II. — LE FUSIL PHOTOGRAPHIQUE
Le fusil photographique est plus complet que le photo-revolver ; il a été construit par M. Marey, et sert spécialement à l'étude du vol des oiseaux, étude que l'éminent académicien poursuit avec tant de succès. L'idée première de cet appareil se rencontre peutêtre dans le télescope photographique, avec lequel M. Janssen photographia le passage de Vénus.
D'après les données de Marey, le Dr Fol, de Genève, construisit un fusil qui donne des images de 9 X 10 centimètres. Ce fusil contient 12 plaques; l'objectif est un Antiplanat de Steinheil, de 2 1/2 centimètres d'ouverture, avec un foyer de 14 1/2 centimètres. L'obturateur ressemble à celui de Thury et Amey. La chambre se compose d'un soufflet ss (fig. 23). Elle est partagée
Figure 23. - Fusil photographique du docteur Fol.
par une séparation 5, en deux parties étanches. La partie de gauche s g forme en quelque sorte une seconde chambre. L'objectif 0 dessine l'image sur le verre dépoli gl. La partie de droite, munie d'un objectif avec obturateur, sert à obtenir l'image latente sur les glaces sensibles renfermées dans le dispositif B. La planchette de devant f r porte les deux objectifs. Un cadre large C forme le fond de la chambre, il porte la glace dépolie et Le magasin à glaces sensibles, au nombre de douze.
Chaque glace est renfermée dans un petit châssis en bois et • séparée de la suivante par une mince plaque en métal qui empêche la lumière d'atteindre la seconde glace. Lorsqu'une glace a posé, on lâche la vis V, on incline l'appareil vers la droite, ce qui la fait glisser dans le magasin de droite. En resserrant la vis V, on reporte la seconde glace au foyer et l'on peut entreprendre une seconde pose.
La mise au point se fait au moyen d'un chariot (fig. 24) formé de deux cadres en métal.
L'un des cadres Ci se fixe à la partie de devant de la chambre portant les roues dentées r et R et la tige à pignons P; sur les .
côtés, deux rebords permettent â ™ P
le mouvement des objets, le point se déplace rapidement; il convient donc de le rétablir sans beaucoup de dilliculté, ce qui se fait au moyen des roues r et R.
En effet, en tournant légèrement la roue r on obtient un mouvement amplifié de la roue R, laquelle le transmet à la crémail-
l'autre cadre C S de glisser dans une rainure : sur celui-ci se fixe la partie postérieure de la chambre.
Le châssis C S porte deux crémaillères.
En tournant la tige P, on provoque la marche du cadre en avant ou en arrière et l'on obtient la mise au point. Mais en suivant
FiK"r« 24.
Chariot du Jusil photographique
1ère du cadre Ci et le point est retrouvé. L'appareil se place sur un support (fig. 25), composé de quatre lattes. en bois qui, pliées,
forment une espèce de crosse de fusil ; dans sa partie principale se trouve un tuyau cylindrique. Un piston ip y glisse, poussé par le ressort à boudin SP; en portant la gâchette cli vers l'arrêt g, on tend ce ressort et entre le piston ip et le bout du tuyau, il se forme une chambre d'air.
Le bout du tuyau est relié à l'obturateur de l'objectif par un tube flexible. En déclenchant ch, le piston sollicité par le ressort chasse devant lui l'air qu'il comprime et l'obturateur entre en fonction. ♦
Le maniement de tout l'appareil est donc facile. Lorsque le magasin à glace est dans la position voulue, l'obturateur armé, la mise au point préparée et le déclenchement au cran d'arrêt, on épaule le fusil {flg. 20). On vise alors le modèle à photographier et l'on suit son mouvement sur le verre dépoli. Un léger mouvement de la main gauche au bouton r rétablit le point et le maintient. Au moment voulu, l'indicateur de la droite presse la gâchette g el l'obturateur fonctionne.
Il suffit alors de deux mouvements, l'un à droite, l'autre à gauche, pour changer la glace sensible, et, après armement de l'obturateur, on est prêt pour une nouvelle exposition.
On obtient avec les supports sensibles qui se trouvent aujourd'hui dans le commerce, des négatifs parfaits pleins de détails si l'on opère en plein air, par un beau temps, en été ou vers l'heure de
Figure 25.
Crosse du fusil photographique.
midi. Sous d'autres conditions, l'action lumineuse n'est pas assez puissante pour impressionner la pellicule sensible dans un temps de pose aussi minime.
L'appareil du D1 Fol possède de grands avantages sur d'autres appareils similaires présentés jusqu'à ce jour. Cependant il est indubitable que les dispositifs et les appareils de Muybridge et de Marey sont les seuls qui puissent fournir des indications précieuses et complètes sur la mécanique des mouve-
Figure 2". - Le fusil photographique en fonction.
ments des animaux, le vol des pigeons, la marche de l'homme, des quadrupèdes, etc. La succession des diverses positions prises par un animal eh mouvement, photographiées à de courts intervalles sur une même plaque, est certes plus instructive que les épreuves obtenues par l'appareil du D' Foi,. D'un autre
côté, la méthode de Marey limite l'observation aux animaux qui se présentent devant l'objectif dans un plan déterminé, tandis que le fusil photographique permet d'aller chercher des plans divers. Nous signalerons quelques sujets photographiés en excursion par le Dr Fol; le lecteur se rendra mieux compte des résultats que l'appareil donne.
Nous avons vu des clichés photographiques représentant des mouettes se précipitant sur une proie, un chien se tenant en équilibre sur trois pattes, un chien se grattant, deux coqs s'élançant l'un sur l'autre, des petites filles sautant à la corde, des
Figure 27. - Photographie instantanée prise avec le fusil du docteur Fol.
garçonnets jouant à saute-mouton sans qu'ils se doutent qu'ils ont été photographiés, des oiseaux de proie, etc. , etc. La figure 27 est une reproduction d'un cliché retraçant le vol du pigeon au moment où il quitte le colombier.