‹ La photographie indirecte des couleursChapitre 5 sur 10 · cc · texte numérisé non relu

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3° gr-

Solution jaune. Acide picrique à saturation.

On immerge dans le bain de bleu la pellicule qui a été insolée sous le négatif de l'écran orangé ; 011 maintient le côté de la gélatine en dessus. Le liquide pénètre la gélatine et en un moment la colore presque uniformément en bleu dans toutes ses parties, en laissant néanmoins apparaître le plus souvent comme une sorte d’image négative très voilée. Il suffît, pour discerner cette image, de retirer la pellicule du bain colorant et de la débarrasser du liquide bleu qui coule à sa surface en l'agitant pendant quelques secondes dans une cuvette d’eau pure. Il n'y a point lieu de s'effrayer de l'aspect négatif de l’image, une décoloration à l’eau opérera sûrement la métamorphose voulue.

On introduit à cet effet la pellicule dans l’une des rainures d'un panier laveur, après l’avoir fixée par son bord supérieur contre le bord supérieur d'une plaque de verre qui lui sert de support, et cela à l'aide d’une pince fixe-cravate. Il va sans dire qu'on doit bien veiller à ce que le côté de la gélatine se trouve en dehors. Puis on immerge le tout dans une cuve d’eau froide. Le départ de la couleur s'effectuant beaucoup

plus vite dans les parties non insolées que dans les autres, l'image négative ne tarde pas à disparaître pour se changer ensuite en une image positive dont on suit les progrès en la retirant de temps en temps de la cuve. Peu à peu les blancs s'éclaircissent et un séjour suffisamment prolongé dans l’eau réduira l'intensité de l’image, dans le cas où la pose sous le négatif aurait été trop longue.

Cette décoloration à l'eau se fait d'elle-même, régulièrement et dans l’espace d’un moment, d’une façon très nette et très propre ; de plus elle peut être suspendue et reprise quand on veut. On n’a qu'à retirer le panier laveur de la cuve, et on le réimmerge, soit un moment après et avant même que l’épreuve ait eu le temps de sécher, soit un an après si on le désire.

L’opération peut être répétée en quelque sorte indéfiniment ; il est même facultatif de procéder à une recoloration de l’épreuve pour la décolorer de nouveau dans le cas où on l'aurait laissée trop longtemps dans l’eau. Enfin, on a la ressource, ou d’élever le titre du bain colorant ou de le baisser par des additions d’eau

suivant l'intensité qu'on désire donner aux épreuves. Il est très simple du reste d'avoir une série de flacons contenant des bains colorants différemment titrés.

Pour obtenir la dessication rapide de l'épreuve, le mieux est de la placer, avec le verre qui sert à la maintenir, sur un chevalet à rainures. On enlèvera immédiatement les grosses gouttes qui pourraient subsister à sa surface en les épongeant avec un bout de papier buvard ; sans cette précaution, elles risqueraient de produire autant de taches. On n’oubliera pas non plus, lorsqu'on séparera la pellicule une fois sèche de son verre, d'éponger la mince couche d'eau qui était tenue emprisonnée entre son verso et le verre.

On procède d’une façon identique pour l'obtention de l’image rouge, en traitant par le bain de rouge la pellicule qui a été insolée sous le négatif de l’écran vert.

On opère de même pour l'obtention dp l’image jaune, en traitant par le bain de jaune la pellicule qui a été insolée sous le négatif de l’écran violet. Nous ferons seulement observer que l'image jaune se révèle par décoloration

dans l’eau plus rapidement que la bleue ; quelques minutes suffisent ; aussi faut-il la surveiller davantage et ne pas conduire de front la décoloration de trop d’images jaunes.

On apprécie très aisément la venue et la valeur d’une image jaune en l'observant à travers un verre bleu-violet un peu foncé qui la fait apparaître en noir.

Instruction spéciale pour la superposition et le montage des trios de monochromes pelliculaires. — On prend l’une des épreuves monochromes pelliculaires, la bleue, on l’applique contre un verre extra-mince d’une dimension quelque peu supérieure à la sienne, et on la fixe par les bords sur ce verre au moyen de quelques petites pinces. On l'y assujettit alors définitivement en encollant les parties libres de sa bordure au moyen de fragments de ces bandelettes de papier noir gommé qui servent à monter les épreuves à projections.

On retire les pinces, on superpose à l'épreuve bleue Y épreuve rouge et on fixe cette dernière par un bord seulement avec une pince qu'on

applique du côté droit du verre. Cette pince unique n'empêche pas de faire glisser l'épreuve rouge sur la bleue en regardant les deux images à travers le jour et jusqu'à ce que leurs lignes repèrent exactement. A ce moment, tout en tenant pincée avec les doigts de la main gauche l’épreuve rouge, on la fixe solidement sur tout son pourtour avec de nouvelles pinces. Puis on l'assujettit définitivement avec des bandes gommées, comme on a fait pour la bleue.

On retire les pinces et on superpose, repère et établit l'épreuve jaune de la même façon que l'épreuve bleue.

Si l’on n'était pas satisfait du résultat synthétique polychrome d’un sujet, on en serait quitte pour séparer les pellicules à l’aide d'une lame de canif, et pour traiter de nouveau, soit par décoloration, soit au contraire par coloration le monochrome ou les monochromes dont l’intensité ou le modelé ne seraient pas convenables.

Il est facultatif de faire l’essai du résultat avant même de coller les épreuves entre elles. Il suffit, après avoir collé au verre l'épreuve bleue

et pincé seulement l'épreuve rouge, de leur superposer pendant quelques instants, sans la fixer, l’épreuve jaune.

Une fois qu'on a assorti et collé ensemble un trio de monochromes, on pose par dessus, la cache noire destinée à limiter le sujet, et on emprisonne le tout sous un second verre extramince qu’on relie au premier au moyen de bandelettes gommées.

Au lieu de produire les trois monochromes sur trois pellicules au gélatino- bromure, on peut à la rigueur utiliser pour cet objet trois plaques extra-minces au gélatino-bromure. Les images paraissent suffisamment repérées quand on les regarde en face. Si l’on s'est servi de notre « Mélano A » pour exécuter les négatifs, on devra profiter de cette circonstance que l’image rouge se trouve inversée par rapport à l’image bleue, et que les deux couches de gélatine peuvent dès lors être mises en contact l’une de l’autre. Quant au monochrome jaune, la nature même de sa couleur fait qu'il peut subir un léger dépérage sans que l'œil s’en aperçoive.

Enfin, le monochrome jaune peut être seul

exécuté sur pellicule rigide et être intercalé entre le bleu et le rouge.

Tirages pigmentaires sur papier. — Si

Ton désire réaliser le tirage trichrome sous forme réflexe et sur papier, on peut recourir à la méthode des mixtions colorées anciennement dite au charbon que j’ai appliquée à mes premières démonstrations qui datent déjà d’une trentaine d’années, et que je décrivis à cette même époque. Ce procédé conduit à de beaux résultats, mais il est long et délicat.

Les tirages trichromes aux encres grasses, employés dans le même but, constituent une méthode plus expéditive, mais qui exige un matériel compliqué. Aussi conseillons-nous aux personnes qui désirent avoir promptement des exemplaires sur papier d'après des trios de négatifs (chromogrammes) qu’elles auront créés, de les faire tirer par des imprimeurs, soit en similigravure soit en photocollographie. La maison Lorilleux fournit actuellement les trois couleurs primaires voulues, rouge, jaune et bleu. Elles sont de deux sortes : les unes sont appropriées

par leur degré de fluidité à la similigravure, les autres à la photocollographie.

En résumé, si nous nous plaçons au point de vue industriel, nous devons conclure que l’amateur peut facilement, par notre système, obtenir des chromogrammes et même réaliser sous certaines formes des tirages trichromes en nombre restreint ; mais qu’il ne peut songer à obtenir pratiquement de ces mêmes chromogrammes des planches gravées et des tirages à grand nombre ; les tirages de cette dernière sorte sont du domaine de l’industrie.

De nombreux industriels, depuis la divulgation de nos procédés, s’y sont essayés. La plupart, promptement découragés par les sacrifices pécuniaires à faire, par les difficultés pratiques à surmonter, se sont arrêtés à mi-chemin. D’autres ont obtenu des résultats plus ou moins satisfaisants mais généralement incomplets.

Parmi les rares maisons qui en France, et on peut dire dans les deux Mondes, ont compris tout le parti qu'on pouvait industriellement tirer de la photographie trichrome, nous devons citer, comme se trouvant en première ligne, la maison

Prieur et Dubois, de Puteaux (Seine). Elle a mis dans ses recherches une conscience éclairée et une persévérance que rien n’a pu lasser, et l’on peut dire que ses efforts lui ont donné des résultats qui constituent le triomphe pratique de notre découverte.

MM. Prieur et Dubois m’ayant fait l’honneur de m'adresser des spécimens dont j’ai été émerveillé, je suis allé visiter leur établissement et là j'ai pu me convaincre de la perfection et de la régularité de leurs travaux.

Longtemps on nous a dit, on l’a écrit en maints ouvrages, que la trichromie devait rester un procédé d’amateur ou une expérience de laboratoire ; que notre découverte n'avait et ne pouvait avoir aucune portée industrielle et pratique.

Même, lorsque de premiers résultats déjà probants furent réalisés, les techniciens, graveurs et imprimeurs, prétendirent qu’il était impossible avec trois couleurs seulement d'obtenir des reproductions parfaitement fidèles, sans l’addition d’un quatrième tirage destiné à donner les noirs et le modelé.

Ce sophisme a cours encore à l'heure actuelle, et on voit que la plupart des exposants étrangers qui se posent en protagonistes de la photographie et des impressions trichromes, mentent à leurs annonces et nous présentent comme trichromes des épreuves à quatre et cinq tirages.

Sans nous arrêter à cette petite supercherie, constatons simplement ou qu'ils n'ont pas eu confiance dans les principes mêmes qu’ils voulaient appliquer ou qu'ils ont manqué des capacités nécessaires.

Nous ne dissimulerons pas la joie que, comme Français et comme inventeur, nous avons éprouvée en rencontrant une maison qui a eu confiance dans les trois couleurs et qui, ne faisant usage que de trois couleurs pour ses reproductions, obtient, dans tous les genres, des résultats infiniment supérieurs à ceux obtenus par les maisons similaires.

Ce n'est pas seulement à la similigravure et aux tirages typographiques que cette maison a appliqué la photographie trichrome. C’est encore à la photocollographie, à la lithographie et à l’héliogravure, sans parler d’autres applications

industrielles à la céramique, aux impressions sur métal et sur étoffes, etc.

Elle a su, ce qui était plus difficile encore, et supposait, en même temps qu’un sens artistique délié, une connaissance approfondie de son industrie, appliquer à chaque sujet le procédé de reproduction le mieux approprié, réservant, par exemple, l’héliogravure et les tirages en tailledouce aux œuvres d’art, la similigravure et les tirages typographiques à l’industrie.

Comme ont pu s’en rendre compte les visiteurs de l'Exposition Universelle, toutes les épreuves de MM. Prieur et Dubois se distinguent par des caractères tout à fait spéciaux : sélection parfaite des couleurs, netteté de la gravure, vigueur et franchise de l'impression.

Devant ces résultats tombent tous les préjugés qui, depuis 1868, ont retardé, malgré nos efforts, l'application industrielle d'une méthode que nous pressentions dès cette époque appelée à révolutionner la photographie et l’imprimerie.

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