‹ La photographie, est-elle un art?Chapitre 2 sur 18 · V A L T E R B A R N E T T . PORTRAIT · texte numérisé non relu

V A L T E R B A R N E T T . PORTRAIT

tant de générations d'enfants au brassard frangé ou de Jeunes mariés aux mains prises dans des gants trop étroits : « Ne bougeons plus! » Non, ils aiment tout ce qui bouge : le nuage et la feuille, et l'eau, et le regard, et le sourire... Ils ne parlent plus par C'^ H'' mais par versets de poètes ou d'esthéticiens. Ils citent moins Hcrschel que Stendhal et moins janssen que h'romenlin. Ils ne fuient pas les artistes. Ils causent volontiers avec eux, et non plus en péda-

c. PUYO. LA POINTE DE PENMARC'h.

Gravure de Malvaux et C".

gogucs, rindex en l'air, avec la prétention de leur enseigner les vraies attitudes de rhomme en marche ou du cheval au trot, mais, au contraire, en disciples, avec le désir de proliter de Texpérience des maîtres et d'écarter de la réalité tout ce qui n'est pas conforme à leur idéal... Enfin, ils travaillent au jour, une seule épreuve, un temps infini. Que cherchent-ils ?

Ce qu'ils trouvent est plus surprenant encore. Entrez dans une des expositions du Photo-Club à Paris, ou du Linked Ring à Londres, du Caméra Club à Vienne, ou de la Société belge de Photographie à Bruxelles, et vous en sortirez stupéfait qu'un procédé vieux de soixante ans et qu'on pourrait croire épuisé semble se renouveler jusqu'à une renaissance. N'y a-t-il pas là un art à demi créé, balbutiant les premiers mots d'une langue inconnue? La foule, sans chercher de raisons, a tôt fait de dire son a^■is : elle admire tout uniment. Pourtant, çà et là, apparaissent et disparaissent des ligures inquiètes... Des artistes peut-être, troublés comme des gens qui auraient aperçu, se profilant sur l'horizon, aux confins de leur domaine, la silhouette des fourriers d'une invasion?... Des critiques d'art qui, toute leur vie, montrèrent, par des syllogismes fort bien ordonnés, que jamais la photographie ne pourrait donner des

résultats équivalents à ceux de Teau-forte ou du fusain et qui n'entendent, autour d'eux, que ces mots : « On dirait une eau-forte!... On dirait un fusain ! » Des idéalistes entin, qui se demandent, attristés par cette intrusion nouvelle de la science, ce que vont devenir parmi tout cet appareil chimique d'émulsions et de révélateurs, dans toute cette gomme bichromatée ou dans ce paramidophénol, les traditions fines et nobles du grand art, Finspiration personnelle et innée, la part de Tâme, Tidée ?...

Qui a raison, de la foule ou des esthéticiens ? Les défauts de la Photographie ont-ils disparu ? La part nouvelle que prend l'opérateur dans le phénomène chimique et mécanique de la photographie est-elle suffisante pour qu'il y puisse imprimer sa personnalité? Enfin, ce mouvement marquc-t-il un nouveau triomphe du naturalisme sur les traditions idéalistes et classiques de l'ancienne Ecole française; ou bien n'est-il point — par une évolution singulière et inattendue — un témoignage éclatant de leur vitalité ?

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