CHAPITRE XIX
Introduction d'animaux dans le paysage.
Dans un de ses nombreux essais sur la photographie, M. Robinson rapporte sur le peintre animalier anglais bien connu, W. Landseer, une anecdote dont voici la morale : La peinture embrasse un champ assez vaste pour que les peintres puissent acquérir de la gloire, chacun dans une spécialité. Il n'est ni nécessaire, ni rationnel, qu'un peintre d'animaux fasse du portrait, pas plus qu'un bottier n'essaiera de faire de la dentelle, sous prétexte que les deux produits appartiennent à l'industrie du vêtement. N'en est-il pas de même de la photographie? Ne verrons-nous donc jamais chaque branche de la photographie avoir son représentant propre! Le portraitiste se donnera-t-il donc toujours aussi comme paysagiste ? Si un photographe ne se sent pas attiré vers une branche spéciale de notre art, qu'il nous soit permis de le pousser à se faire animalier.
On peut obtenir des photographies vraiment artistiques en faisant des études d'animaux : il faut pour cela de la patience, de l'habileté et des occasions favorables. Tout le secret de la réussite est là. Quinze jours à la campagne, dans une ferme, fournissent des sujets par centaines.
L'heure à laquelle on trait les vaches, le moment de donner la nourriture aux animaux, etc., etc., fournissent à l'artiste plus d'un sujet digne d'étude.
Le photographe ne doit cependant pas oublier que pour obtenir l'effet pictural, la difficulté ne consiste pas uniquement à saisir le moment favorable pour photographier un sujet, mais bien à sur-
prendre celui-ci dans une pose naturelle et gracieuse, sous un éclairage habile, harmonieux et favorable.
Beaucoup de personnes croient qu'elles ont tout obtenu lorsqu'elles sont parvenues à rendre immobile un animal ; il faut pourtant faire entrer en ligne de compte, la composition, la lumière et l'ombre, rechercher des contrastes et des harmonies, en un mot tout cet ensemble qui forme un tableau. Un troupeau de moutons en prairie, photographié avec un éclairage de face, donnera-t-il autre chose qu'une image molle et plate? La lumière venant du côté opposé et caressant le dos des animaux fournira certes un tout autre effet. Les troupeaux de moutons sont faciles à manier et leur introduction dans un paysage est très favorable à l'ensemble. On peut aisément modifier la pose du troupeau. Si les bêtes se présentent toutes sur une seule ligne, il suffit de faire quelques pas vers elles pour rompre la monotonie de leur arrangement ; les premières lignes bousculent celles qui se trouvent derrière. Il est également très facile d'empêcher toute la bande de fuir. Un coup de sifflet ou l'imitation de l'aboiement du cbien fait naître dans le troupeau une certaine émotion qui se traduit par des mouvements en diverses directions.
Les animaux domestiques, tels que les chevaux, les vaches, les moutons, sont de charmants accessoires dans un paysage; le photographe devra prendre soin de ménager les contrastes, de jjpser par exemple un animal à robe sombre sur un fond clair, un cheval noir derrière un cbeval blanc, etc., etc. Celui qui ne se laisse pas rebuter par des arrangements qui prennent quelquefois beaucoup de temps, et qui possède une bonne dose de patience, peut prétendre au succès, comme le prouve la figure 99.
Beaucoup de photographes se sont occupés, dans les derniers temps, d'études d'animaux; leurs œuvres, malheureusement trop peu répandues, sont cependant de bons modèles de composition, d'éclairage et d'exécution pratique. Nous citerons celles de M. A. Borderia, de Reims, et de M. Wall, amateur anglais.
M. Uhlenhuth de Cobourg a une spécialité pour les études de cerfs, de biches, de faisans et de sangliers. Placé dans des conditions exceptionnelles (il est voisin d'un des plus beaux parcs de
une persévérance à toute épreuve, le succès n'a pas manqué de couronner un travail de plusieurs années.
Parmi les oiseaux il faut remarquer le cygne, qui, par les lignes harmonieuses du corps, la prestance et la majesté de ses mouvements sur l'eau, doit tenter le photographe. Les étangs offrent
déjà, avec leur riche végétation aquatique; des ressources immenses; si l'on y joint la présence de cygnes se prélassant sur l'eau, l'amateur sera assuré d'une riche moisson de clichés charmants.
prudence et avec un révélateur dilué (p. 46), sinon le plumage blanc viendra en masse crayeuse et sans détails. MM. Marsh