MONTAGE
211. — Courage, nous approchons du terme de nos études, nous allons jouir du fruit de nos travaux ; nous avons pris bien des soins, mais voici des épreuves qui sèchent, et tout à l’heure nous allons les monter en marges, parées, nettoyées, belles en un mot, et recevoir les félicitations que nous avons méritées.
212. — Or, ce montage, opération toute manuelle, demande cependant à être fait avec soin et suivant certaines règles. Nous allons nous procurer une pointe fine de cartonnier et nous ferons couper et tailler chez le marchand de glaces, un calibre de la grandeur des épreuves que nous voulons faire, et en même temps de la forme que nous voulons leur donner. Ovales, R (fig. 38), coins ronds ou rectangulaires D. En fait de rectangle, le plus gracieux, souvenez-vous en, c’est l’expérience qui l’a indiqué, est celui dont les cotés sont comme 4 est à 5.
215. — Vous voyez dans les figures 38 et 39 tous les instruments nécessaires. Voici en A un sous-
main de papier bulle pas trop épais et bien égal. G, est une feuille de verre double ordinaire sur laquelle nous allons placer l’épreuve B la face en dessus. Vous voyez en D, le calibre superposé; il est en verre épais dépoli et permet de juger parfaitement de l’effet que sa place produit sur l’épreuve à découper. En E,
Fig. 38.
est une règle en fer, qui servira à couper le bristol pour les marges. F est une pointe à couper. G le manche dans laquelle on la met.
214. — Vous voyez (fig. 39) comment on tient cet instrument GD et comment on le manie. Il va nous servir également à débiter, dans une feuille de
Bristol, la grandeur qui nous semblera la plus convenable pour supporter notre épreuve maintenant ébar-
Fig. 39.
bée. Vous avez dû remarquer, cher élève, que tout à l’heure, en me servant de la pointe GD (fig. 39) autour du calibre D, je la maniais rapidement, tout d’un trait, en la tenant un peu couchée et sans appuyer de façon à en briser la pointe. L’essentiel est que le tranchant en soit très-vif, franc, et surtout sans bavures ou crans qui déchireraient le papier de l’épreuve.
215. — Vous me demandez quelle grandeur doivent avoir les marges? C’est une affaire de goût : leur largeur varie du dixième de la largeur de l’épreuve même, au double de cette largeur entière; vous voyez qu’il y a de l’espace libre devant votre fantaisie. Tout dépend de l’effet que vous voulez et que vous pouvez produire. En général, une marge latérale égale à moitié de la largeur de l’image est suffisante. Celie du haut doit être égale à celle des côtés, mais celledu
bas doit être plus grande, d’un quart environ, sans cela l’image ne paraît pas au milieu de la feuille.
216. — Retournons l’épreuve sur un morceau de papier quelconque, mais propre, et préparons de la colle faite sur-le-champ en délayant de la dextrine M que nous avons là (fig. 38) avec un peu d’eau : on place cette colle dans un pot P sur les bords duquel on tend une ficelle qui en traverse l’ouverture. Cette ficelle sert à essuyer Je trop de colle qu’emporte le pinceau. Celui-ci dont nous allons nous servir est plat, en soie de porc; on le voit (fig. 38) en X : il faut, pour agir proprement, qu’il ne contienne que très-peu de colle. Nous enduisons avec soin l’envers de notre épreuve que nous reportons sur la marge aux points de repère tracés d’avance.
217. — On passe alors sur toutes les parties un tampon de linge propre. Il faut qu’il y ait eu assez de colle pour bien faire adhérer l’épreuve, mais pas assez pour que, sous cette pression, il en ressorte sur la marge. Si cet accident arrivait, on l’enlèverait de suite avec une petite éponge mouillée.
218. — L’épreuve est sèche, il ne reste plus qu’à boucher, au moyen d’un pinceau à aquarelle T et d’un peu de couleur dans un godet S (fig. 38) les petits points blancs qui ont pu s’y rencontrer et qui tiennent aux impuretés du papier. On se sert pour cela d’un mélange de teinte neutre , bntn rouge , et encre de chine; la couleur se pose presque à sec.
219. — Il reste encore à satiner l’épreuve, soit sous une presse spéciale, soit sous la presse du pre-
mier lithographe venu. Le montage des épreuves stéréoscopiques est un peu plus compliqué. Vous en trouverez le détail dans la Monographie du Stéréoscope , pages 299 et suivantes.
R (fig. 38), sont des calibres ovales en glace dépolie. T, une boîte à timbres, pour marquer ses épreuves de sa signature ou d’une griffe quelconque.