Bien entendu, nous n’allons pas faire cet
arrangement en plein soleil; il vaut toujours mieux
pour charger et décharger les châssis positifs, se garder d'une lumière trop vive. Quoique le papier positif soit très-loin p de la sensibilité du collodion et que vous puissiez le placer sans danger dans une pièce à la lumière diffuse, il vaut mieux, croyez-moi, prendre la peine d’aller changer votre châssis dans le cabinet obscur.
179. — Par-dessus cette feuille sensible nous replaçons le matelas de buvard S (fig. 35), puis le volet m n, nous rabattons les barres B, E, nous refermons les verrous D, I, et, sous l’action des ressorts E tendus par l’épaisseur plus grande de la glace négative interposée, nous sommes certains d’obtenir une pression égale et par conséquent un contact parfait de toutes les parties, entre la surface du collodion et celle du papier sensible.
180. — Ce point est important, parce que tout manque de contact se traduit par un endroit flou sur l’épreuve positive.
Il arrive quelquefois que dans un châssis dont les ressorts n’exercent pas une pression suffisante, par une grande chaleur, si l’on se sert de papier encore humide, la feuille se plisse, n’adhère pas au négatif, et l’épreuve marquée de zones parallèles floues est hors de service avant d’être terminée.
131. — Il y a déjà un certain temps que notre châssis est exposé à la lumière. Vous avez dû remarquer, cher élève, que j’avais placé sous le châssis un morceau de bois destiné à lui faire prendre une position oblique qui présentât la glace perpendiculairement aux rayons du soleil. Vous ferez bien, autant que possible, d’imiter cette précaution, elle peut éviter quelquefois des déformations d’images produites par les défauts cachés dans l’épaisseur des verres.
132. — Il ne m’est pas possible de vous dire combien de temps il faut laisser le châssis au soleil pour que l’épreuve soit à point, mais je me suis réservé un moyen de savoir toujours à quel point d’avancement elle est parvenue, c est celui d'y regarder. Vous voyez, je replace le châssis X Y (fig. 35) sur la table comme pour le charger. J’ouvre doucement seulement un des verrous I en relevant la barre, je soulève avec le bouton m le côté du volet qui est devant moi, puis le matelas S, puis la feuille sensible, et je vois où en est le travail; en laissant retomber le tout doucement, rien n’a pu être dérangé. Je referme la barre E, le verrou I, je replace le châssis au soleil et j’attends encore pour de nouveau me rendre compte, de la même manière, du degré d’avancement de notre travail.
185. — 11 faut avoir soin déplacer le papier sensible sur le négatif, de manière qu’une petite bande de papier dépasse en un côté au moins. Cette portion, qui noircit de suite à la lumière , est facilement vue à travers la glace épaisse Z (fig. 35) du châssis et
peut servir, quand on a une certaine habitude, à juger du degré d’avancement de l’épreuve.
184. — Certains papiers prennent sous Faction lumineuse une couleur rougeâtre qui est toujours de mauvais augure. 11 faut, pour obtenir lors du fixage de beaux tons noirs-bleus, que cette couleur se fasse déjà deviner lors de l’impressionnement de la feuille. Le ton rougeâtre est propre à certains papiers albuminés : il tient à ce que le bain d’argent sensibilisateur était trop faible en argent pour la quantité d’albumine qui revêtait le papier, ou encore à ce que le bain était trop acide. Les deux remèdes s’indiquent d’eux-mêmes. Dans le premier cas , ajouter du nitrate d’argent au bain qui ne doit pas descendre audessous de 20 gr. pour 100 de liquide; dans le second, mêler au bain un peu de craie en poudre, agiter et filtrer.
18o. — Lorsque l’épreuve est prête à retirer du châssis, elle doit présenter un ton beaucoup plus intense que celui qu’elle devra conserver lorsqu’elle sera terminée. Le temps d’arrêt est difficile à déterminer d’avance, car il dépend : 1° de la nature du négatif ; 2° de la qualité de la lumière; et enfin 3° du mode de fixage adopté. Cependant je puis vous indiquer, cher travailleur, que lorsque vous voyez, comme ici, les grandes lumières d’un portrait sur les chairs revêtir une teinte franchement grise, il est temps d’arrêter l’action lumineuse.
i 86. — Je viens de vous dire que le mode d’impressionnement dépendait : 1° De la nature du négatif :
vous allez le comprendre en réfléchissant que j’ai supposé un négatif harmonisé dans toutes ses valeurs comme intensité; c’est-à-dire assez opaque dans les blancs pour donner aux noirs le temps de se remplir de détails, sans que le sel d’argent soit complètement métallisé, auquel cas il ne se colore plus convenablement dans les bains vireurs, ce que nous allons voir tout à l’heure. Si au contraire vous avez fait un négatif gris , c’est-à-dire dont les blancs soient transparents, les demi-teintes seront arrivées à leur point avant que les grands noirs soient assez vigoureux pour produire une opposition favorable. J’avais donc raison de vous dire que le temps et le mode d’impression dépendaient de la nature même du négatif. Je dois encore ajouter pour votre gouverne , que certains négatifs non transparents et que vous jugez fort opaques, ne le seront pas et réciproquement : ce fait tient presque toujours à la couleur du dépôt qui forme l’image négative; si le dépôt est bleuâtre, la lumière chimique (que vos yeux ne voient pas) passera trop; si le dépôt est rougeâtre, elle ne passera pas assez, et agira moins vite que vous ne l’avez jugé à la vue simple.
1 87. — 2° Je vous ai indiqué toutàl’heure la qualité de la lumière comme influant sur la teinte à laquelle vous deviez retirer du châssis votre épreuve positive. En effet, votre couche sensible a une certaine épaisseur, et l’action s’exerce du dehors au dedans. Si donc, nous exposons la couche à un soleil ardent, les rayons de la lumière modifieront non-seulement
la surface d’abord, mais la profondeur de la couche, qui, sans le laisser voir au-dessus, sera vigoureusement modifiée. Si, au contraire, nous n’avons qu’un jour pâle et un ciel couvert pour tirer nos épreuves, la couche superficielle seule sera vivement impressionnée, mais à la longue, et formera un obstacle à la pénétration d’une lumière grise et inerte. Si maintenant nous réfléchissons que cette couche non décomposée sera soumise aux réactions chimiques du fixage, nous pouvons dès à présent présager qu’elle sera trop altérée et que nous aurons une image terne et sans vigueur.
188. — 3° Voyons ce que je puis vous dire du mode de virage et de son influence sur le tirage; pas grand chose pour le moment, nous réservant de compléter nos observations après le chapitre suivant.