CO' DEGAGE
EN DIX HEUREiS.
L'activité respiratoire des fleurs explique pourquoi ces organes ont assez souvent une température un peu plus élevée que celle de Pair ambiant. C'est ainsi que les Arums notamment présentent une chaleur sensible, ce qui, à ce point de vue, les rend tout à fait comparables aux animaux.
A la lumière, les parties des plantes qui contiennent de la chlorophylle masquent, par leur action plus intense, la respiration normale. Cette respiration normale ne s'en produit pas moins, même en plein soleil, comme Ganeau Fa définitivement prouvé (1850-1851), et c'est pourquoi la distinction établie par les anciens botanistes entre la respiration diurne et la respiration nocturne des végétaux a été justement abandonnée.
Quelles sont les conditions extérieures qui modifient la respiration normale des végétaux?
La quantité d'oxygène contenue dans le milieu ambiant n'a aucune action, sauf, cependant, pendant la germination, comme l'a montré Godlewski.
La température, au contraire, a une influence considérable, absolument comme dans la respiration intracellulaire, que nous avons précédemment étudiée (chap. III, p. 87). L'activité respiratoire croît avec la température ; à peu près nulle à 0 degré, elle augmente ensuite réguUèrement jusqu'à -|-40 degrés centigrades environ, comme le montre le diagramme cicontre (fig. 2); au delà elle diminue assez rapidement, parce que les plantes sont tuées; il n'y a donc pas d'optimum, mais le degré du maximum varie avec les espèces, Detmer a trouvé que ce maximum d'activité respiratoire est à :
Fi- 2.
+ 3oo C. pour les jeunes pousses de vesce et les jeunes aiguilles de sapin ;
+ 40o C. pour le blé, le lupin, les fleurs de lilas ;
-f- 450 C. pour les tubercules de pommes de terre.
L'influence des radiations solaires est moins évidente et n'a été étudiée que dans ces derniers temps, car chez les végétaux à chlorophylle, la fonction chlorophyllienne est si importante qu elle a fait laisser de côté l'action de la lumière sur la respu^ation des cellules.
D'une manière générale, comme Font montré Bonnier et Mangin, pour tous les tissus végétaux, exposés alternativement à la limiière diffuse et à l'obscurité — les autres conditions restant les mêmes — la lumière ralentit plus ou moins l'intensité de la respiration, et aussi bien l'absorption de l'oxygène que l'émission d'acide carbonique. Mais cette action retardatrice de la lumière est variable suivant les. différents tissus; elle est très faible pour les graines au début de leiu? germination et pour les plantes étiolées, plus grande pour les rhizomes, les plantes parasites et surtout les champignons, où parfois elle peut atteindre une valeur égale au tiers des gaz absorbés ou émis.
Les radiations isolées agissent également. Il résulte, en effet, des expériences de Bonnier, que les rayons les plus réfrangibles (verts et bleus) produisent un dégagement d'acide carbonique plus grand que les rayons jaunes et rouges, moins réfrangibles '.
l. G. Bonnier, la Respiration des tissus vivants {Revue scientifique, l8S4j deuxième sem(35tre, p. o83-o84).
Nous avons dit précédemment que le dégagement de CO^ et l'absorption d'O sont des phénomènes indépendants. Pour le prouver, il faut chercher le rapport CO^O de ces deux phénomènes.
On croyait autrefois que, pour un même organe, à un même état de développement, la valeur du rapport CO^/0 est indépendante de la température, de Téclairement, de la pression de l'oxygène et de la pression totale, et, d'une manière générale, de toutes les conditions phys ques réalisées par le milieu extérieur. Mais les expériences rigoureuses, grâce à la méthode de compensation, de Dehérain et Maquenne, ne semblent pas confirmer les résultats obtenus par Bonnier et Mangin, qui ont opéré sans tenir compte de l'acide carbonique dissous dans les sucs des plantes ou resté engagé dans les interstices cellulaires. Dehérain et Maquenne ont noté que CO^/0 change avec la saison, et, naturellement, avec les espèces; il peut être égal, supérieur ou inférieur à l'unité. En revanche, la valeur de GO^/0 est indépendante de la quantité de CO^ et de la quantité de 0 qui se trouvent dans le milieu ambiant, comme Fa constaté Bœhme, mais change, au contraire, avec la température, comme l'indique le tableau ci-contre (p. 125), dressé d'après les recherches de Dehérain et Maquenne.
Ce tableau montre, de plus, que le rapport GO^/0 n'est pas toujours inférieur à l'unité, comme on le croyait autrefois. Godlewski a prouvé que, dans les graines oléagineuses en germination, par exemple, les phénomènes respiratoires donnent un rapport G0-/0 sensiblement supérieur à l'unité. Ge rapport est, en effet, de 1,52 pour la graine de pavot et de 1,28 pour la graine de ricin. Ces indications sont corroborées par les recherches de Schlœsing, qui a montré que l'analyse d'une plante donne toujours plus d'hydrogène qu'il n'en faudrait pour former de l'eau avec l'oxygène existant. L'analyse de feuilles de tabac lui a, en effet, donné 5,82 pour 100 d'hydrogène et 36,85 d'oxygène. L'hydrogène ne pouvant être fixé à l'élat libre par la plante, il y a départ d'une certaine quantité d'oxygène, et sous la forme GO^, puisque l'oxygène libre ne peut être éliminé de la
plante autrement que sous rinfluencc de la fonction chlorophyllienne.