‹ La Physiothérapie des Arthrites GonococciquesChapitre 19 sur 45 · ESS · texte numérisé non relu

ESS

les cas où ces traitements seraient impossibles ou comme adjuvant entre les séances ou entre les séries.

Le plus souvent d’ailleurs, suivant la tendance actuelle, dans les cas aigus comme dans les cas chroniques, on adjoint à l’action du courant galvanique celle d'ions médicamenteux introduits dans les tissus par diélectrolyse, procédé que nous allons étudier maintenant.

ls, DIELECTROLYSE

La diélectrolyse est l'introduction électrolytique, d'ions dans l'organisme. Sous l'influence de Bourguignon, ce terme tend à remplacer celui d’ionisation, qui est généralement employé, mais tout à fait impropre puisqu'il désigne en réalité l’état de dissociation 1onique dans lequel on trouvent les molécules d’un électrolyte, du fait même de la dissolution (Arrhénius 1887).

Dès le début du siecle dernier, des expérimentateurs eurent l’idée d'introduire des médicaments dans l'organisme grâce au courant galvanique (Rossie 1826- Fabre-Palaprat 1833...), mais il a fallu attendre jusqu’à la fin du siècle pour que cette méthode de traitement attira l’attention du grand public médical.

Pour le traitement des arthrites — et plus particulièrement des arthrites gonococciques — l'introduction électrolytique de divers ions a été préconisée : salicyle, chlore, iode, histamine, ions radio-actifs (nous avons déjà traité de ces derniers à l’occasion des boues radio-actives).

a) Mode d'action. — Depuis les expériences d’'Ensch, de Labatut, de Leduc, la preuve de la réalité

DRa Er

de l'introduction de certains ions dans les tissus est faite.

: Les ions pénètrent dans l'organisme par les orilices des glandes suüdripares et sébacées et vont s’arrèter dans les couches profondes de la peau. Certains ions pénètrent d’ailleurs beaucoup plus profondément que d’autres et, en électrothérapie, on a pris l'habitude d'appeler ces ions « diffusibles », ceux qui s’arrêtent en surface étant peu ou moins diffusibles. Il se forme ainsi dans les couches profondes de la peau une accumulation d'ions. (Pour l’iode, qui est un ion diffusible, l'accumulation se ferait dans le corps tyroïde, d’après Bourguignon)

De là, les ions sont captés par la cola tie Mais en passant dans le champ électrique créé entre les deux électrodes, ils subissent à nouveau l'attraction de l’électrolyse et une partie d’entre eux se fixe dans les tissus intéressés. C’est ainsi qu'on en trouve sous l’électrode attractive. Certains ions d'autre part s’éliminent dans l'urine. ie

Sous l'influence de Bourguignon, les conceptions sur le mode d'action de la dielectrolyse se.sont profondément modifiées depuis quelques années. Ce qui importait jadis le plus c'était de faire pénétrer certains ions dans l’organisme par voie électrolytique et d’en faire pénétrer le plus grand nombre possible, car on avait constaté les heureux effets obtenus-par ce mode d'introduction, la même substance introduite par une autre voie ne donnant pas les mêmes effets.

Bourguignon a démontré que le mode d’introduc-

tion importait peu. Le fait capital est, au contraire, la fixation dans les tissus, sur le trajet des lignes de force, des ions véhiculés par la circulation. On peut donc introduire l'ion choisi par une toute autre voie : buccale par exemple, et procéder ensuite comme pour une siñple galvanisation. De plus Bourguignon a attiré l'attention sur l’avantage que l'on a à utiliser de petites électrodes localisées très exactement, de façon à provoquer au point désiré la fixation d’une nombre d’ions le plus grand possible. Naturellement l’usage de ces petites électrodes impose l'emploi d’intensités faibles. En pratique, dans le cas du traitement des arthrites, ces considérations, sans cesser d’être vraies, n’entraînent pas les mêmes conséquences techniques. En particulier, pour les électrodes, leur surface sera toujours assez importante de par les dimensions mêmes de l'articulation à traiter et il en résultera l’obligation d'augmenter la valeur de l'intensité globale du courant pour avoir une densité électrique suffisante. D'autre part, il est bien certain que les bons effets obtenus dans le traitement des arthrites par l’introduction électrolytique de certains ions ne sont pas dus à l’action seule de ces ions. I faut y joindre l’action bien. faisante du courant galvanique en lui-même et cette action est certainement fort importante, sinon prépondérante comme l’affirment certains auteurs.

D'ailleurs, il convient de remarquer qu’il n’y a aucune distinction fondamentele entre la galvanisation simple et la diélectrolyse : la galvanisation n'étant qu’une électrolyse des ions Na et €] de l'organisme qui

s’échangent à travers la peau avec les ions provenant de la solution composite dont les électrodes sont imbibées.

Nous allons maintenant envisager les propriétés des divers ions utilisés dans le traitement des arthrites gonococciques.

L'ion salicyle, peut être introduit en éleptrolysant le salicylate de soude et le salicylate de lithine (dans ce cas, on peut donc opérer une électrolyse double : l'ion salicyle au pôle négatif et l’ion lithium au pôle positif). L’ion salicyle a une action analgésique et décongestionnante qui s'exerce surtout dans les cas aigus ou subaigus.

L’ion iode, provient d’une solution d’iodure de potassium. On l'utilise dans le traitement des raideurs articulaires, à cause de son action sclérolysante bien connue.

L'ion chlore, possède lui aussi la propriété d’assouplir les tissus fibreux. On le retire de l’électrolyse du chlorure de sodium ou du chlorhydrate d'ammoniaque.

L'ion histamine, a un pouvoir sédatif local et général, il diminue les contractures et il augmente l’aclivité des échanges, grâce à la vaso-dilatation considérable qu’il détermine.

L'ion lithium aurait la propriété de fixer l'acide urique. 11 n’est donc utilisé que comme complément de l’ionisation salicylée dans certains rhumatismes gonococciques chroniques.

b) La technique est sensiblement la même dans tous les cas, seule la solution employée pour imprégner les électrodes change ainsi que la polarité de ces électrodes.

Le matériel nécessaire est le même que celui utilisé pour la galvanisation ordinäire, avec cette particularité que lélectrode active ne doit contenir que la substance que l’on veut faire pénétrer dans les tissus car ia présence d'ions parasites pourrait fausser les résultits: le mieux est donc de posséder une série d’électrodes, chacune ne servant qu’à une seule substance.

Les deux électrodes doivent être placées de part.et d'autre de l’articulation malade de telle façon que les lignes de force du courant passent à travers celle-ci. | Il est d'autre part indispensable que l'ion à faire pénétrer soit bien placé dans le circuit : les solutions contenant les ions Iode, Chiore, Salicyle sont appliquées au pôle négatif; celles contenant les ions lithium, radium, histamine..: au pôle positif. (On imbibera donc les deux électrodes d’une solution de salicylate de lithine, si l’on veut faire l'introduction des deux ions salicyle et lithium, dans l'articulation.)

Le titre des solutions est assez faible, la dissociation ionique étant d'autant plus poussée que la concentration est moins forte

1 % pour l'iodure de potassium, 2 %.pour le chlorure de sodium, 3 % pour le salicylate de soude, 1 % pour le salicylate de lithine, 0,01 % pour le chlorhydrate d'histamine..

Ces solutions doivent être préparées avec des corps chimiquement purs et avec de l’eau distillée.

L’intensité doit être en rapport avec la surface des électrodes : pour les petites articulations elle ef, en général, de 10 à 12 milliampères; pour les grandes articulations, on peut monter jusqu’à 15, 20, 25, suivant la tolérance du sujet. Dans les cas aigus, on devra tâcher de toujours appliquer le maximum d'intensité, suivant le principe de Delherm pour la galvanisation simple.

Les séances doivent être d'environ trente minutes.

Pour la diélectrolyse à l’histamine la technique ést un peu différente à cause de la grande activité de cette substance, et de l'intensité des réactions locales : l’intensilé est plus faible (3 à 10 M.A.) et l'application ne doit pas durer plus de six à huit minutes.

La première semaine les séances sont quotidiennes, puis ensuite elles ont lieu un jour sur deux (soit {rois séances par semaine).

Au total une série comprend généralement quinze séances.

Si une deuxième série est nécessalfe, il faut attendre trois semaines avant ‘le recommencer. |

c) Résultats et indications. — La diélectrolyse salicylée à été préconisée contre les arthrites gonococciques par Bergonié et Roques, Bordet et Quilichini, Labatut, Chauvet, Guilloz, Billinkin.. Tous ces auteurs ont publié des résultats satisfaisants dans les cas aigus. L'action analgésique surtout est particulièrement nette

Page 1