MANIEMENT DES APPAREILS
31. — Vous vous procurerez, ami lecteur, les objets suivants chez de bons fabricants :
\° Une chambre noire en noyer ordinaire (fig. 6);
2° Un objectif double (fig. 7) pour portrait, et un simple (fig. 8) pour reproductions;
3° Un pied à trois branches, en frêne ou en hêtre (fig. 9). Ces trois choses composent l'instrument fondamental de tout procédé photographique .
Mais il importe qu’elles soient choisies avec discernement, car il faut commencer par faire des épreuves de moyenne dimension , avant d’en essayer de trèsgrandes ou de très-petites.
Il est indispensable que vous vous brisiez aux mani-
Fig. 9.
pülations; et alors que vous saurez bien, vous aborderez tous les travaux qui souriront à vos désirs.
52. — Choisissons donc ensemble ces appareils pour la grandeur dite 1 /2, c’est-à-dire pouvant donner des images bonnes sur une surface de 13 centimètres sur 18. La plaque normale ou entière, 1/1, unité de surface photographique, a pour dimension 18 centimètres sur 24.
Il faut nous munir, en outre, d’un voile pour mettre au point, comme dans la figure 5 ; c’est un morceau de calicot croisé, noir, de lm, 50 de long sur 1mde large.
55. — Tout ceci étant devant nous, nous allons porter la chambre noire (fig. 6) sur le trépied (fig. 9), et mettre la partie inférieure D E entre les rebords dont est munie la planchette supérieure du pied. Nous maintiendrons l’adhérence des deux appareils par l’application d’une petite pince à vis embrassant entre ses mâchoires le bord de la queue D de la chambre noire (fig. 6) et le bord de la planchette du pied (fig. 9).
Ouvrons les trois pieds du support (fig. 9), fixons, en serrant les vis qu’on voit au milieu de la hauteur (fig. 9), les rallonges déployées, — fermées, elles rendent l’appareil plus portatif, — et procédons au montage de l’objectif.
54. — Suivant que nous voulons faire un portrait ou un paysage, nous emploierons l’un ou l’autre des deux objectifs que nous avons devant nous. Celui-ci, cylindrique A B (fig. 7), est appelé double, parce qu’il contient un double système de verres; l’autre, conique, G H (fig. 8) est dit simple et ne contient qu’un système de lentilles. Le premier est destiné au portrait , le second au paysage et aux reproductions.
55. — En avant de chacun d’eux, vous voyez (fig. 7 et fig. 8) un couvercle détaché, D, M, ou pivotant sur une goupille, disposition adoptée, pour les objectifs simples par quelques opticiens ; c’est ce
DES COMMENÇANTS, qu’on nomme Y obturateur ; il sert à fermer ou à donner accès à la lumière.
36. — A côté (fig. 8), sont des rondelles métalliques 1 J K percées de trous de différente grandeur; ce sont des diaphragmes qui servent à modérer dans différents buts l’activité de la lumière, en n’en admettant que ce qu’il faut pour former l’image. En L est la bague qui, entrant dans la partie H, maintient les diaphragmes IJ K que l’on y met contre un petit épaulement intérieur. G F E sont des verres de rechange qui ne diffèrent les uns des autres que par leur longueur de foyer. Maintenant que vous savez ce qu’est le foyer, vous comprendrez qu’avec cette combinaison on peut toujours et partout faire une épreuve d’un objet immobile, parce que si l’on est trop près pour une longueur de foyer donnée, on en a deux autres à choisir La seule chose qui change avec le foyer des verres, c’est la dimension de l’image, qui devient d’autant plus petite qu’on prend un foyer plus court.
En général E a : foyer. . . 10 à 12 cent.
Fa — ... 1 5 à 1 6 cent.
G â — ... 20 à 24 cent.
Vous verrez plus tard combien l’emploi raisonné de ces appendices rend de services à l’artiste.
37. — L’objectif double A B (fig. 7) porte une vis G qui fait mouvoir, d’un mouvement lent et trèsdoux, le tube intérieur portant les verres. Ce mouvement sera utile pour mettre au point les images trèsfines.
38. — Quel que soit l’objectif que nous choisissions, il faut l’attacher à la chambre noire. Vous trouverez à la partie antérieure de la chambre , partie que l’on n’aperçoit pas dans la fig. 8, une ouverture circulaire; d’une autre part, dévissez la bague M fig. 7 que porte l’objectif A B à sa^base A, l’une s’adapte à l’autre qu’elle déborde par la partie M portant des trous fraisés pour recevoir les têtes des vis que nous allons y adapter. Faites un petit avant-trou avec une vrille, pour ne pas fendre le bois même de la chambre noire dont les fibres se présentent dans tous les sens à l’ouverture.
La bague est fixée; vissez sur elle l’objectif; le voilà installé ou monté , pour employer le mot technique.
39. • — Notre appareil complet peut maintenant produire des images. Vous voyez à l’autre extrémité de la chambre noire (fig. 6) une glace dépolie C montée dans son cadre JAHK, mobile dans sa coulisse A. C’est la surface sur laquelle nous allons apercevoir ces images et les mettre au point.
Pour y arriver : couvrez du voile votre tête en même temps que la chambre noire (fig. 5), tirez à vous cette partie intérieure ou tiroir AHK, enrendantd’abord libre la vis K; arrêtez-vous au moment où l’image de l’objet que vous visez est nette sur la glace — Bien, voilà une chaise parfaitement au point. A présent serrez la vis K; elle passe dans une pièce en cuivre fixée aü tiroir IAH, et sa tige glisse librement dans la fente que porte la queue D de la chambre ;
au-dessus est la tête de cette vis, par conséquent, en serrant le bouton-écrou K, vous avez rendu le tout immobile.
40. — Tournez l’appareil vers la fenêtre, exercezvous à mettre au point un objet plus éloigné. — Ah ! vous voilà embarrassé. — Les objets, dites-vous, ne sont pas tous nets. Si je rends nets les plus éloignés, ceux plus près ne le sont plus; et si je change, c’est le même effet, mais inverse ! Gomment faire? — Ami lecteur, tous les objectifs, comme tous les systèmes optiques dus à la main des hommes, en sont là. Nous n’avons à notre connaissance humaine qu’un seul appareil qui jouisse de la merveilleuse propriété que vous réclamez, et celui-là ce n’est pas l’homme qui l’a calculé, c’est la grande puissance, c’est Dieu ! Je veux vous parler de Y œil.
41. — Faute de pouvoir surmonter cette difficulté, il a fallu la tourner ou l’amoindrir, c’est le but des deux objectifs (fig. 7 et 8) que je vous ai conseillé de vous procurer.
Dévissez l’objectif double AB (fig. 7) et revissez à sa place l’objectif simple GH (fig. 8), vous allez avoir un plus grand nombre de plans distincts et nets. J’ai dit un plus grand nombre , ce qui vous prouve que le défaut est moindre mais non détruit. Cependant vous avez, dans ce que la netteté du champ embrasse, autant de profondeur qu’il en faut pour satisfaire à l’œil le plus exigeant. Que cela vous suffise.
42. — Ainsi donc l’objectif simple GH (fig. 8) vous servira pour les vues du dehors. Remarquez que,
destiné à un milieu baigné de lumière, il porte de toutes petites ouvertures I, J, K, en avant de sa lentille G. Vous comprenez bien que, s’il était construit pour l’intérieur de votre atelier, il faudrait un trèslong temps pour que votre crayon lumineux , devenu si faible, pût aller tracer une image complète.
Comparez l'objectif double AB (fig. 7), voyez : il admet, lui, par toute son ouverture* B la lumière des objets; il n’en a jamais trop, aussi opère-t-il rapidement, mais seulement pour des objets placés presque dans le même plan.
43. — Voilà comment on a tourné la difficulté, mais il a fallu combiner deux systèmes de verres, pour pouvoir condenser sans déformations une aussi grande masse de rayons entrés à la fois sous toutes les inclinaisons possibles.
L’appendice noirci ou rebord B que vous voyez ici (fig. 7) en avant, est d’ailleurs destiné à éliminer les rayons venus trop obliquement et qui altéreraient la pureté de l’image.
44. * — Tel est le maniement très-simple de l’instrument qui suffit complètement aux premiers travaux photographiques, et qui, bien souvent, ne sera même pas remplacé par l’amateur qui ne consacre pas tout son temps à cet art.
43. — Quant à l’artiste qui en fera son occupation principale et le but de ses efforts, il devra bientôt remplacer son trépied par un pied d’atelier CDEH (fig. 10) plus solide, mais plus lourd, et présentant plus de facilité surtout pour mouvoir une chambre
DES COMMENÇANTS, noire N, de grande dimension, dont le poids est souvent considérable.
46. — Avec le trépied ou pied de campagne (fig. 9), tous les mouvements de haut en bas et réciproquement, et de côté, s’obtiennent en desserrant la vis à poignée placée entre les pieds, et qui permet à la rotule de tourner librement dans Y étau qui la tient.
Il faut desserrer avec précaution de la main droite, en tenant de la main gauche la chambre noire, qu’elle fait obéir et quelle maintient pendant que la droite resserre la vis, immobilisant l’instrument dans la position nécessaire.
Aux appareils décrits ci-dessus, le fabricant joint un certain nombre d’accessoires dont nous verrons l’utilité et l’emploi au fur et à mesure de nos be¬
soins.