AITO
Les Lybiens se servaient du feu pour empêcher toute fluxion d'humeur sur le poumon, et prévenir ainsi la phtisie :
Les Lybiens, dict Hérodote (1. IV, cap. cLxxxvI), iouissent populairement d'une rare santé, par cette coustume qu'ils ont, aprez que leurs enfants ont atteinct quatre ans, de leur cautériser et brusler les veines du chef et des tem-
ples, par où ils coupent chemin, pour leur vie, à toute défluxion de rheume!,
En Grèce, nombreux furent les partisans de la cautérisation chez les phüisiques, cherchant à attirer au dehors les humeurs mauvaises qui encombraient le poumon. Rappelons-nous Euryphon qui brûlait ses malheureux malades.
Platon le Comique représente le poète Cinésias, au sortir d’une pleurésie, maigre comme un squelette, la poitrine encore pleine de pus, les jambes comme des roseaux, vrai prophète de phtisie et tout couvert d’escharres que lui avait faites Euryphon par l'application du feu?.
Hippocrate pratiquait et enseignait la méthode révulsive : faites révulsion, si le mouvement des humeurs ne s’opère pas du côté où 1l faut; cautérisez aussitôt dans la consomption. On connaît l’aphorisme célèbre :
Quæ medicamenta non sanant, ea ferrum sanat; quæ ferrum non sanal, ea ignis sanal ; quæ vero ignis non sanat, ea insanabilia repulare oportet.
* Montaigne, Essais, édit. Le Clere, 4 vol., Paris, 1866, t. III, De la ressemblance des enfants aux pères.
* Daremberg, Etude de la médecine entre Homère et Hippocrale.
Celse recommandait de cautériser les phtisiques « lorsque l'intensité de la maladie était grande, lorsque le mouvement fébrile et la toux ne se calmaient pas, el que le corps semblait s’affaiblir »
Il faut, à l’aide d'un fer incandescent, produire un foyer de suppuration sous le menton, un autre à la gorge, deux vers les seins et au bas des os scapulaires et ne pas laisser guérir ces ulcères avant la disparition de la toux.
Arétée, Cœlius Aurelianus, Galien, imitèrent leurs prédécesseurs.
Un médecin arabe, Albucasis!, dans les maladies du poumon, cautérisait au-dessus des clavicules, au milieu de la poitrine et entre les deux mamelles, avec un cautère à trois branches.
Les ventouses furent employées dans le même but, sèches ou scarifiées, cucurbila cum scarificatione. Les Egyptiens faisaient usage d’une simple corne de bœuf, percée à son extrémité d'un trou par lequel ils exerçaient la succion de l’air, et les Grecs, d'instruments de verre ou de métal.
Le malheureux phtüisique fut aussi couvert de cafaplasmes émollients, faits de graines de lin, de fenugrec et de mauve, de cérats confectionnés avec du beurre, de l'huile de laurier, de l'iris, d'emplâtres astringents à base de saule, de coing eu de noix de cyprès. Il eut à supporter le malagme attractif de Celse :
Prenez râclures de vert-de-gris, encens âà 2 deniers, sel
{ Valensi, Un chirurgien arabe au moyen âge : Albucasis, thèse de Montpellier, 1908.
ammoniae 6 deniers, battitures de cuivre, cire 4 8 deniers, résine sèche 12 deniers.
Ou le malagme astringent d'Antyllus aux baies de
laurier, au marrube, au cardamome, à la chaux. Il dut encore subir le contact des fomentfalions aux poils de lièvre, myrrhe, sue de concombre, petit lait, etc. (Zopyre).
Citons enfin l'emploi des frictions sèches où humides, très approuvé par les Méthodiques.
$ 2. Médication évacuante.
Purgation. « Les Anciens, dit Celse, provoquaient la purgation dans presque toutes les maladies, à l’aide de divers médicaments et de lavements fréquents ». Et les Egyptiens la considéraient comme un moyen excellent de se garder des affections : « Très attentifs à conserver leur santé, dit Hérodote, chaque mois, trois jours de suile, 1ls provoquaient des évacuations en prenant des vomilifs et des clystères, car ils pensaient que toutes les maladies de l'homme provenaient des aliments. »
La médication évacuante fut de tout temps en honneur dans la phtisie.
Prescrire des médicaments purgatifs, du petit lait et du lait, voilà en quoi consistait à peu près toute la thérapeutique des Cnidiens. Lisez le chapitre d'Hippocrate relatif à la phtisie, ce n’est que remèdes évacuants :
D'abord on fera boire de l’ellébore et, par le bas, on évacuera avec l’épithymum {/Cuscuta epithymum), ou le
! Hérodote, Histoires, 1, 11, cap. Lxxvu.
pephum (Euphorbia peplis), ou le grain de Cnide, ou le tithymale. On prendra ces évacuants, quatre fois par an, deux fois par le haut, deux fois par le bas. On donnera aussi, pour l'évacuation, le lait cuit d’ânesse, où de vache, ou de chèvre, etc.
Hippocrate n'était guère partisan des vomitifs n évacuez, disait-il, qu'avec circonspection par le haut les personnes disposées à la phtisie.
Cette thérapeutique du Génie de Cos se comprend fort bien : il fallait évacuer le phlegme qui se trouvait en trop grande quantité, et qui rongeait le poumon.
Ajoutons qu'il prescrivit souvent des purgatifs, afin de faciliter la pénétration dans l'organisme de substances alimentaires, le lait en particulier.
Ses successeurs firent aussi usage des évacuants, mais en réservèrent l'emploi au début de la maladie. Rappelons que Galien recommandait les pilules d’aloès, de scammonée, de colocynthe... Les Arabes introduisirent les purgatifs doux : la manne, le séné, la casse... Nous avons parlé des pilules « cocciæ ou cochées » de Rhazès. Voici maintenant la formule des fameuses
pilules d’agaric de Mésuë :
Prenez turbith drach. v, hierapiera de Galien drach. iv, agaric blanc drach. 1j, colocynthe, sarcecolile 4à drach. 1j, racine d’iris, marrube blanc ââ drach. j. Malaxez le tout avec du vin cuit et faites-en des pilules.
Saignée. Bien qu'Hippocrate et Galien aient rapporté l’histoire de phtisiques, que les médicaments ne secouraient plus et qui furent guéris au moyen de la saignée, en général cette médication évacuante fut peu
2 fes employée. Elle fut surtout pratiquée lors de crachements de sang, et dans les premières phases de la maladie, afin de parer à la surabondance de la pituite. On ouvrait la veine soit à la tempe, soit au bras, soit
au pied.
S 3. Fumigations.
Les fumigations furent regardées par nos pères comme un des meilleurs remèdes des affections pulmonaires, notamment de la phtisie : c'était une façon très rapide et très sûre de faire arriver jusqu'à l’ulcère des médicaments qui le dessèchent et le cicatrisent. Oribase indique la façon dont Antyllus prescrivait les
fumigations au poitrinaire :
On fait asseoir le malade et on le met tout entier sous une vaste couverture; entre ses jambes écartées, on place un vase contenant du feu sur lequel on jette des feuilles d’aristoloche, de la clématite, ou du soufre, ou des bourgeons de sapin, ou du persea, ou des fragments de vieilles cordes (celles qui ont servi à la marine sont les meilleures) et l'on recommande au patient de baisser la tête pour mieux recevoir et aspirer cette fumée. Beaucoup ont rejeté de la pituite à la première épreuve.
Le phtisique respirait encore les fumées d’aurone, de menthe, d’hysope, de scille desséchée, d’érysimum, de centaurée, de graines de fenouil, de résine, de bitume de Judée, de castoréum, de soufre et d’arsenic. Nous n'insistons pas davantage sur ce genre de médication, car nous en avons suffisamment parlé précédemment.