‹ La photographie et ses applications scientifiquesChapitre 1 sur 6 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

GAOTHIER-VILLARS, IUPR1MEUR-LIBRÂI RH

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On peut dire que, grâce à la Photographie, nous iommes entrés dans une familiarité plus intime avec a réalité qui nous entoure, avec ce milieu terrestre )ù nous vivons. Elle nous assujettit le monde des ormes. Et cela sera plus vrai quand on saura mieux l'en servir. La plaque sensible, ce miroir magique [ui garde Fimage des corps et fait prisonnier Tintant fugitif, deviendra, cela est certain, l'un des luxiliaires les plus précieux des sciences d'obervation. Il y a seulement lieu de s'étonner que les pplications si nombreuses que comporte la Phoographie aient tant tardé à entrer dans la pratique ourante des hommes de science, et que, même ujourd'hui, on ne puisse encore signaler que des entatives isolées.

Pourtant les premiers essais qui eurent pour but e la mettre au service de quelques sciences, noimment de l'Histoire naturelle et de l'Astronomie^ ,

Radac. — La Phoc, et ses applic. I v"'

datent presque de Tannée même où Niepce et Dagu erre publièrent leur admirable découverte. Dans sa Notice sur le daguerréotype, Arago rapporte que dès 1840 Daguerre avait essayé, sur ses instances, de fixer sur une lame d'argent l'image de la Lune qui brillait dans un ciel pur : il fut du moins constaté que les rayons lunaires agissaient sur l'iodure d'argent. En i845, MM. Fizeau et Foucault obtiennent, par le même procédé, une image du Soleil qui a été reproduite par la gravure. En 1849, ^' F^ye recommande l'emploi de la Photographie pour l'observation des passages du Soleil au méridien. L'année suivante, l'astronome américain William Bond réussit à prendre un daguerréotype de la Lune qui paraît déjà assez satisfaisant, et qui est présenté à l'Académie des Sciences, au mois de juin i85i, de la part du fils de M. Bond, de passage à Paris. Un mois plus tard, une éclipse de Soleil donne lieu à des expériences photographiques qui sont tentées à Rome, à Paris, à Rœnigsberg. C'est l'époque où la merveilleuse invention commence à tenir une certaine place dans les préoccupations des astronomes soucieux de progrès.

Mais la partie technique du nouvel art ne faisait que de lents progrès; les agents chimiques employés au début n'étaient pas suffisamment sensibles à l'action d'une lumière faible, les procédés n'étaient rien moins que rapides, et les résultats obtenus par les astronomes qui avaient appelé à leur aide la Photographie laissaient à désirer, si

bien qu'en 1868 un des vétérans de la Science, J.-H. Msedler, doutait encore de l'avenir de cette innovation.

« Aussitôt après la découverte de la Photographie, disait-il dans une conférence, on entendit exprimer des espérances qui n'ont d'analogues que celles de Descartes et de ses contemporains à la suite de la découverte des lunettes astronomiques. On plaignait les malheureux savants qui avaient passé leur vie à observer, à mesurer et à dessiner. Non-seulement on devait faire la même chose sans peine et en moins de temps, mais on devait obtenir des résultats bien meilleurs, plus exacts, plus détaillés qu'auparavant. Ce qui m'a coûté sept années, la carte topographique de la Lune, devait être bien mieux fait en sept secondes. Aujourd'hui trente années se sont écoulées depuis la découverte de Daguerre ; comment ces espérances ambitieuses ont-elles été réalisées? » La réponse est tout à fait pessimiste : les Photographies d'objets célestes sont loin de montrer autant de détails qu'en peut saisir un observateur exercé et doué d'une bonne vue, et en somme Maedler conclut que la Photographie ne nous apprendra pas grand'chose de nouveau sur les astres que nous pouvons étudier si facilement à l'aide de nos grandes lunettes { * ).

On sent dans ces critiques amères le dépit de

(*) G. TissANDiER, Les Merveilles de la Photographie, p. 256.

rhomme qui a perdu ses yeux à scruter le ciel, et qui assiste à Tavénement d'un art nouveau dont la prétention est de remplacer par un tour de main le patient travail qui lui a coûté tant de veilles et tant d'efforts. Il lui répugnerait de dire : « La Photographie a tué l'observation, » comme Paul Delaroche, sortant d'une séance chez Daguerre, s'écriait : « La peinture est morte à dater de ce jour. » La peinture n'est pas morte, et la Photographie ne tuera jamais l'observation; mais chaque jour confirme l'espoir qu'elle en agrandira le champ d'une manière prodigieuse.

Si l'on a pu avec quelque raison reprocher à la Photographie de rabaisser l'art parce qu'elle ne peut donner, « au lieu d'une image du vrai, qu'une effigie brute de la réalité », cette fidélité de la reproduction est précisément son mérite principal dès qu'il s'agit d'une application scientifique. Le peintre, et même le graveur, doivent traduire et commenter; mais la Science préfère le mot à mot.

Il est inutile d'insister sur les services que la Photographie a déjà rendus et qu'elle rendra encore aux Sciences naturelles par la reproduction fidèle des objets qui sont de leur domaine : animaux et plantes, tout ce qui frappe le regard peut être instantanément inventorié et catalogué avec tous ces détails infimes que le dessinateur le plus exercé oublie si facilement. Le microscope lui-même confie ses révélations à la plaque sensible, et la photomi-

orographie est devenue une branche importante de la science des infiniment petits.

Mais cette facilité avec laquelle nous pouvons désormais saisir et fixer les détails d'un objet n'est peut-être pas le plus important des services que la Photographie est appelée à rendre aux observateurs; ce qui est plus précieux, c'est qu'elle permet d'enregistrer les phénomènes qui se succèdent rapidement, qui ne durent qu'un temps très-court, une fraction de seconde. De ce nombre sont les phénomènes astronomiques instantanés, les variations incessantes des éléments météorologiques et celles du magnétisme terrestre, le jeu si prompt des organes vivants. La Photographie nous met à l'abri des erreurs qui naissent du trouble inséparable d'une observation précipitée, et elle nous dispense aussi de guetter les phénomènes, de les surveiller avec une pénible assiduité.

La révolution qu'elle commence à opérer dans les méthodes d'observation, en remplaçant l'œil par la plaque sensible, n'est pas sans analogie avec celle qui a suivi l'introduction des machines dans les ateliers industriels. C'est, dans les deux cas, une incalculable économie de travail.

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