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CHAPITRE III

Du temps de pose exigé par l'Instantanéité

L'instant photographique, la durée d'un instant est une conception aussi élastique que les expressions court ou long. On appelle généralement épreuves instantanées celles qui sont obtenues par une pose qui varie de 1/10 à 1/50 de seconde. Si le sujet à photographier est en repos, le temps de pose peut atteindre 1/2 seconde; si au contraire il est animé d'un mouvement rapide, il faut réduire ce temps à 1/100 ou 1/200 de seconde et même, dans certains cas, le diminuer encore.

Lorsqu'il s'agit dans un atelier de photographier des personnes avec une pose déterminée (par exemple des enfants ou des danseuses prenant des poses difficiles), on peut exposer un temps relativement long, soit de 1/3 à 1 seconde. On guettera alors le moment où les sujets se trouvent dans une immobilité absolue. Si le sujet à photographier est animé d'un mouvement rapide, comme cela se présente chez l'homme en marche, le cheval au trot ou les navires en pleine course, la pose ne pourra être aussi longue : elle ne pourra dépasser 1/10 de seconde; et encore dans la plupart des circonstances, ce temps est déjà trop long. Une scène de rue animée doit se prendre en 1/30 ou en 1/50 de seconde ; des sujets à mouvement extra-rapide comme des sauteurs, des chevaux en course ou des vagues qui déferlent, ne permettent pas plus de 1/200 de seconde d'exposition. Dans ces conditions difficiles, tout doit concourir à une action rapide et puissante sur la couche sensible : le sujet doit être bien éclairé, même au soleil, l'objectif doit être le plus lumineux possible et les plaques sèches doivent être très sensibles.

Nous avons réuni, dans le tableau qui suit, certaines indications

permettant à l'amateur de préparer son travail ; ce tableau est dressé d'après les observations de Jackson.

Vitesse par seconde-

Un homme marchant 4 kilomètres à l'heure I"1 11.

Un navire filant 9 nœuds a l'heure 4 63.

Une vague de 30 mètres sur une profondeur de 300 mètres . 6 81.

Un navire filant 17 nœuds à l'heure 8 75.

Un bateau-torpilleur filant 20 nœuds à l'heure 10 80.

Un cheval au trot. ...... . 12 00.

Un cheval de course (900 mètres à la minute) 15 00.

Un train express faisant 60 kilomètres à l'heure .... 16 67.

Vol du faucon et du pigeon 18 00.

La vague fouettée par la tempête 21 85.

Train express le plus rapide 26 81.

Vol le plus rapide des oiseaux 88 90.

Boulet de canon 500 00.

D'après ce tableau, il sera facile de déterminer le temps de pose à donner dans certains cas et du choix de l'obturateur à employer.

Rappelons-nous que plus le sujet est petit sur le verre dépoli, plus aussi son mouvement apparent sera moindre. Un objet paraîtra d'autant plus petit sur le verre dépoli :

1° Qu'il est plus éloigné de l'objectif;

2° Que le foyer de celui-ci est court.

Il s'en suit que ces deux facteurs ont une influence sur les contours de l'image soumise au déplacement apparent. D'un autre côté, il est clair que le temps de pose nécessaire pour obtenir une image nette doit être d'autant moindre que le déplacement apparent des contours de l'image sera plus considérable dans un temps donné.

Cette considération nous amène à dresser le tableau suivant :

Distance (en foyer) Vitesse par l seconde,

de l'objet à l'objectif. I mètre. 5 mètres. 10 mètres. — Temps de pose en secondes.

100 foyers 1/100 1/500 1/1000

La compréhension de ces données est facile.

Si, par exemple, un cheval se meut avec une vitesse de 5 mètres à la seconde devant un objectif dont il est éloigné de 1,000 foyers, l'image photographique sera suffisamment nette avec 1/50 de seconde de pose. Si le cheval n'est éloigné de l'objectif que de 100/F, le temps de pose ne pourra excéder 1/500 de seconde, c'està-dire la pose devra être dix fois plus courte. De là, il suit naturellement, qu'il est d'autant plus difficile d'obtenir des images nettes que les sujets se rapprochent de l'objectif : il faut alors exposer moins longtemps et ce n'est que sous des conditions très favorables de lumière et avec des couches très sensibles qu'on peut espérer de bons résultats. Plus les épreuves sont petites, ou pour mieux dire plus les figures sont petites (soit que l'éloignement de l'objet soit plus grand ou que l'objectif soit à court foyer), plus il sera facile de faire de bonnes instantanées parce que ce moment pendant lequel la lumière doit agir ne devra pas être aussi court. Les difficultés s'accentuent donc lorsque les figures doivent être photographiées en grand et que l'on désire beaucoup de netteté et beaucoup de détails. C'est ce qui fait comprendre pourquoi maints photographes préfèrent prendre des instantanées de petits formats et les agrandir ensuite. En exposant trop peu, on n'obtient que peu de détails dans les ombres, les épreuves obtenues ne sont que des silhouettes.

La nature de l'image influe aussi beaucoup sur la durée de l'exposition; ainsi une marine à ciel serein est trois fois plus lumineuse qu'un paysage découvert, et vingt fois plus lumineuse qu'un paysage avec verdures à l avant-plan.

Lorsqu'on photographie instantanément un objet en mouvement, l'épreuve obtenue n'est jamais absolument nette quoique le déplacement de l'image sur la couche sensible soit minime; si ce manque de netteté ne dépasse pas 0,1 millimètre, ces négatifs permettront encore des agrandissements considérables et les épreuves obtenues paraissent assez nettes.

L'amplitude du déplacement de l'image ne dépend pas seulement, comme nous l'avons dit plus haut, de la vitesse dont le sujet es! animé, mais encore de la distance à laquelle il se trouve de l'objectif et du foyer de celui-ci.

Pour servir de guide au commençant, nous avons réuni dans un tableau les cas les plus ordinaires que l'on rencontre en photographie instantanée et où nous indiquons approximativement le temps requis pour la pose. Nous prenons comme base la puissance lumineuse de YAntiplanat et de Y Euryscope.

Sujets. Temps de pose.

Des enfants ou tout autre sujet animé de

ce genre. (On attendra le moment d'immobilité et on exposera avec l'obturateur

1 secondi

Gliens et cbals dressés, lions au repos .

Scènes de rue, prises d'un étage, selon la

Béi ail au pâturage, troupeau de mouton,

Navires en pleine course a une distance de

500 à 1000 mètres

Navires en pleine course à une dislance

moindre et de formats plus grands .

Animaux désirés à la grandeur de 3 a 5 cen-

timètres, pris marcbant en travers

(scènes de jardin zoologique), n'auront

des jambes nettes qu'avec une pose de

Cbevaux sautant ou trottant, oiseaux au vol, homme en course, etc., exigent l'exposition la plus courte 1/100 à 1/400 à 1/1000 »

M. Henderson nous a décrit comment il s'y prend pour photographier les courses de chevaux à Derby. Les remarques faites par lui sont intéressantes et sa méthode peut servir d'exemple : comme obturateur M. Henderson emploie la guillotine sollicitée par un élastique ou encore un ruban large et sans fin glissant sur deux rouleaux dans lesquels deux ouvertures découpées en losanges se rencontrent en se mouvant en sens inverse.

Henderson fit remarquer que 1/10 de seconde de pose donnait assez nettement les hommes, mais que sa plaque n'accusait aucune trace des chevaux. Ce n'est qu'en portant cette vitesse à 1/400 de seconde que l'image des hommes et du cheval se dessine avec netteté.

D'après ce que nous venons de dire, on peut faire choix de l'obturateur. Pour les temps de pose, ne dépassant pas 1/5 à 1/10 de seconde, on peut employer comme obturateurs la simple guillotine en bcis, en carton, ou le disque tournant sollicité par un faible ressort. Mais du moment où l'on est obligé de réduire davantage le temps de pose, il faut recourir à des ressorts plus puissants ou, ce qui vaut mieux, se servir d'appareils de précision dans lesquels deux ouvertures sont ouvertes et fermées avec rapidité et régularité par leur mouvement en sens inverse.

Tels sont les obturateurs de Thury et Amry, Hunter et Sands, etc., qui permettent de varier la pose de 1 à 1/100 de seconde.

Avec les poses extra-rapides de 1/1000 de seconde, la photographie ne donne plus que des silhouettes (noires sur fond blanc ou blanches sur fond noir), l'action de la lumière n'étant plus assez longue pour dessiner les demi-teintes.

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