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L'ASTRONOMIE PHOTOGRAPHIQUE

La photographie céleste. — Difficultés des opérations photographiques astronomiques. — M. Warren de la Rue. — Rutherfurd, Grubb, etc. — Les montagnes lunaires. — Les taches du soleil, etc. — La comète de 1881 et les photographies Janssen. — Importance des documents photographiques pour l'histoire du ciel.

La photographie fournit à toutes les sciences d'inépuisables ressources ; nous avons vu qu'elle place sous les yeux du naturaliste l'image agrandie des grains de pollen de la fleur, des infusions et des végétaux imperceptibles à l'œil nu. La météorologie, comme nous le dirons dans la suite, s'en sert pour enregistrer avec une précision mathématique, avec une constance que rien n'arrête, toutes les variations du baromètre, du thermomètre et de l'aiguille aimantée. La géologie y trouve un utile auxiliaire pour reproduire, avec une exactitude dont rien n'approche, les accidents de terrain qu'elle a mission d'étudier; Tart de l'ingénieur l'emploie comme le miroir où apparaît au jour le jour l'état des travaux qu'il exécaite.

Les applications de la photographie à l'astronomie^ à

rétude du ciel, ne sont pas moins précieuses; elles fournissent actuellement un remarquable concours aux savants qui se sont donné pour mission de sonder les profondeurs du firmament. S'il est vrai que ces applications sont nouvelles, récentes, il est bon d'ajouter qu elles ont déjà été entrevues au temps de Daguerre par le grand Arago. Dans sa notice sur le daguerréotype, l'illustre secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences rapporte avec admiration que l'auteur du diorama, sur ses instances, a obtenu sur la plaque sensible l'image de la lune brillant dans le firmament par un temps pur.

Pour reproduire aujourd'hui l'image des astres par la photographie, Texpérimentateur peut employer un des puissants télescopes qui sont établis dans tous les grands observatoires du monde civilisé. 11 est indispensable de faire usage d'un télescope à réflexion, pourvu d'un verre concave, argenté par la méthode de Foucault ; cet appareil n'a pas de foyer chimique, c'est-à-dire que son foyer chimique coïncide avec son foyer optique ; sa mise au point n'offre par conséquent aucune difficulté. Le télescope ainsi construit doit être monté équatorialement, suivant l'expression des astronomes, c'est à-dire que l'appareil est doué d'un mouvement de translation qui, pendant toute la durée de l'opération, coïncide exactement avec les mouvements des corps célestes dont il s'agit de fixer l'image. Ce mouvement s'exécute, en outre, dans le plan de l'équateur céleste, c'est-à-dire dans celui où se meut l'astre lui-même.

Quand Tastronome veut obtenir la photographie des astres avec le télescope à miroir argenté de Foucault, il

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enlève à cet instrument le système oculaire dont on fait habituellement usage, il le remplace par un anneau double dans la partie centrale duquel est fixée la glace decollodion destinée à recevoir l'impression lumineuse. Pour mettre l'appareil au point, on protège la glace collodionnée par un verre dépoli que l'on fait avancer ou reculer peu à peu, jusqu'à ce que l'image de la planète à photographier s'y reproduise nettement. A ce moment, on retire avec célérité cet écran mobile, la surface impressionnable est mise à nu ; elle reçoit directement les rayons lumineux qui viennent reproduire fidèlement l'image du corps céleste que des millions de lieues séparent de notre humble planète. Le cliché est fixé par les moyens ordinaires ; il sert au tirage d'un nombre pour ainsi dire illimité d'épreuves positives sur papier photographique.

M. Warren de la Rue est un des astronomes qui sont arrivés les premiers aux plus beaux résultats de la photographie astronomique. 11 a su retracer le groupe des Pléiades avec une netteté remarquable, mais il a échoué dans l'impression des nébuleuses, de cette poussière de soleils, semée dans le ciel à des distances telles de notre humble sphéroïde, que l'esprit humain, épouvanté quand il veut les envisager, se sent en quelque sorte impuissant à concevoir ces mesures de l'immensité.

Quand le ciel est pur, quand aucun nuage ne vient troubler l'azur de hx voûte céleste, les épreuves photographiques des planètes donnent des résultats assez satisfaisants; cependant leur image n'est jamais d'une netteté parfaite ; ces astres, doués d'un faible pouvoir photogénique, ne laissent qu'une indécise traînée

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sur le cliclié. Les étoiles lixcs, véritables points lumineux, juchés dans le ciel à des distances inouïes de la terre et de nos observatoires, laissent sur le verre collodionné la trace d'une ligne excessivement mince et ténue, quelquefois très irrégulière si l'atmosphère terrestre est chargée de vapeur. Quand on cherche à fixer sur une épreuve photographique la trace des étoiles, il faut armer son œil d'un bon microscope pour la trouver; notre œil est aussi impuissant à la rencontrer sans le secours d'un instrument, qu'il l'est à apprécier la grandeur ou la distance réelle de ces soleils, perdus dans la profondeur des cieux.

Malgré les grandes difficultés qu'offre la photographie des planètes, M. Waren de la Rue, grâce à des travaux persévérants et à d'ingénieuses combinaisons, a réussi dans de certaines limites. Ce savant astronome s'est efforcé, à l'aide d'un mécanisme équatorial admirablement réglé, de maintenir pendant plusieurs minutes l'image de l'astre mobile au centre du télescope qui se déplaçait avec lui ; ses efforts ont été couronnés d'un légitime succès. M. de la Rue a pu prendre la photographie de Jupiter, avec ses bandes parallèles ; il n'a pas été impossible à cet habile expérimentateur de fixer sur le collodion la surface hérissée d'aspérités de la planète Mars, et le mystérieux anneau de Saturne.

Si la photographie des planètes présente de sérieuses difficultés, celle de la lUne, qui se déplace dans le ciel avec une rapidité beaucoup plus considérable^ offre des obstacles plus importants encore. Si grands qu'ils soient, lisent été surmontés par le père Secchi, par MM. Warren

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de la Rue, Rutherfiirt, Grubb et par quelques autres illustres astronomes, aussi versés dans le maniement des appareils photographiques et physiques que dans la connaissance du ciel. Nous plaçons sous les yeux de nos lecteurs le fac simile de la photographie d'une région

Fig. 62. — Montagnes lunaires d'après une pholograpliic de M. Warren de la Rue.

fort intéressante de notre satellite. Notre gravure a le mérite de reproduire scrupuleusement Faspect de l'épreuve obtenue parle grand astronome anglais (ftg. 62).

Il y a quelques années, M. Grubb est parvenu à photographier la lune avec la précision du praticien qui

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opère dans son atelier. Seulement, l'astronome de Dublin ne pouvait lancer à son modèle le sacramentel : g: Ne bougeons plus! » Il fallait au contraire, que son objectif bougeât lui-même, avec la lunette, au foyer de laquelle il était fixé. Au point de vue mécanique, un tel résultat n'est pas facile à atteindre d'une façon rigoureuse.

Le grand télescope, construit par M. Grubb pour le gouvernement de Melbourne, est une merveille de mécanique. Le miroir a 1™,20 de diamètre et 30 pieds de foyer, et son poids, y compris la monture, est d'environ 2,000 kilogrammes. Le tube est entouré d'un treillage en fer plat, mais principalement composé de barres d'acier, assemblées autour de solides anneaux de fer. Les parties mobiles de la monture ne pèsent pas moins de 10,000 kilogrammes. Pour rendre les mouvements assez doux, tous les coussinets sont supportés par un appareil qui annule le frottement. Ce télescope est si facile à manier, malgré ses énormes dimensions, que deux personnes peuvent le faire tourner, en quarante-cinq secondes, sur les deux arcs polaires et de déclinaison.

L'instrument qui embrasse tout l'hémisphère, est mis en mouvement par une excellente horloge. Dans le courant de l'année 1867, M. Grubb a fait hommage à la Société française de photographie, de photographies de la lune, prises à l'aide de ce télescope monumental, dgns une chambre noire, montée à l'extrémité du tube treillagé. Le temps de pose a varié d'une demi-seconde à deux secondes : les parties brillamment éclairées de la lune étaient exposées un temps plus court que celles awisinant le bord obscur.

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