DE LA SUBSTANCE QUI RECEVRA L’IMAGE
49. — Si le papier, quelque uni que soit celui dont nous pouvons nous procurer les plus beaux échantillons n’était pas garni de pores nombreux et inégaux, ne présentait pas une surface rugueuse et inégale, ne contenait pas des encollages divers qui changent sa texture et sa faculté d’imbibition, on n’aurait point cherché mieux et l’on se serait tenu aux premières méthodes qui avaient ce premier produit pour base. Mais indiquer les défauts que le papier présente, c’est dénombrer les qualités qui lui manquent.
Le papier est un véritable feutre végétal formé de fibres appelées cellulose , et qui constituent non-seulement toutes les matières végétales textiles, mais encore une grande partie des autres végétaux. Le coton, le lin, le chanvre, l’écorce du tilleul, celle du bouleau, la tige de l’ortie, de l’asperge, les feuilles de l’alpha, du palmier nain, de l’aloës, du phormium tenax, etc., contiennent une grande quantité de cellulose. Les fils employés par le commerce en sont
composés, les toiles, par conséquent, et le papier qui en provient, que ces fils soient fabriqués avec le lin, le chanvre ou le coton.
50. — Mais voici qu’une découverte admirable est née à point pour fournir à la photographie le papier parfait qui lui manquait. Un chimiste (ce sont eux maintenant qui changent la face du monde) est venu, qui a trouvé un liquide dans lequel le coton fond comme la gomme arabique dans l’eau, et produit un mucilage d’autant plus épais que la quantité de coton est plus grande.
Or, si nous étendons du sirop de gomme sur un verre, et que nous laissions sécher, nous aurons réduit notre gomme arabique en une lame mince et continue : de même si nous versons notre sirop de coton sur du verre, nous en formerons une feuille mince qui, en définitive, sera une feuille de papier parfaite, sans pores inégaux, d’une homogénéité et d’une égalité admirables, sans encollages nuisibles et composée exclusivement de cellulose, ce qui n’arrive pas ou presque jamais aux papiers du commerce auxquels les fabricants mêlent tout ce qu’ils peuvent, afin de faire plus de matière marchande avec le moins de chiffons possible.
Le haut prix de cette denrée singulière, est la cause de cette adultération; je vous dis singulière , car, remarquez que l’emploi du papier croît tous les jours et qu’il ne peut en être de même d’une matière première qui ne se produit pas de toute pièce, et, au contraire, à la fabrication de laquelle chacun est intéressé à
concourir le moins possible, car les chiffons usés sont ceux qui ont le plus de valeur.
51. — Revenons à notre papier photographique et apprenons à le faire.
On trouve partout dans le commerce le coton préparé pour l’objet qui nous occupe ; je vous engage à ne pas en essayer la fabrication maintenant, plus tard nous verrons. Ce coton porte le nom de pyroxyle ou coton poudre parce qu’il est très-explosible, peut remplacer la poudre de guerre, et ne doit être manié qu’avec prudence auprès des surfaces chaudes ou des corps en ignition (première précaution à noter),
52. — Vous allez à présent, mon cher élève, me demander quel liquide nous devons employer. C’est un mélange variable d’éther sulfurique et d’alcool, généralement dans la proportion de neuf parties en volume du premier pour une du second. C’est-à-dire que, si vous mesurez ces liquides dans un petit verre,
par exemple, vous remplirez neuf fois avec l’éther, une fois avec l’alcool, vous mêlerez les deux dans un flacon, et votre liquide sera probablement convenable.
Au lieu de nous servir d’un petit verre, nous allons en prendre un plus grand C (fig. 1 2) et muni de rig. 12. divisions gravées sur le verre
et numérotées. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il vous suffira de remplir d’éther le verre gradué CouD, ou Y éprouvette graduée A, c’est la plus longue (fig. \ 2)
DES COMMENÇANTS, jusqu’au n° 90, par exemple, avec l’éther, puis continuer jusqu’au n° 100 avec l’alcool pour que votre mélange soit parfait.
53. — Tout le monde connaît l’odeur de lether et son emploi pour abolir la sensibilité dans les douloureuses opérations de la chirurgie moderne. C’est un liquide limpide, incolore, très -fluide, d’une bonne odeur et d’une inflammabilité très-grande ( deuxieme 'précaution à noter).
Ce liquide bout à la température de nos étés en France (-J- 35°) et même sans bouillir, il laisse échapper des vapeurs fort odorantes, mais en même temps dangereuses, elles forment un mélange explosible avec l’air atmosphérique; par conséquent, si vous avez laissé débouché un flacon d’éther dans votre laboratoire, vous pouvez en y entrant le soir avec une bougie allumée faire naître une explosion dangereuse pour vous et vos ustensiles.
54. — L’alcool est le principe actif de l’eau-devie, c’est ce que dans le commerce on nomme le troissix ou l'esprit de vin. Il émet des vapeurs détonnantes comme l’éther, mais en moins grande quantité; pour être moins dangereux que son voisin, son emploi demande la même prudence ( troisième précaution à noter).
Il est indispensable, mon cher élève, que vous fassiez l’acquisition d’une petite balance Roberval (fig. 13) munie de ses poids, grammes et décigrammes.
Vous pèserez du coton poudre, 3 grammes, vous
les introduirez dans le flacon où vous aurez mêlé les 90 parties d’éther et les 10 parties d’alcool du § 52.
Généralement ces parties représenteront des centimètres cubes. Tous les verres gradués le sont ainsi.
Si vous mesurez de l’eau distillée, chacune de ces divisions représentera sensiblement une partie de liquide pesant 1 gramme. Si le liquide est plus léger que l’eau, par exemple, l’éther et l’alcool, il est évident que le volume représenté par chaque division pèsera moins d’un gramme, et vice versa pour un liquide plus pesant.
SS. — La dissolution du coton poudre dans l’éther alcoolisé, forme un liquide épais, visqueux, légèrement louche, et qui porte le nom de collodion ; fait dans les conditions ci-dessus, nous le nommerons collodion normal .
Ile marquez que, malgré le soin avec lequel vous avez secoué le flacon pour aider la dissolution du coton poudre, une partie des fibres est restée en sus-
DES COMMENÇANTS, pension : vous laisserez le dépôt se bien rassembler par le repos au fond du flacon, ce qui peut demander une à deux semaines, et vous décanterez la partie claire, c’est-à-dire que vous verserez doucement le * liquide sans laisser passer à sa suite le dépôt dans un autre flacon.
56. — Tous les flacons dont on sert pour le collodion doivent être lavés à l’eau d’abord, puis à l’alcool, et bien égouttés. Cet alcool impur sert à brûler dans la lampe (vue à gauche dans la fig. 13) dont l’usage est continuel pour sécher ou chauffer.
Le collodion que nous venons de faire, étendu sur une glace, sur la peau ou sur un corps quelconque, laisse par évaporation une couche mince, tenace, transparente, analogue à de la baudruche ou du papier végétal : ce sera notre papier photographique.