CHAPITRE XII
Instantanées an bord de la mer et des rivières.
Il est plus facile de photographier la mer agitée que de faire un bon paysage. Cette possibilité de saisir si rapidement les vagues en furie qu'elles semblent immobiles, ne cesse d'étonner à première vue le profane. Divers photographes et amateurs ont obtenu de magnifiques épreuves de vagues énormes se brisant sur les rochers ou déferlant sur les grèves. Les bords de la mer offrent, en dehors de ces études, un vaste champ à la photographie. Les accessoires qu'on y rencontre sont si picturaux qu'il n'est pas nécessaire de déployer un grand luxe de modèles pour produire de charmants tableaux.
Kiguro :,0. - Composition photographique.
M. Robinson relate qu'il prit un jour toutes les dispositions voulues pour photographier des paniers ù crabes abandonnés sur
le bord de la mer. Au moment de découvrir l'objectif survient une petite fille qui, sans se préoccuper du photographe, se met à jouer avec les habitants de ces paniers. C'était un sujet qui se présentait de lui-même ; mais il fallait l'équilibrer. Un signe fait au modèle habituel fit accourir celui-ci. Sa présence acheva le charmant petit tableau reproduit dans la figure 50.
La rentrée au port des bateaux-pêcheurs offre des situations pleines de vie et dignes d'être fixées par la photographie. Outre l'arrivée des bateaux, la descente des voiles, le déchargement du poisson, les pêcheurs eux-mêmes ou ceux qui les attendent, pré-
Figure 51. — Composition photographique.
sentent de jolis groupes. Celui qui connaît la vie au bord de la mer, trouvera maintes occasions de se servir de son appareil. Pour celui à qui cette vie est étrangère, nous l'engagerons avec M. Robinson à se mêler aux pêcheurs. Le marin aime à conter des histoires, il est bon enfant, quelques petits cadeaux le rendent vite familier. Sa complaisance met alors à la disposition du photographe les canots, les filets et il ne dédaigne pas de poser luimême.
Il est très recommandable pour obtenir de l'effet dans la composition de ce genre de tableaux, de garder un peu de terre à
l'avant-plan, les figures se détachent d'autant mieux sur le ciel et les quelques accessoires qu'on pont y laisser offrent de grandes
ressources. Une photographie de M. Slingsby, de Lincoln, (fig. 51), que tout le monde connaît, peut servir de modèle à de semblables études. Pour réussir dans ces compositions, il faut avant tout une grande habileté professionnelle et un goût artistique développé.
Il est plus difficile d'obtenir des instantanées au bord des rivières qu'au bord de la mer. La lumière y est moins actinique et l'atmosphère des profondes vallées fortement resserrées, que ces rivières traversent, est rarement bien pure. Si le courant est rapide les bateaux à vapeur et les toueurs ne remontent que péniblement; la fumée s'échappe des cheminées si abondamment qu'elle remplit presque toujours toute la vallée, à moins que son long panache lugubre ne reste planer sur les flots. Dans ces conditions, le photographe ne se trouve guère favorisé, comme nous le démontre la figure 52.
Le lecteur aura déjà rencontré les admirables instantanées de mer et de rivières, signées par MM. Wight, Grassin, Mayland, Newton, Damry, Colard. Nous ne pouvons résister au désir de reproduire, dans la figure 53 tirée hors texte, une charmante instantanée de M. Damry, de Lille.
La figure 54 est une instantanée prise par M. Colard, à Boulogne-sur-Mer.