AL B MINAGE DU PAPIER
156. — Nous nous occuperons exclusivement, mon cher élève? des épreuves sur papier albuminé ; si vous avez besoin par hasard du papier salé, vous vous reporterez aux ouvrages spéciaux, mais il faut simplifier notre marche, et je ne vous ai fait faire la première opération du salage que parce qu’elle est facile et typique de l’application de la feuille de papier photographique sur tous les bains quels qu’ils soient, et que cette application sur les bains est une opération qu’il faut savoir bien faire, parce qu’elle revient tous les jours.
En traitant d’ailleurs le papier salé absolument comme le papier albuminé, vous réussirez parfaitement avec des tons un peu pâles, un peu bleus peutêtre, mais sans plus de difficulté.
1 57. — L’albuminage du papier positif est une opération difficile, que les opérateurs évitent le plus possible et qu’ils laissent exécuter par des fabricants spéciaux qui, ne faisant que cette opération, sont installés
pour la faire vite et bien. Quoi qu’il en soit, il faut que vous sachiez au besoin préparer votre papier; vous pouvez en manquer dans un endroit éloigné, il faut que vous soyez assuré de ne pas être arrêté dans vos travaux.
158. -— L 'albumine ou blanc d'œuf se trouve partout et n’est nulle part d’un prix élevé ; nous allons donc en recueillir en cassant des œufs frais , mettant soigneusement à part le jaune et les germes. En choisissant de beaux œufs, nous pourrons compter que trois nous donneront en moyenne 100 grammes d’albumine, ce qui fait 30 à 35 grammes par blanc d’œuf.*Mélangez dans un grand saladier :
Blanc d’œuf ou albumine . 100 grammes.
Chlorure de sodium ou sel de cuisine. . 3 —
puis, au moyen d’un petit balai de brins de bouleaux dépouillés de leur écorce, ou de fds de laiton étamé (fig. 32), à droite, battons longuement notre blanc d’œuf jusqu’à ce qu’il soit devenu une mousse épaisse et consistante (fig. 32). En cet état, il est préparé, nous allons porter le saladier au frais, et au bout de douze heures nous reviendrons le visiter.
159. — A ce moment nous trouverons la mousse affaissée, et, dessous, un liquide jaunâtre, limpide, que nous verserons bien doucement dans un col, en évitant de faire des bulles d’air sur l’albumine et de laisser passer des portions de mousse sèche.
160. — Cette albumine se conserve, en été, au plus deux jours, et en hiver plus d’une semaine sans
altération; aussi, n’en prépare-t-on qu’au fur et à mesure de ses besoins , de façon à épuiser à chaque fois, le plus vite possible, la quantité préparée.
Nous allons choisir un pinceau plat en martre (fig. 32) : on l’a mis à côté du petit balai ; nous le tiendrons parfaitement propre, et quand il aura servi, nous nous souviendrons qu’il faudra le laver avec beaucoup de soin dans plusieurs eaux, de façon à en expulser toute l’albumine qui, sans cela., s’y dessécherait, collerait les poils et mettrait promptement le
Fig. 32.
pinceau hors de service. Or, un bon pinceau qui ne se sépare pas en travaillant , et garde une surface unie et douce, est un bon instrument, qu’on ne rencontre pas tous les jours et qui mérite qu’on le ménage.
161. — Vous voyez, mon cher élève, que j’ai préparé sur cette table un coussin de huit à dix feuilles de beau papier buvard non ployé au milieu (fig. 33). Sur ce matelas je place, le grand côté vers moi, une feuille
de papier positif AB, l 'endroit en dessus . Je fixe par quatre punaises chacun de ses coins, et j’ai fixé de même à la table les coins de mon coussin de buvard. Commençons ; j’ai à ma droite, au devant de moi, un vase E contenant assez d’albumine pour y tremper et imbiber d’un seul coup les soies entières du pinceau D.
162. — Je couvre donc, le plus vite possible, ma feuille d’une couche d’albumine égale à peu près, mais ni trop ni pas assez épaisse. Pour cela mon pinceau D marche de gauche à droite et en long ; cette couche étendue, sans reprendre d’albumine, mais avec mon pinceau encore humide, j’égalise la couche, cette fois en dirigeant les coups de pinceau vers moi y ce qui les forme à angle droit avec les premiers .
165. — De cette manière, l’albumine est uniformément répartie sur la surface du papier. Alors, toujours au moyen du pinceau de plus en plus sec, et cette fois promené dans tous les sens, et légèrement , j’unis partout les traces et petites bulles qui peuvent exister.
164. — Pour faire ces opérations, beaucoup plus faciles et moins longues à exécuter qu’à expliquer, il faut placer sa table en face d’une fenêtre, parce que le brillant du jour sur l’albumine vous guide dans ce travail.
165. — Otez les punaises, passez une épingle en S dans un des trous que leur tige a faits et suspendez la feuille G, F, à sécher sur le cordon H (fig. 33). Elle
se roulera , G, par la dessiccation sur le côté albuminé, mais vous la mettrez plus tard en presse et elle reviendra plane.
FiS. 33.
Toutefois, mis en presse ou en carton (fig. 36), il faut conserver ce papier albuminé au sec.
BAIN SENSIBILISATEUR.
166. — Que vous vous serviez de papier simplement salé, ou de papier albuminé, le bain d’argent est le même; seulement ne vous servez pas pour sensibiliser le papier simplement salé du bain qui a servi à sensibiliser le papier albuminé , quelquefois cela n’a aucun inconvénient, mais d’autres fois votre papier devient mauvais, jaune, et donne d’affreuses épreuves ; il vaut mieux faire deux bains et ne pas mettre d’alcool dans celui pour papier salé.
Mesurez à l’éprouvette graduée :
Eau distillée. „ . 80 cc.
Alcool ou esprit-de-vin à 36° . 20
et faites-y fondre :
Nitrate d’argent cristallisé . 20 grammes.
Cette solution étant faite, sera conservée dans un flacon bien bouché à l’émeri, et comme l’alcool est volatil, on tiendra le bain le moins longtemps possible versé dans la cuvette.