SYNONYMIE
Le choix des synonymes et des auteurs à citer dépend beaucoup de la nature des ouvrages et de l'étendue donnée aux descriptions. Dans une monographie on cite tous les noms donnés antérieurement et tous les auteurs
(1) Lois do la nomenclature botanique, 2« édit., suivie do Tintroduction historique et du commentaire, etc. In-S», 1867.
qu'il peut être utile de consulter. Dans un ouvrage succinct, la synonymie est réduite selon les idées de l'auteur ; enfin dans une ftore, on cite avec une attention particulière les ouvrages relatifs au pays.
Ces indications paraissent suffisantes, d'autant plus qu'elles ont été données par de Candolle {Théorie élém.^ 2° édit. , p . 284 ) , d'une manière très claire . Je me suis aperçu cependant, aux questions de mes collaborateurs du Prodromus et des Monographie^ que les idées sont assez vagues sur ce point. J'ajouterai donc ceci : Il faut distinguer la citation des noms de groupes et celle des auteurs. Généralement, dans un ouvrage soigné, tous les noms d'un groupe qui ont été publiés depuis Linné sont cités, avec mention de l'auteur qui les a employés le premier. Quant aux auteurs qui ont parlé ensuite du groupe, sous tel ou tel de ces noms, il convient de mentionner seulement ceux qu'on pourrait utilement consulter, c'est-à-dire ceux qui donnent plus que le contenu de votre propre article. Les planches méritent toujours d'être citées, car elles ajoutent toujours quelque chose, et c'est ordinairement aussi le cas des descriptions originales un peu étendues. Plus votre texte est abrégé, plus il convient de citer les ouvrages au moyen desquels on peut le compléter. Quelquefois il est bon de citer un auteur uniquement pour dire, entre parenthèses, qu'il est fautif sur un point. Les auteurs qui ont simplement copié les autres, et en général les articles copiés, doivent être omis, car au moyen des noms divers du groupe, le lecteur peut trouver ce qu'une compilation renferme, s'il possède la compilation et non l'original.
Enfin, lorsqu'un auteur ne mérite d'être consulté que pour un fait particulier d'habitation, de caractère anatomique, etc., le mieux est de le citer, entre parenthèses, à
Tendroît où l'on parle de ce point spécial. Cela dispense de consulter Fouvrage sur le reste.
En dehors de ces questions relatives au choix, il y en a une plus générale, qui est celle de Tordre dans lequel on doit énumérer les noms et les auteurs.
Puisque la synonymie est Thistoire bibliographique d'un groupe, Tordre des dates est le plus naturel. C'est aussi le meilleur à cause de la loi de priorité qui détermine la préférence à donner aux noms de groupes. Malheureusement pour gagner de la place et éviter des répétitions, il a fallu, dans la plupart des cas, mettre à la suite de chaque nom d'un groupe tous les auteurs qui en ont fait usage. On les indique bien selon leur date, mais des auteurs modernes se trouvent souvent placés à la suite d'un nom de groupe ancien, ce qui n'est pas correct au point de vue historique.
On pourrait essayer Tarrangement strict, selon les années, pour les articles sur les familles, qui reviennent de loin en loin dans un même volume. Mais on tomberait dans un inconvénient qu'il vaut mieux éviter. Le même nom étant donné d'abord avec l'indication de l'auteur qui Ta introduit, et plus loin avec le nom d'un autre auteur, ensuite d'un troisième, etc., avec citation dans les intervalles de divers noms du groupe, les lecteurs se tromperaient quelquefois. Ils croiraient le nom d'un autre que l'auteur primitif. L'usage actuQl montre directement et clairement le botaniste qui a créé le nom et la publication dans laquelle ce nom existe, par conséquent la date, chose essentielle.
Chaque phrase de la s}mon}maie a un seul sens, comme toute phrase correcte. Elle indique les auteurs qui ont parlé du groupe sous un certain nom. Si Ton veut gâter une phrase quelconque, la compliquer, l'obscurcir, il
suffit d'intercaler des parenthèses exprimant d'autres idées. C'est ce que ne craignent pas de faire quelques botanistes modernes, en mêlant l'idée du premier auteur d'un nom de plante avec celle d'un auteur qui en a parlé sous un nom différent. Je me suis expliqué naguères(l) sur ce point. L'expérience de tous les jours me confirme dans une opinion qui est partagée par l'immense majorité des botanistes descripteurs.
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ORDRB DBS CARACTBRBS DANS LBS DESCRIPTIONS.
Pour bien étudier ce point, il faut se représenter un botaniste, déjà exercé, qui se proposerait de décrire une seule plante aussi complètement que possible, sans s'occuper des rapports de cette plante avec les autres. Les questions de nomenclature, de synonymie et même la répartition des caractères entre l'espèce, le genre, la famille et la classe, se trouvent alors éliminées. Il reste à voir uniquement quels caractères peuvent se présenter^ et dans quel ordre il convient de les décrire.
Toutes les parties de la plante doivent être envisagées sous chacun des points de vue qu'on peut imaginer. C'est là ce qui donne les caractères, par où l'on entend l'état de chaque partie ou organe.
Quant à l'ordre dans lequel on doit énumérer les
(i) Lois de la nomenclature, etc.
organes et mentionner les circonstances de chacun d'eux, il est bon de ne pas oublier les principes généraux : Passer du connu à r inconnu, des choses cer lames aux inr certaines, et des plus apparentes à celles qui le sont moins.
Appliquant ces principes, toujours nécessaires pour la clarté, on mentionnera les parties extérieures avant les intérieures, et les faits visibles à la vue simple avant les détails qu'on distingue sous le microscope. Par exemple, on décrira le calyce avant la corolle, celle-ci avant les étamines, et pour une tige on parlera de son ensemble avant de dire de quoi elle se compose intérieurement. En ce qui concerne chaque organe, le point de vue le plus saillant est s'il existe ou non ; ensuite sa position, puis la forme, la grandeur et une foule d'autres détails, selon les cas particuliers.
Ces idées servent de direction, mais elles ne suffisent pas toujours, ou plutôt on rencontre dans l'application des difficultés qui ont été résolues diversement. Nous devons les examiner avec un certain soin.
Voici, par exemple, une question très importante : Faut-il suivre l'ordre de l'évolution des parties, ou celui de leur disposition une fois l'être organisé complètement développé ?
Les botanistes ont préféré généralement l'ordre fondé sur la disposition, et il y a de bons motifs pour cela. L'évolution est souvent obscure, douteuse, contestée ou contestable. Pour la phase qui est la première visible au microscope, elle est nécessairement douteuse, puisque l'état antérieur est invisible. On ne sait jamais comment un organe commence, on ne voit pas plus sa formation qu'on ne voit les atomes ou molécules constitutives des corps. A partir des degrés où nous la voyons l'évolution varie quelquefois pour des organes semblables.
Ainsi, dans les Monocotylédones à six éiamines, les premières visibles au microscope sont, d'après M. Chatin (1 ), les extérieures dans les Liliacées ou les véritables Asparagées, et les intérieures dans les Smilacées, qui sont cependant très voisines. Il serait bien incommode de décrire en premier lieu, tantôt Tun de ces verticilles et tantôt l'autre. Le développement relatif des étamines et des pétales, des stipules et du limbe, de k racine et de la jeune tige, etc., peut différer selon les plantes ou bien être contesté. Toutes les évolutions ne sont pas connues. Au contraire, Tordre de position ou plutôt de superposition est visible. Il ne présente que rarement des questions douteuses. La tige est au-dessus de la racine ; les feuilles et les fleurs sont sur la tige, ou sur les rameaux, à des hauteurs successives ; les parties de la fleur et du fruit sont disposées de dehors en dedans, ce qui revient à dire de bas en haut. Il est donc naturel de décrire selon l'ordre : racines, tiges, feuilles, inflorescences, calice, corolles, étamines, pistils, ovules. De la même manière il est naturel de décrire le pétiole avant le limbe, les filets d'étamines avant l'anthère, Tovaire avant le style, et le style avant le stigmate, enfin le spermoderme avant l'albumen , et l'albumen avant Fembryon. Celui-ci n'appartient déjà plus à la même plante, et il serait plus correct de le mentionner eu parlant de la tige et des feuilles, mais on est obligé d'indiquer sa position dans la graine," ce qui conduit à mentionner sa forme.
Un avantage de l'ordre de superposition, ordinairement identique d'ailleurs avec celui d'évolution, est que tout le monde le comprend, le suit volontiers, et qu'il en
(1) Bull. soc. bot. de France, 1874, p. 65., et v. VI, ^ev. bibl. »
De Caitdollb, La PhytographU* 5
résulte une grande facilité dans les comparaisons ultérieures d'une plante à l'autre et d'un ouvrage à l'autre.
Pour chaque organe, il est naturel de commencer par les choses importantes, qui' sont ordinairement les plus apparentes, savoir : 1° l'existence de l'organe, et 2** sa position exacte, relativement aux organes voisins. On passe de là aux caractères de forme, nervation, grandeur (absolue et * relative), pubescence, consistance, durée, etc. Une fois le principe admis de suivre la superposition des organes et l'importance des caractères les plus apparents, il doit y avoir assez d'uniformité dans les descriptions. Quelques transpositions, portant sur des points secondaires, par suite des habitudes de chaque auteur et des exigences du style, présentent peu d'inconvénients.
Ces réflexions ne nous indiquent pas à quelle place il convient de mettre les faits qui se montrent successivement, par exemple les détails de la germination, l'évolution de la fleur et en général de chaque organe ou partie d'organe. Ce genre de considérations devant occuper une place de plus en plus grande dans les descriptions à mesure des progrès de la science, il est bon de s'en préoccuper.
Lorsqu'on peut introduire sans difficulté dans la description d'un organe ce qui concerne ses états successifs, évidemment il faut le faire. Une épithète, un membre additionnel de phrase ou une phrase ajoutée immédiatement, suffisent dans bien des cas. Ainsi, en parlant de l'anthère, on peut mentionner le nombre des subdivisions primitives des loges, celui des grains de pollen dans les cellules de formation, etc. ; en parlant des couches de l'écorce, on peut décrire leurs phases et formes successives; en parlant de la corolle, on peut
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ajouter le mode d'accroissement et Testivation, de la même manière que depuis longtemps on parle du fruit et de la graine après Tovaire et les ovules. Cependant, pour révolution de la jeune plante et pour celle des parties de la feuille et de la fleur, comme il s'agit d'organes multiples, on trouvera plus commode et plus clair d'en parler séparément. Par exemple, une description de la germination est bien placée avant de détailler les faits concernant la racine, la tige et les feuilles ; l'évolution relative des parties de la feuille précède logiquement la description de chacune de ces parties ; celle des organes floraux, les uns relativement aux autres, est à sa place avant la description du calice, des pétales, etc.
Contentons-nous de ces indications générales, propres à servir de direction. Dans les détails, on est obligé quelquefois de faire des transpositions, pour être plus clair ou plus bref. C'est le mérite d'un bon descripteur de simplifier et de bien rédiger, sans s'éloigner trop de l'ordre naturel ordinaire. Il peut arriver, par exemple, qu'un caractère peu important, comme la pubescence ou l'absence de poils, soit commun à tout un ensemble d'organes ou même à toute une plante ; alors on évite des répétitions en disant : Folia undique pubescentia , ou Planta prorsus glabra, La construction des phrases peut ne pas s'arranger de mots à l'ablatif intercalés de la manière qui serait la plus conforme à la série d'importance des caractères. On rédige alors autrement. Un ordre rigoureux serait parfois de la pédanterie. Il faut laisser un peu de latitude à l'écrivain, surtout dans les détails.
D'ailleurs l'ordre est rompu, dans la plupart des cas, par le fait du groupement des individus en espèces,
es PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V
genres, familles et classes. Cette superposition de groupes, dont nous allons parler, entraîne une division des caractères; mais, en ce qui concerne chacun des groupes, les réflexions précédentes, sur Tordre le plus convenable, ne sont pas inutiles.
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