CHAPITRE XXIII
la nature des corps en expérience. Sur les corps dits non conducteurs^ le frottement est le moyen principal et ordinaire; tels sont le verre, le soufre, la soie, les diverses résines. Sur les corps conducteurs, au contraire, tels que les métaux, Teau, le charbon bien calciné, les fluides sont séparés par l'influence d'un fluicie isolé placé à une distance médiocre; ce fluide isolé attire à lui le fluide de nature contraire, et repousse celui de même nature que lui-même. L'action varie d'ailleurs avec la distance : elle est en rapport inverse du carré de l'intervalle qui sépare les deux fluides, qui réagissent l'un sur l'autre. Retenus par * la pression de l'air à la surface des corps et à une petite profondeur, ils surmontent cette résistance, quand, par un rapprochement suffisant, on augmente leur action réciproque , et ils vont se combiner à travers l'air, avec lumière et bruit. Ils traversent les corps , mais se rassemblent à leur surface, où ils restent en équilibre sous la pression atmosphérique, et dans certaines limites de distance ; avant l'explosion , et quand il n'y a pas production continue, nous avons ce qu'on appelle l'électricité statique.
Les fluides se disposent sur la surface des corps, où ils forment des couches infiniment minces, et toutefois d'épaisseur variable d'un point à l'autre, selon la forme de la surface. Là où la surface est tranchante ou très-allongée, l'épaisseur, et par suite la réaction, sont telles, que la pression atmosphérique ne peut les soutenir, et que les
fluides s'écoulent sans bruit ; lel est le pouvoir émissif des pointes. Le pouvoir absorbant en est la conséquence; car lorsqu'un conducteur, chargé et armé de pointes, se trouve en présence d'un conducteur chargé de fluide contraire , celui qui 's'écoule par la pointe va neutraliser, par combinaison, celui du conducteur qui lui fait face : celui-ci, remis à l'état naturel, ne manifeste donc plus aucune propriété électrique, et semble savoir perdu son fluide, comme si la pointe l'avait absorbé.
Lorsqu'un conducteur communiquant avec le . sol est séparé par une mince lame isolante d'un autre conducteur mis en rapport avec une source constante d'électricité, il y a accumulation de fluides contraires sur les deux conducteurs : le premier contient du fluide opposé k celui de la source, mais ce fluide est entièrement dissimulé; sur l'autre conducteur réside un fluide contraire % pareil à celui de la source j mais dont une petite
partie est libre, et susceptible de donner l'étincelle. La réunion de ces deux masses de fluides contraires, quand on les met en rapport par un arc conducteur, donne lieu à des effets énergiques, dont la grandeur dépend des masses accuinulées. Celle-ci dépend d'ailleurs de l'intensité de la source, de l'épaisseur inverse de la lame isolante, et de l'étendue des condiicteurs électrisés.
Sources di- 321. Le frottement, la communication par uctoîcité. contact , ou plus généralement la décomposition
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par influence y ne sont pas les seuls Inoyens de produire l'électricité statique. La pression , la chaleur, le contact, développent également et sépa* rent les fluides. Le contact, s'il est continu, les développe aussi d'une manière continue, en ce sens que , si on les absorbe par un moyen quelconque, ils se reproduisent instantanément L'absorption et la reproduction continues constituent ce qu'on appelle un courant électrique, surtout si le phénomène se produit par l'intermédiaire d'un fil conducteur. Les courants constituent ce qu'on appelle l'électricité dynamique.
Ce n'est pas le seul contact de certains corps conducteurs qui produit des courants. Les actions chimiques en produisent aussi tant qu'elles s'exercent entre les corps, et leur influence est très-supérieure, en général, à celle du simple con» tact. La chaleur produit aussi des courants ; mais nous devons dire qu'en général il y a courants produits par des actions continues,- de quelque pâture qu'elles soient, quand elles ont pour effet de modifier l'état moléculaire des corps.
322. Une grande partie des phénomènes élec- Nature triques ne peut s'expliquer facilement qu'en ad- ébcu-rque. mettant deux fluides de nature contraire , qui tantôt se combinent, tantôt se séparent, manifestant en somme des propriétés analogues, quoiqu'ils présentent d'ailleurs certains caractères différents de l'un à l'autre, par exemple, en ce qui concerne leur plus ou moins de facilité comparative à traverser les corps. Mais, d'un autre côté^
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des faits également nombreux, parmi lesquels plusieurs phénomènes de premier ordre, trouvent une explication plus simple, plus facile, plus naturelle dans l'admission d'un seul fluide; les phénomènes de l'électricité dynamique nous semblent particulièrement dans ce cas. Dans cette <|» hypothèse, au lieu des électricités positive et négative, nous aurions Véthery fluide unique répandu dans tout l'espace, et dans les interstices moléculaires des corps; entre les molécules de 1 ether et les atomes solides il y aurait une action réciproque, de laquelle résulterait un état d'équilibre qui serait troublé par toutes les causes capables de modifier la distance des molécules par rapport à l'éther. D'une substance à l'autre , l'état d'équilibre serait soumis à des influences inégales, selon la masse et la distance des molécules, éléments toujours variables d'une substance à l'autre. Cela posé, on conçoit que la pression, le frottement, la chaleur, les actions chimiques, le magnétisme en mouvement, et le contact lui-même, modifient la distance ou l'état statique des molécules des corps, et, par suite, déterminent, entre les atomes de l'éther interposé , un mouvement nécessaire pour la reproduction de l'équilibre. Dans ce cas, l'une des substances mises en rapport prendrait de l'éther en plus, l'autre en perdrait, et serait électrisée en moins; mais cet état forcé, dans l'un et l'autre cas, serait nécessairement instable, et la dose nécessaire à l'équilibre de l'éther avec les molécules des corps se rétabli-
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rait quand un excès de ce fluide se trouverait en présence d'un défaut. L'électricité serait Téther se propageant en ligne droite d'un corps à l'autre, jusqu'à production d'équilibre entre ses molécules et les atonies de ce corps : la lumière serait l'éther vibrant transversalement; la chaleur serait l'ébranlement des molécules pondérables , ébranlement causé souvent par le mouvement de l'éther lui-même. Quant au magnétisme, il se confondrait avec l'électricité, comme une foule d'expériences tendent à le faire croire.
Quoi qu'il en soit, nous supposerons, suivant l'usage, l'existence des deux fluides contraires, qui représente assez bien l'ensemble des faits, et la seule qui, jusqu'ici, intervienne dans l'explication qu'eu donnent les différents auteurs.
323. Le premier phénomène qui se manifeste AuracUoo dans le frottement des corps, est l'attraction des i^gen. corps légers; c'est celui-là seul qu'avaient observé les anciens, et celui qu'on peut produire le plus facilement, car il suffit de frotter quelques instants un verre de montre ou un bâton de cire à cacheter sur la manche de l'habit : alors ils attirent de petits morceaux de papier, des barbes de plumes, des cheveux, etc. Réduit à ces proportions, ce phénomène n'offrirait aucune application utile; mais il en est autrement si on l'agrandit par la machine électrique, ou si on l'envisage quand il procède des grands réservoirs d'électricité que nous offte la nature. Nous en citerons seulement deux exemples.