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LE 12 OCTOBRE

Après les expériences de M. Pinard, nous mentionnerons celles que M. VVeddel a exécutées sous les auspices de M. le général BoreskofT, envoyé à Paris par le gouvernement russe pour faire Tacquisilion d'aérostats libres et captifs.

M. le général BoreskofT chargea M. Weddel de faire quelques photographies en ballon, et il mit à la disposition de l'opérateur un aérostat de 5oo™^ qui fut gonflé à l'usine à gaz de la Villetle par les soins de M. Lachambre et de M. Lhoste, le 12 octobre i885.

L'ascension fut faite à 2** de l'après-midi par M. Lhoste et par M. Weddel, le premier s'occupant de la conduite de l'aérostat, tandis que le second faisait fonctionner son appareil photographique.

Le ballon passa au-dessus de Ménilmontant, de Saint- Mandé, de Vincennes, et l'atterrissage eut lieu à 4''» dans le voisinage de Brie-Comte-Robert. M. Weddel prit plusieurs vues.

L'objectif employé était un antiplanat de Steinheil de

o", 25 de foyer et diaphragmé au ■pj. Les plaques étaient celles du chimiste Gelhaye de Lyon. Le développement fut exécuté après l'impression, par Toxalate de fer.

L'obturateur se composait d'une guillotine construite par M. Weddel ; le temps de pose était de ^ de seconde.

La première vue représente des rues, des maisons et des toits; elle a été obtenue à 5oo™ d'altitude, pendant la période ascensionnelle, et dans le voisinage de La Villettc; les intérieurs des cours sont intéressants à étudiera la loupe.

La deuxième vue est faite à iooo°* au-dessus de Ménilmontant. Elle permet de voir les réverbères sur une avenue, et leur ombre portée sur les trottoirs. On voit aussi d'un côté deux passants arrêtés sur une place, et une autre personne au milieu.

La troisième vue, faite à 6oo°* d'altitude, représente le fort de Vincennes. C'est un vrai plan, les fossés, les portes, les ponts, les cours et la chapelle s'y distinguent très bien. /

EXPÉRIENCES DIVERSES EN BALLONS LIBRES ET EN BALLONS CAPTIFS NON MONTÉS.

Les expériences que nous venons de résumer, ne sont pas les seules qui aient été exécutées jusqu'ici. Presque toutes les armées européennes ont acluellemenl un service de ballons captifs et il est certain que des opérations photographiques ont été tentées. Des expériences ont notamment été faites parles officiers de notre usine aéronautique militaire de Chalais-Meudon ; mais les résultats n'en ont pas été publiés et ne sont pas destinés à Tôtre. Nous ne saurions donc les faire connaître.

En Angleterre, M. le major Eleslade a obtenu, en 1884, à Chatham, des résultats dignes d'être signalés. Cet officier a réalisé des expériences analogues à celles qui ont été faites au moyen de l'appareil panoramique de M. Triboulet. Il a élevé dans l'atmosphère des aérostats captifs, non montés, munis de chambres photographiques automatiques. Dès que le ballon avait atteint une certaine hauteur, l'appareil fonctionnait et la plaque était impressionnée.

Ces expériences, d'après les renseignements donnés par

le correspondant anglais du Moniteur de la Photographie ^ auraient parfaitement réussi.

Dans une des petites épreuves obtenues de cette façon, on aurait pu se faire une idée exacte du nombre de soldats placés à une certaine distance, en comptant, à Taide d^une loupe, les petits points blancs qui figuraient les casques brillant au soleil.

Vers la fin de Tannée dernière, M. Cassé, directeur de l'observatoire Gruby, à Montmartre, a exécuté d'autres expériences du même genre, au moyen d'un petit ballon captif de très faible volume, de i™*^ seulement. Ce petit aérostat en baudruche, gonflé d'hydrogène pur, enlevait par temps calme, à 4o™ de hauteur, une chambre noire à soufflet, pesant 3 12^^ et construite spécialement par M. Delahogue.

Le déclenchement de l'obturateur, à guillotine, était obtenu à l'aide d'une mèche à temps, brûlant cinq secondes ou plus, suivant sa longueur; une fois le fil brûlé, l'obturateur tombe de lui-même, et une petite banderolle de papier, se détachant en même temps, indique que l'opération est terminée.

M. Cassé a obtenu, à l'observatoire de Montmartre, deux épreuves du moulin de la Galette et de ses environs. Le mode de déclenchement employé est très léger, il permet l'emploi d'aérostats de très petit volume dont le gonflement est peu coûteux, et mérite, en raison de sa simplicité, d'être signalé.

CONCLISIOX.

CONCLUSION

Il résulte des tentatives et des expériences, dont on vient de lire le récit, que la photographie aérienne peut être entreprise par trois procédés différents, au moyen de ballons.

Ces trois procédés sont les suivants :

I** Photographie en ballon captifs monté par un ou plusieurs aéronautes. — L'appareil est manié par un opérateur dans la nacelle.

1^ Photographie en ballon captif non monté, — L'appareil fonctionne automatiquement, soit au moyen d'un électro-aimant, qui déclenche le ressort de l'obtura- Icnr, et que Ton fait fonctionner à terre à Taide d'un fil conducteur se reliant à Taérostat, soit au moven de mèches à temps. On pourrait encore se servir de mouvements d'horlogerie analogues à ceux qui fonctionnent dans les r 'veille-matin. Ce mode d'opérer peut être très économique, puisqu'il permet l'emploi d'aérostats de petit volume. Mais il ne peut être utilisé que par des temps très calmes, les aérostats captifs de petite dimension ne fonctionnant pas convenal)lement quand il y a du vent.

3'' Photographie en ballon libre, — Ce mode d'opérer

44 CONCLUSION

est, à notre avis, le meilleur puisqu'il permet à Texpérimentaleur de faire fonctionner lui-même ses appareils, de choisir le moment favorable et d'attendre que l'aérostat ait passé à la hauteur voulue au-dessus des points intéressants à photographier.

Les expériences faites jusqu'ici n'ont donné que des résultats encore très limités. Il y aurait intérêt à recourir à des appareils panoramiques, qui ne reproduiraient pas seulement une surface resleinte, mais un ensemble complet. Il y a là toute une série d'études à aborder, et toute une suite de belles opérations à réaliser.

Nous espérons que le présent opuscule servira de stimulant aux praticiens, photographes et aéronautes, qui, joignant leurs efforts, pourront assurément fonder cet art tout nouveau de la photographie aérienne.

Quoiqu'il en soit, les expériences dont nous avons donné l'énumération, auront démontré que le ballon se prête admirablement aux opérations photographiques. L'épreuve que nous reproduisons en tête de ce travail montre que les clichés faits dans la nacelle de Taérostat peuvent être aussi beaux, aussi nets que les meilleurs de ceux que l'on j)roduit à terre. Les procédés instantanés au gélatinobromure ont d'ailleurs absolument transformé l'art photographique, et les opérations, il faut le dire, deviennent très faciles. Grâce au plaques extra-sensibles que l'on prépare aujourd'hui, grâce aux obturateurs rapides dont on peut disposer, nous croyons que la Photographie aérostatique est appelée à un grand avenir. Elle donnera des plans merveilleux, qui dépasseront en précision, en finesse, en

CONCLUSION

nellclé, les relevés les plus minutieux; elle sera d'un puissant secours pour l'art militaire, puisqu'elle permettra de prendre sûrement le plan de forteresses ou de travaux ennemis. A l'altitude de 600™, un ballon n'a rien à craindre des feux de l'artillerie, et le photographe dans la nacelle peut opérer aussi sûrement que dans son atelier (* ). Elle pourra aussi offrir de précieuses ressources à la Géographie, en donnant des documents relatifs aux lieux inaccessibles par terre, et au-dessus desquels il sera possible de passer en ballon.

Les appareils panoramiques, fonctionnant simultanément avec des appareils pour les vues en plan, devront surtout, à notre avis, attirer l'attention des expérimentateurs ; ces appareils sont capables de donner, s'ils sont bien combinés, des résultats d'un grand intérêt, et d'ouvrir en même temps à l'aéronautique et à la photographie des applications nouvelles et importantes.

(') Des expériences qui ont été faites à Tours, pendant le siège de Paris, au moyen de ballons captifs, ont démontré que le tir vertical de bas en haut des fusils Chassepot ne dépassait pas 4oo'" à 4^o"' — Voir à ce sujet En ballon pendant le siège de PariSy par Gaston Tissandier. (Paris, Dentu.)

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