MATÉRIEL ET OPÉRATIONS POUR LE TIRAGE DES ÉPREUVES
. Il nous a paru utile de distinguer nettement dans nos explications, l’outillage et les procédés nécessaires à l’obtention du cliché, de ceux employés pour l'impression de l’épreuve. Nombre d’amateurs se contentent de produire le cliché qui est vraiment l’œuvre artistique en photographie et font imprimer par des praticiens. Cette division du travail une fois notée, voici en quoi se résument les opérations du tirage des épreuves.
Impressions.
Le châssis à imprimer consiste en un cadre en bois au fond duquel repose une glace épaisse ; sur cette glace s’adapte un volet que des charnières permettent de plier en son milieu. Des barres transversales fixées au cadre
et munies de ressorts permettent de produire une légère pression entre la glace et le volet.
Le cliclié bien sec et bien propre est posé dans le châssis, la gélatine en dedans ; puis on s’enferme dans le cabinet obscur dont nous avons déjà parlé, et l’on applique sur la gélatine du cliché une feuille de papier sensibilisé à peu près de même dimension que lui. On met un petit cahier buvard de même format que le châssis sur le papier, puis le couvercle à volets que l’on ferme en appuyant doucement.
Le papier albuminé sensible ne doit jamais voir le jour, le meilleur est celui dit : mince rose. Il est bien entendu que c’est le côté albuminé, c’est-à-dire brillant, qui doit reposer sur le cliché; le cahier de buvard doit être assez épais pour que, les ressorts étant tendus, le contact soit complet et uniforme entre le papier et le cliché. On doit, en maniant ce papier, éviter toute brisure, qui serait irrémédiable, et ne pas avoir les mains humides.
Le papier albuminé sensible se conserve dans un étui de zinc, où il est glissé, roulé sur lui-mème, l’albumine en dedans, ne touchant pas le métal.
Le châssis est alors transporté à la lumière, mais non pas au soleil. On ne doit l’exposer au soleil que si le cliché est tellement sombre qu'il faille plusieurs heures pour imprimer au nord. Et encore, en ce cas, doit-on recouvrir le châssis d’une feuille de verre dépoli. En général, c’est à la lumière diffuse que l’on imprime; les épreuves sont plus douces, moins heurtées, les ombres etles clairs mieux fondus. Le châssis doit être légèrement incliné, de façon à recevoir les rayons lumineux sous un angle d’environ 4o degrés. De temps à autre, on l’emporte dans le cabinet obscur, etl’on ouvre tantôtl’un, tantôtl’autre de ses volets (jamais tous deux à la fois), on soulève avec l’ongle le papier, et l’on juge du degré de vigueur obtenue. On doit
toujours imprimer un peu plus foncé que la teinte que l’on désire définitivement, car les opérations suivantes font baisser l’épreuve de ton.
Si l’on a beaucoup de clichés à tirer, il est utile d’avoir une demi-douzaine de châssis, l’impression se fait alors très rapidement. Lorsqu’on la juge suffisante, on rentre dans la chambre obscure, on enlève complètement le couvercle du châssis, et on sort l’épreuve qui est enfermée dans une boite en carton ou en bois bien propre, ou encore entre les feuilles d’un cahier de papier buvard épais.
En général, on ne doit pas attendre plus de deux jours avant de faire subir au papier imprimé les réactions qui rendent l’image stable ; le mieux est de terminer les manipulations le soir même du jour où l'impression a été faite.
Virage.
Le virage a pour but de modifier la couleur de l’image. Toutes les opérations, jusqu’à l’achèvement total de l’épreuve, peuvent se faire en dehors du cabinet obscur, mais cependant la pièce dans laquelle on travaillera doit avoir volets ou rideaux fermés, de façon à ce qu'il n’y pénètre que juste assez de lumière pour voir distinctement ce que l’on fait.
Nous avons laissé les épreuves enfermées, bien au sec, dans une boite. Transportez-les dans la chambre obscurcie et plongez-les dans une terrine ou baquet contenant environ cinq litres d’eau. Les épreuves y dégorgent, elles perdent l’excès de nitrate d’argent contenu dans le papier, l’eau prend un aspect laiteux ; on la renouvelle une fois, puis les épreuves sont sorties une à une , égouttées, et immergées dans le bain de virage.
Nombre de formules ont été proposées pour ce bain.
Voici celle que nous préférons à cause des jolis tons pourprés qu’elle donne. Ce bain, en employant quelques précautions, a l’avantage de pouvoir servir indéfiniment.
Chlorure d’or, 1 gramme, que l’on fait dissoudre dans 100 grammes d’eau distillée, et qui se met çn provision dans un flacon spécial. Puis on dissout :
Acéto-Tungstate de soude 10 gr.
dans Eau distillée 500
à quoi on ajoute : Solution de Chlorure d’or. 20
Il est indispensable de verser l’or sur la soude et non la soude sur l’or. Après ce mélange, le bain peut être employé immédiatement, cependant quelques opérateurs préfèrent le faire chauffer d’abord sur la lampe à alcool, dans un vase en porcelaine ou en tôle émaillée, jusqu’à ce qu’il atteigne la température de 20 à 30 degrés. Si l’on chauffait trop, on verrait l’or se précipiter en poudre noirâtre, et le bain perdrait de sa valeur. Il faut donc arrêter le chauffage avant que l’or se précipite, et verser le liquide dans une cuvette en porcelaine.
On doit toujours mettre les épreuves une à une dans le virage, en évitant que des bulles d’air ne viennent s’interposer entre le liquide et le papier, et il est bon de n’en pas immerger plus d’une dizaine à la fois, afin de pouvoir surveiller la réaction. Le bain devra toujours être en mouvement dans la cuvette; on la soulève par un angle et on la laisse reposer pour produire le balancement nécessaire. En même temps, à l’aide d'une pince encorne, on tourne et retourne les épreuves, tout en évitant les brisures du papier. L’épreuve pâlit d’abord, puis remonte de ton, en passant du rouge au noir. On la sort et on la jette dans un baquet ou dans une cuvette pleine d’eau propre lorsqu’on a obtenu la teinte désirée.
Il ne faut pas perdre de vue que le bain de virage,
trop prolongé ou trop riche en chlorure d’or, ronge l'épreuve et finit par enlever tous les reliefs de l’image. D’habitude, en cinq ou six minutes, dix lorsque le bain est froid, l’opération est achevée.
Lorsque toutes les épreuves ont passé dans le baquet, on filtre le bain d'or et on le conserve, il servira indéfiniment, en ajoutant, par douzaine d’épreuves virées, 10 grammes de solution de chlorure, et seulement de loin en en loin 1 gramme ou 2 d’acéto-tungstate de soude.
On peut remplacer l’acéto-tungstate de soude par l’acétate de soude fondu qui coûte moitié moins cher et donne également un beau virage noir.
Fixage.
Cette dernière opération a pour but de rendre l’épreuve inaltérable à la lumière. Le bain consiste en :
Eau distillée 1 litre.
Hyposulfite de soude. . . . 250 grammes.
11 est indispensable que l’hyposulûte de soude soit bien dissout, aussi fera-t-on bien, soit de le piler, soit de le mettre dans l’eau chaude pendant quelques heures, puis de le laisser refroidir avant l’usage. On doit prendre la plus grande précaution pour qu’aucune parcelle d’hyposulfite, aucune goutte de la solution ne jaillisse sur les autres bains. Cuvette et flacon d’hyposulfite doivent être relégués loin des autres réactifs, et l’on ne doit les toucher qu’après s’ètre trempé les mains dans l’eau. La cuvette à l’byposulfite, généralement en carton durci , doit être étiquetée et ne jamais servir à un autre usage, de même que les pinces en corne avec lesquelles on manie les épreuves dans ce bain. Mises une à une dans le bain, elles y sont
tournées et retournées pendant dix minutes environ. Alors, seulement, elles peuvent voir le grand jour. On les plonge dans un grand baquet d’eau, où elles doivent rester trois ou quatre heures, et dont l’eau sera renouvelée quatre fois au moins. Sans cette précaution, le papier imbibé d’hyposullite conserverait quelques traces de ce sel, qui en peu de temps aurait infailliblement rongé l’image.
Au sortir de ce lavage, on fait sécher l’épreuve, soit en la suspendant par une épingle à une ficelle tendue, soit en l’enfermant dans un cahier de papier buvard où elle s’essuie, puis, immédiatement après, dans un second cahier où elle se sèche complètement. Avec ce dernier procédé, le papier albuminé a moins de tendance à se rouler sur lui-mème.
Il y a dans l'impression des épreuves une foule de petits tours demain faciles à acquérir et qui en modifient l’aspect.
Parfois un côté du cliché s’imprime plus rapidement qu’un autre, l’intensité étant différente. Dans ce cas, lors de l’insolation, on place une feuille de carton sur le châssis, de façon à ce que la portion la plus transparente du cliché subisse moins longtemps l’action de la lumière et on a soin de la mouvoir afin d’éviter la ligne arrêtée qui se produirait si elle demeurait exactement dans la même position.
Un ciel de paysage étant trop uniformément blanc, on y imprime des nuages en mettant quelques légers flocons de ouate sur la glace, ou, mieux encore, on tire une vue de nuages dont le cliché peut servir pour tous paysages de même dimension, et l’on imprime son épreuve en deux fois, d’abord avec le cliché à nuages, puis avec le cliché du paysage lui-même.
En disposant sur le châssis, ou entre le verre et le cliché, des écrans en papier noir, on obtient des bordures,
des encadrements blancs et noirs, variés suivant la fantaisie de l’opérateur.
Enfin il existe dans le commerce des pellicules de gélatine à teintes fondues, qui donnent les fonds dégradés pour portrait, ou des marges maroquinées.
En tout ceci, l’ingéniosité de l’amateur peut s’exercer, sans qu’il soit besoin de faire plus que de lui indiquer la voie.
Notons en passant que, lorsque le bain d’hyposulfite de soude jaunit, il est bon de le renouveler.
Du montage des épreuves.
Les épreuves bien sèches sont appliquées sur une feuille de verre épais, puis on en rogne les bords avec une règle et un canif bien tranchant. On trouve dans le commerce des calibres de toutes dimensions et des pointes à rogner d’un usage commode.
Ce travail fait, on immerge les épreuves dans un baquet d’eau, et quand elles sont également imbibées, on les prend une à une et on les étale, l’image en dessous, sur une feuille de verre. La plus grande épreuve doit être en dessous et les autres posées de la même façon sur cette première. Puis on comprime avec des feuilles de buvard jusqu’à ce que toute l’eau soit épongée. On a préparé de la colle de farine, on y trempe un pinceau de 10 à lo millimètres de grosseur, et l’on encolle la première épreuve, en appuyant fortement le pinceau pour écraser ou chasser les grumeaux de la colle. On enlève cette épreuve et on la pose sur le hristol qui doit la recevoir. Il faut l’appliquer de telle sorte qu’il ne s’interpose pas d’air entre le carton et l’épreuve. Enfin, on presse légèrement avec un linge fin pour donner l’adhérence, et
l’on passe à la seconde épreuve, puis à la troisième jusqu’à épuisement.
On vend, à bas prix, des bristols blancs, jaunes, noirs, coupés sur toutes dimensions et ornés de filets qui encadrent la photographie.
Quelque soin que l’on prenne pour coller les épreuves, il est rare que les épaisseurs de colle, le grain du papier ne produisent des inégalités désagréables à l’œil. Pour les faire disparaître, on a recours au cylindrage. Nous n’engageons pas les amateurs à faire la coûteuse acquisition de l’appareil à cylindrer. Ils trouveront aisément, s’ils désirent obtenir le brillant que donne la mise au cylindre, à faire faire cette opération chez un praticien.
On peut également lustrer une photographie en la passant à l’encaustique. Ceci est utile surtout si l’on a retouché l’épreuve à la sépia ou à l’encre de Chine.
L’encaustique employé se compose de :
Essence de térébenthine rectifiée 250 grammes. Mastic en larmes 25 —
Après dissolution du mastic on ajoute :
Cire vierge 250 —
On filtre au papier ce mélange et on le conserve dans un flacon bouché.
Avec le doigt, on en met une très minime quantité sur l’épreuve, puis avec un tampon de flanelle on frotte en tous sens et assez fortement pour, non-seulement étendre, mais presque incorporer l’encaustique dans le papier.
Matériel pour impression sur papier.
Ainsi que l’on a pu en juger par la lecture de ce
chapitre, le matériel pour l'impression des épreuves se résume en peu de choses :
Un ou plusieurs châssis-presses du format des épreuves que l’on veut obtenir ;
Une cuvette en porcelaine pour le virage; une seconde en carton durci pour le bain d’hyposulfite, toutes deux de dimension à peu près doubles de celles des épreuves, afin que celles-ci puissent y baigner largement, et y subir le mouvement de va et vient que nous avons indiqué ;
Deux baquets en grès, en bois ou en zinc, de la contenance de cinq à six litres, et offrant assez de surface pour que les épreuves y baignent à plat;
Un étui cylindrique en carton ou mieux en zinc pour la conservation du papier albuminé sensible ;
Puis, à volonté des caches en papier noir et des pellicules de gélatine à teintes fondues, pour dégrader les épreuves de portrait.