la gélatine qui retient la matière colorante en excès ; dans ce cas^ on abandonne l'épreuve plus longtemps dans l'eau chaude dont on élève encore la température graduellement, jusqu'à ce qu'elle soit réduite au degré voulu.
Lorsque le temps de pose a été au contraire trop court, comme l'eau à haute température pourrait enlever toutes les demi-teintes, on termine le dépouillement dans une eau moins chaude; mais, dans tous les cas, une image dont le temps d'exposition a été bien calculé, sera toujours plus belle et plus complète d'effet.
Le développement de l'image se fait plus ou moins rapidement, selon que la gélatine bichromatée est plus ou moins soluble, ce qui tient à des causes multiples, d'abord à la qualité du papier au charbon employé, à la manière dont il a été sensibilisé et séché, et aussi à l'état de l'atmos-^ phère; on pourra néanmoins se rendre compte du moment où l'image est complètement dépouillée lorsque, vue par transparence, il ne restera aucune trace inégale de couleur non dissoute, et qu'elle
apparaîtra |bien limpide et uniforme sur toute sa surface.
Pour bien juger de la valeur des images développées sur glaces transparentes, on aura soin de placer un morceau de papier blanc à une petite distance, par derrière, afin de se rendre compte, en les examinant, du moment exact où on devra arrêter le dépouillement. Cet examen est plus facile lorsqu'on opère sur un corps blanc, comme le verre opale, la porcelaine ou le papier à la gomme laque.
Lorsque plusieurs épreuves sont développées sur une même glace et que Tune d'elles est plus foncée que les autres, on laisse couler sur cette image un filet d'eau plus chaude, au moyen d'un petit tube en caoutchouc, jusqu'à ce qu'elle soit arrivée à la même valeur que les autres.
Si une série d'épreuves sur une même glace était trop foncée par un excès de pose, on pourrait encore en réduire l'intensité, en plongeant la glace dans un bain alcalin de cyanure de potassium à 1 ou 2 o/o ou de carbonate d'ammoniaque à saturation; puis on terminerait toujours par un fixage à l'alun, qui a la propriété de rendre la
gélatine insoluble, et en dernier lieu par un lavage abondant sous un robinet d'eau froide.
Pour les images développées sur support flexible il faut, avant le fixage à l'alun, laisser la feuille pendant quelques instants dans une cuvette remplie d'eau propre afin qu'elle abandonne, par le dégorgement, le bichromate de potasse qui est plus tenace que sur les supports rigides.
L'alun en cristaux, dissous à l'eau chaude, est préférable à l'alun en poudre. La solution d'alun ne doit pas dépasser 1 ou 2 o/o, car si elle était trop concentrée, la gélatine formant l'image deviendrait trop insoluble et n'adhérerait pas assez au papier de transfert. Le bain d'alun peut être employé à un degré de concentration plus élevé lorsqu'on opère par transport simple, et que l'image reste sur son support définitif.
La température de l'eau pour le dépouillement de l'image peut varier selon la solubilité plus ou moins grande du papier au charbon; pour certains papiers, l'eau à la température de 25 à 30° centigrades est suffisante, tandis que pour d'autres on peut employer impunément l'eau presque bouillante.
Développement sur mica.
La feuille de mica est posée à plat sur un verre qui doit lui servir de support pour la mettre à l'eau. Le travail d'applicaiton et de développement se fait de la même manière que pour le papier. L'image étant développée, il n'y a plus qu'à faire l'application du papier de transport, comme il sera expliqué, puis le collage de la carte. L'image, de cette façon, se trouve emprisonnée et fixée sur le mica même, ce qui la rend incombustible et inattaquable par les corps durs et les acides; elle possède, en outre, un brillant égal à celui de la glace ; mais comme il est très-difficile de se pro-curer des feuilles de mica d'une dimension même moyenne, qui soient exemptes de défaut, on ne peut opérer que sur de très-petites images, telles que la carte de visite et le stéréoscope. Pour ce dernier genre d'image qui peut être vue par transparence, l'application du papier de transport est inutile»