MARCHE DE L’OPERATION
80. — Tout est prêt : la chambre noire, si nous faisons un paysage, est en station et au point. Si nous faisons un portrait, nous pouvons ne mettre au point le modèle qu’un peu plus lard pour lui épargner une station fatigante; nous ferons cette opération pendant l’application du bain sensibilisateur, souvenezvous-en.
Nous commençons :
81. — 1. Vous me présentez des glaces, mais sont-elles nettoyées ? Etes-vous sûr que leur surface est parfaitement nette et ne contient aucune trace de matières grasses? Elles ont dû être frottées avec un mélange de :
Cyanure de potassium . 20 grammes.
Carbonate de potasse . 15 —
Eau ordinaire . 100 cc.
au moyen d’un petit tampon de linge; puis, avec la main seule , frottées dans deux autres eaux propres, consécutives ; sorties alors, mises à égoutter sur un
papier buvard, et de suite, avant qu’elles sèchent, essuyées avec un linge fin et propre de coton usé (calicot) ne donnant pas de peluches.
Tout ceci est la partie ennuyeuse, ingrate et fatigante de la photographie, mais la plus indispensable puisque c’est le fondement de l’édifice, et que vous serez obligé de convenir avec moi, cher élève, que la plus belle épreuve, l’image la plus artistique du monde ne sera bonne à rien, si elle présente une tache en son beau milieu î Et sur cent taches, quatrevingt-dix viennent du lavage et du nettoyage des glaces faits sans soin. Yeillez-y donc attentivement; si vous ne le faites pas vous-même, faites-le exécuter sous vos yeux, et surtout que jamais les mains nues ne touchent (surtout en été) la surface d’une glace nettoyée et prête à servir.
82. — II. Vous le voyez, je débouche avec précaution le flacon de collodion (fig. 1 5) que nous préparâmes avant-hier ensemble § 62, il est parfaitement limpide depuis que nous l’avons décanté dans les petits flacons que je vous ai montrés et qui sont coulés dans ce but.
Passant légèrement et de la main droite un blaireau F (fig. 22) pour enlever les petites poussières que l’air vient de déposer sur la glace que je tiens de la main gauche (fig. 20) par l’angle gauche A du côté le plus près de mon corps, je dépose le blaireau, et saisis de la main droite le flacon C, puis je verse franchement et sans hésitation le collodion vers le point R de la glace tenue horizontalement. Le coin D
se couvre immédiatement: par une légère, bien légère inclinaison vers la gauche, j’y amènerai le collo-
Fig. 20.
dion. Sitôt qu’il l’a atteint, je le fais descendre doucement vers ma main A, et pendant ce trajet, je l’aide en continuant un très-mince filet de collodion avec le flacon, suivant la diagonale un peu courbe pointée sur la figure. Au moment où la nappe va atteindre mon pouce, j’incline la glace, vers la droite, le collodion gagne alors l’angle B, par lequel s’écoule le surplus dans le flacon G (fig. 21).
85. — Pendant que les dernières gouttes tombent, je fais prendre à la glace sans qu’elle quitte le goulot du flacon par ses angles, les deux positions (fig. 21) à angle droit l’une de l’autre, et qui ont pour but de permettre à l’action de la pesanteur d’effacer en se croisant les ondes qui ont pu se produire à la surface de la couche de collodion.