DÉFINITION
Une bonne description est toujours fractionnée, certains détails étant donnés à l'article de Tespèce ou d'une de ses variétés, d'autres à celui du genre ou de ses subdivisions, d'autres enfin dans les articles sur la famille et sur la classe. Lorsqu'une description réunit, dans tous ces degrés, une exposition des caractères aussi complète que l'état de la science le permet, je la nomme description développée.
Ainsi définie, cette sorte de description ne peut se trouver que dans un ouvrage général de la nature de ceux appelés Species^ Enumeratio ou Systema, quand il est basé sur les principes de la méthode naturelle et détaillé, ou encore, jusqu'à un certain point, dans les monographies de familles. Celles-ci comprennent tout, excepté les notions sur les cohortes et les classes, qui
sont plutôt indiquées que détaillées, mais qu'on peut aisément ajouter en consultant d'autres ouvrages. Les monographies de genres ou d'espèces, lorsqu'elles sont complètes et détaillées, peuvent encore être considérées comme rentrant, à peu près, dans la catégorie dont nous parlons.
ARTICLE II
BXBMPLBS DB DBSGRIPTIONS DBVBLOPPéBS.
§ 1. — Ouvrages généraux.
Depuis l'époque d'Adanson et des Jussieu, à laquelle remontent les familles, le premier ouvrage général qui renferme les espèces et leurs formes diverses, aussi bien que les genres, familles et classes, est celui commencé en 1818 par Augustin Pyramus de CandoUe, sous le titre : Regni vegetabilis systema universale, ouvrage dont il a paru seulement deux volumes. Beaucoup de caractères auxquels on a pensé depuis ne s'y trouvent pas, ainsi qu'un grand nombre de genres et espèces découverts dans le laps des soixante dernières années. Néanmoins l'ouvrage peyt encore servir de modèle à certains égards. C'est, selon moi, le meilleur des travaux descriptifs de l'auteur, celui pour lequel il s'est donné le plus de peine (1), et qui a le plus influé sur cette
(i) Comme, par exemple, de se transporter dans diflférentes villes pour consulter les herbiers, ce que Linné, de Lamarck, Willdcnow et Persoon n'avaient pas fait pour leurs ouvrages généraux.
partie de la science lorqu'il a paru. Il mérite d'être étudié pour la coordination bien raisonnée et bien exposée des groupes d'une extrémité à l'autre de l'échelle, avec des degrés intermédiaires nombreux et le plus souvent naturels. C'était la première fois que les véritables principes d'association étaient appliqués aux * espèces dans leur genre, et, sous le nom de cohortes, aux familles dans leur classe. Le détail présentait plusieurs innovations qui sont restées dans la pratique, parce qu'elles donnent plus de précision aux faits décrits et plus de certitude à la synonymie.
• Le ProdromuSy qui devait être le précurseur d'une continuation du Systema, n'est, pas composé, du moins dans ses premiei^s volumes, de descriptions développées. Elles le sont devenues ensuite, sous ma direction, car dans plusieurs articles des derniers volumes, la seule différence d'avec le Systema est que les synonymes antérieurs à Linné sont l'arement indiqués.
L'ouvrage de Kunth, intitulé Enumeratio plantarum, qui comprend en huit volumes in-8'' la série des Monocotylédoncs, est un ouvrage inégal, dans lequel certaines descriptions sont complètes et d'autres très abrégées. A l'inverse du Systema, on peut dire que c'est le moins bon des ouvrages de l'auteur. Il se ressent de la hâte où il était de publier dans un certain délai. Le temps lui a manqué pour consulter des collections différentes. Souvent les caractères d'espèces ne sont pas assez'clairs, parce que deux ou trois échantillons sont décrits successivement, au lieu de l'être collectivement à titre d'association. Cette pratique défectueuse n'avait pas pu être évitée quand il s'agissait des échantillons peu nombreux du Nova gênera de Humboldt et Bonpland, décrits par Kunth, mais il faut
Tattribuer aussi en partie à une conception erronée des affinités, dont je me suis aperçu en causant avec l'auteur (1).
Dans rétat actuel de la science, il n'est guère probable qu'on essaye de rédiger des énumérations développées et classées de toutes les formes du règne végétal. On visera plutôt à de bonnes monographies, qui sont le terme d'évolution le plus élevé d'un ouvrage de botanique, celui qui présente ou devrait présenter des recherches sur toutes les parties de la science, à l'occasion d'un groupe spécial. L'importance de cette sorte de travaux me conduit à en parler ici avec une attention particulière.
g 2. » Monographies détaillées.
Une monographie complète ne sera jamais qu'une utopie. On découvre encore de nouvelles plantes et on inventera toujours de nouvelles recherches à faire et de nouveaux rapports à étudier. Malgré cela, c'est un excellent but de viser à un travail monographique aussi complet que possible. On avance ainsi la science, et en même temps on en voit toutes les divisions, toutes les méthodes, et l'on est obligé de consulter un nombre
(i) Pendant Tété de 1830, je me suis trouvé en rapports continuels avec Kunth. Nous aidions Wallich dans la distribution des herbiers de la Compagnie des Indes. J'ai admiré alors la promptitude de son coup d'œil, comme plus tard la perfection de ses descriptions, mais il me soutenait que les formes des plantes se touchent comme les parties d*un ruban ! Coupez-le où vous voudrez, me disait-il, ce seront des espèces. Rien de plus faux. Les rapports sont tellement multiples et inégaux qu'il en découle l'idée de groupes tantôt rapprochés et tantôt éloignés, quelquefois sur une ligne, mais ordinairement sur plusieurs. L'étude des échantillons est le commencement d'un travail, ce n'en est pas la fin.
immense d'ouvrages dont on apprend à connaître la valeur. Lorsqu'un botaniste a achevé une monographie , il se sent plus capable qu'auparavant d'un travail quelconque.
Je vais indiquer de bonnes monographies propres à servir de modèles. Leur nombre ne sera pas grand, attendu que j'éliminerai : l^ les monographies d'un seul genre, comme ne présentant pas les difficultés inhérentes à l'association des genres dans les familles; 2° celles où les descriptions ne sont pas développées ; 3° celles de familles ayant moins de cent espèces, ou composées d'un très petit nombre de genres; 4° les mémoires intitulés, par erreur, monographies, dans lesquels on n'a pas donné les caractères de famille ou décrit tous les genres et toutes les espèces du groupe, avec leurs synonymes et leurs habitations.
Après avoir consulté la bibliographie de Pritzel (2® éd.) et ma bibliothèque, dans laquelle aucun ouvrage important ne fait défaut, je ne vois qu'une vingtaine de monographies de Phanérogames ou de Cryptogames à citer (1). Elles se distinguent toutes de quelque manière, et les petits défauts que j'indiquerai Qk et là, pour qu'on les évite, sont insignifiants à côté de la valeur considérable de chaque travail.
On aurait bien plus de critiques à faire sur les flores, les articles de journaux ou de dictionnaires et les mémoires. Evidemment la nécessité, pour un auteur de monographie détaillée, d'envisager tout un groupe et d'en étudier tous les caractères ainsi que tous les synonymes et toutes les habitations, conduit forcément à un
(1) Plusieurs excellents ouvrages, dans lesquels les détails sont traités aussi bien que dans les bonnes monographies, se rapportent à des portions de classes ou familles, comme les Bryologia europœa, Bryol. javanica, etc.
i06 PREMIÈRE PARTIE - CHAPITRE VI
bon travail, qui reste dans la science. La méthode prend, pour ainsi dire, Fauteur par la main, et Tempêche de tomber dans des négligences et des erreurs qui sont faciles quand on a un but partiel et qu'on publie par fragments détachés.
L'énumération suivante est selon Tordre des dates, car il faut tenir compte de Tépoque, pour apprécier équitablement les auteurs. On ne trouve pas dans les anciennes monographies certains caractères dont on s'occupe aujourd'hui; mais — chose digne de remarque, — l'ordre, la classification et la nomenclature y sont quelquefois plus soignés que dans les publications subséquentes. J'insiste sur ces qualités qui tiennent au fond et à la forme. Il va sans dire que l'exactitude des ^descriptions et le mérite des associations spécifiques ou génériques admises sont ce qui a le plus d'importance; mais je ne pourrais en parler que si j'avais étudié à fond les mêmes familles, et d'ailleurs ici nous avons en vue l'art de décrire.
De Candolle (Augustin Pyramus). Astragaloçia. Un vol. in-folio, 218 pages et SO planches. Paris, 1802. — La première monographie détaillée d'un groupe de plusieurs genres. Le nombre des espèces découvertes depuis a augmenté énormément; mais l'ouvrage est consulté pour les anciennes espèces et comme base de la distinction des genres. L'ordre le meilleur pour une monographie y est déjà observé.
DuNAL. Monographie de la famille des Anonacées. Un vol. in-4°, 144 pages et 3S planches. Paris, 1817. — Dans ce travail, remarquable pour l'époque, l'auteur a suivi à peu près les méthodes de son maître, de Candolle, qui rédigeait alors le premier volume du Systema, Les herbiers consultés sont indiqués avec le même soin
que dans cet ouvrage, mais le signe ! n'y est pas encore, d'où Ton peut inférer que de CandoUe en a eu Tidée en 1818. Celui-ci aimait à se figurer les affinités des plantes comme l'avait exprimé Linné : « Plantse omnes utrinque affinitatem monstrant uti territorium in mappa geographica (1). » Dunal eut le mérite d'essayer une manière graphique plus compliquée, approchant mieux de l'extrême complication des rapports. La planche 1, dans laquelle les fruits des genres d'Anonacées"^ sont représentés unis par des attaches croisées et multiples, est la preuve d'un esprit ingénieux.
De Candolle (Aug. Pyr.). Systema^ etc., 1818, déjà mentionné (pages 70 et 102).
Pries (Elias). Systema mycologicum Fitngi. In-8°, 1821-1832. Travail complet pour l'époque, en latin, et disposé en bon ordre. Synonjmaie soignée.
De Candolle (Alphonse). Monographie des Campa^mlées. In-i**, viii-384 pages et 20 planches. Paris, 1830. — Distribution géographique, soit générale (p. 68-88), soit de chaque espèce, donnée avec plus de soin qu'on ne le faisait alors. Synonymie très complète, même pour les auteurs d'avant Linné. Caractères physiologiques nouveaux, comme la direction des boutons et des capsules, servant à distinguer des espèces. En jetant un coup d'oeil sur ce travail de ma jeunesse, je remarque plusieurs défauts de rédaction : 1^ Quelques variétés sont indiquées par une phrase ; il fallait aussi un nom. 2« Le latin se ressent de la platitude du collège. Peu à peu la lecture de Linné et autres auteurs m'a appris à supprimer les verbes et beaucoup de prépositions.
(1) J'ai les cartes manuscrites que mon père avait faites à cette époque pour représenter les affinités des familles. Il avait eu l'idée de disposer le jardin de Genève selon ces cartes, mais des obstacles matériels l'en ont empêché.
3*^ Les réflexions à la suite des descriptions d'espèces sont trop fréquentes. Il aurait mieux valu laisser le lecteur comparer les textes. 4® Dans la synonymie la citation de quelques ouvrages aurait dû être omise, parce qu'ils ne contiennent rien d'original sur l'espèce dont il s'agit.
Martius (C. FRro. Phil. de). Eistoria naiuralis Palmarum, 3 vol. in-folio, 24S planches. Munich, 1831-1850. — On peut hésiter à classer cet ouvrage de premier ordre dans les monographies développées , parce que les descriptions des espèces brésiliennes sont à peu près les seules données in extenso; mais la richesse des informations dépasse ce qu'on voit dans la plupart des monographies, comme aussi le nombre et la beauté des planches. Le plan (vol. I, Généralités; II, Description des espèces; III, Revue de toute la famille) n'est pas celui des monographies régulières. Dans le détail des descriptions, on trouve les qualités d'un botaniste de grand mérite. Tout est en latin. Style parfait, auquel je reprocherai seulement la création de termes peu intelligibles, qui ne sont pas restés dans la science (vol. III, p. 1S6 : Plantœ toxines, lophorrMzff, monosteîeches^ monohlastœ^ etc,). Le premier volume contient le célèbre Prolégomène de Mohl sur la structure des tiges de Monocotylédones, et beaucoup d'observations de Martius sur la germination, etc. Distribution géographique très bien exposée. Aucun botaniste ne doit négliger l'étude de cet ouvrage, mais il ne peut pas être donné comme un modèle à suivre pour une monographie.
Nées (Christ. Gotofr. von Esenbeck). Oenera et species Astereamm. In-8®, xiv-309 pages. Vratislaviae, 1832. — Consulté un trop petit nombre d'her-
biers. Peu de considérations générales. Descriptions bien rédigées. Caractères de genres quelquefois d'une longueur démesurée, avec leurs annotations (Aster, p. 16-24). Le mot Sectio employé à tort dans deux sens, par exemple, pour les divisions primaires des Aster inea et les divisions principales du genre Aster. Des divisions analogues de genres se trouvent marquées ailleurs par des lettres A, B (p. 186). Ce sont des détails négligés.
Bentham. Labiatarum gênera et species. In-S». Londres, 1832-1836. xii-783 pages, avec 2 tableaux. — Descriptions ordinairement moins étendues que dans les monographies précédentes, quelquefois réduites à une phrase, mais avec une synonymie soignée, reposant sur Texamen d'un grand nombre d'herbiers, qui sont cités. Difficultés surmontées dans la division de genres très nombreux en espèces (Hyptis). Voir les perfectionnements apportés par Fauteur dans son travail du ProdromuSj vol. XII, sur la même famille.
Chavannes (Ed.). Mono graphie des Antirrhinées. In-4'', vi-190 pages, avec 11 planches. Paris, 1833. — Travail bien fait, mais d'un groupe de 180 espèces seulement.
Nées (Christ. Gotofr. von Esenbeck). Systema Laurinarum. In-S®. viii-720 pages. Berolini, 1836. — Les personnes qui ont revu les Laurinées depuis ce travail et celui de Meissner, dans le Prodromus, vol. XV, sect. I, critiquent le fond. Il faut présumer que des difficultés particulières à la famille ont empêché de faire mieux. Quant à la rédaction de Nées, elle est en bons termes et dans de justes proportions, mais non sans quelques négligences. Les variétés ne sont pas toujours désignées par un nom (p. 513, 333, etc.). Les noms spécifiques anciens ne sont pas toujours conservés en passant dans un autre genre (p. 818, 330, etc.),
lorsqu'on pouvait et devait le faire. Pour une semblable famille, les explications données à la fin, sous le titre di Excursus ^ ne sont pas suffisantes.
Grisebach. Oenera et species Oentianacearum, In-8°. vin-363 pages. Stuttgart et Tubingen, 1839. — Généralités en latin, bien exposées, surtout la distribution géographique. Caractères de la famille mis au commencement des généralités et sans synonymie, contrjiirement à l'habitude. Loi de priorité moins respectée qu'elle ne Test maintenant (sect. Cyclostigma, nommée depuis longtemps Thyrophora, p. 259 et 260 ; sect. Amarella, nommée déjà Anthopogon, p. 238, etc.). Beaucoup de soin dans la distinction des formes de chaque espèce. Six ans plus tard, Fauteur a donné dans le volume IX du Prodromus une nouvelle revue de la famille, augmentée d'un tiers à la suite de Tinspection d'herbiers plus nombreux.
Agardh (J. C). Species, gênera et ordines Al g arum, 3 vol. in-8^ 1848-1876. — Tout en latin; synonymie soignée ; ordre régulier, sauf quelques désignations de subdivisions génériques. L'auteur indique bien ce qu'il a vu lui-même.
Spring. Monographie de la famille des Lycopodiacées, Un vol. in-4^ 3S8 pages. Bruxelles, 1842-1849. — Ouvrage très fini et basé sur les meilleurs principes de la méthode naturelle. Texte en latin et français. L'auteur a vu beaucoup d'échantillons authentiques. Localités clairement énumérées, avec indications fréquentes des herbiers dans lesquels sont les plantes. Sections de genres assez importantes pour qu'il eut mieux valu leur donner des noms substantifs au lieu d'adjectifs.
JussiEu (Adrien de). Monographie des Malpighiacées. In-4^. 368 pages, avec 23 planches. Paris, 1843. — Le
plus important et le plus développé des ouvrages descriptifs de l'auteur. Pour la première fois, dans une monographie de plusieurs centaines d'espèces, des caractères vus au microscope étaient employés et figurés (pi. 1-3). Les caractères de genres sont expliqués par des dessins très instructifs (pi. 4-22). Une carte, avec des détails ingénieux, exprime les affinités (pi. 23). Rédaction claire, méthodique et brève. Généralités (p. 17-181) intéressantes, mais vu leur étendue et la diversité des questions, elles auraient du être coupées en articles ou paragraphes.
KuTziNG (Fr. Trautg). Die kieselschaligen Bacïllarien oder Diatomeen. Un vol. in-4<^. 182 pages et 30 planches. Nordhausen, 1844. — Généralités en allemand; mélange regrettable de latin et d'allemand dans les descriptions. Par un renversement du sens ordinaire des mots, les tribus sont au-dessus des ordres et des familles. Il y a d'autres singularités : 1» Les tribus et ordres ne sont pas indiqués par un nom, mais par un adjectif se rapportant à un seul caractère, d'où il semble que les divisions seraient peu naturelles; 2'' les tribus, ordres et familles n'ont ni synonymie ni indication de nom d'auteur; 3° les noms de famille ne sont pas toujours tirés d'un genre, mais on voit, par exemple, Fam. XVIII, Angulatse. Comme ce groupe comprend un seul genre, Triceratium, il aurait dû s*appeler TriceratiesB. La collection dans laquelle l'auteur a vu chaque échantillon n'est pas indiquée. La nature des Diatomées a permis de décrire les fossiles en même temps que les espèces actuelles.
MiQUEL. Sysiema Piperacearum, In-S^. Fasc. 1 et 2. iv-578 pages. Rotterdam, 1843-1844. — Généralités peu développées. Rédaction régulière, méthodique.
L'auteur dit dans quel herbier il a vu les échantillons, ce qu'on néglige trop souvent, même dans des ouvrages plus modernes.
TuLASNE. Monographia Podostemaceamm. In-4®. 208 pages et 13 planches. Paris, 1852 (Archives du Muséum, vol. 6). — Monographie importante, malgré le petit nombre des espèces. Planches extrêmement belles et instructives, pour des formes bien exceptionnelles de Phanérogames. Exposition générale savante et développée, dans un latin classique plutôt que botanique. Descriptions détaillées. Noms de tribus, soustribus et sections quelquefois doubles (p. 60, AndrogynesB seuEupodostemeae, Aôhlamidatae seu Lacideae, etc.), ce qui est un embarras dans les citations et une création inutile de noms.
Vriese (H. de). Ooodenoviea, In-4». vin-194 pages, avec 38 planches. Haarlem, 1884. — Considérations générales insuffisantes. Synonymie très simple, vu la nouveauté de la famille.
Klotzsch. Begoniaceen-Gattungen und Arten. In-4'*. 135 pages et 12 planches. Berlin, 1885 (Abhandl. d. k., Acad. 1854). — Peu de considérations générales. Distribution géographique à peine indiquée. Description de ce qu'on pouvait trouver à Berlin, mais guère ailleurs, à ce point que onze ans plus tard mon travail sur les Bégoniacées pour le Prodromus a porté le nombre des espèces de 173 à 381, en donnant même au mot espèce un sens plus vaste. Divisions supérieures trop souvent basées sur un seul caractère. Descriptions de longueur inégale. Mélange de deux langues. Division du genre Bégonia, si naturel, en 34 genres ! J'ai reçu de nombreux remerciements pour avoir simplifié la nomenclature en rétablissant le genre primitif.
TuLASNE. Monographia Monimiacearum. In -4°, 27S-436 pages et 2S-34 pi. des Archives du Muséum, vol. VIII. Paris, 1855. — Une vingtaine de pages intéressantes d'observations générales. Descriptions détaillées. Inconvénient des doubles noms de tribus (p. 295), comme dans les Podostemacées. Ayant eu l'occasion de suivre les espèces une à une, pour la rédaction de l'article des Monimiacées du Prodromus^ je puis certifier l'exactitude parfaite des descriptions.
Weddell. Monographie des Urticées, In-4o. 592 pages et 20 planches. Paris, 1856 (Archives du Muséum vol. IX). — Beaucoup d'ordre et d'exactitude dans l'exposition des généralités et des détails. Planches très instructives. L'auteur a profité de matériB-ux encore plus riches pour son travail subséquent sur les Urticacées, dans le Prodromus^ vol. XVI, sect. i.
MÛLLER (Jean) (1). Monographie de la famille des Bésé-iacées, 239 pages et 10 planches. In-4°. Zurich, 1857.- — Une des monographies les plus régulières et les plus complètes qui existent. Bonne rédaction des généralités (en français), et des détails descriptifs (en latin). Recherches anatomiques, en particulier d'histologie. Planches très instructives. Synonymie développée. L'auteur a perfectionné encore son travail dans le ProdromuSy vol. XVI, sect. n, p. 548-589.
HiERis (W. P.). A Monograph of Ehenacem, In-4<>. 300 pages, un tableau et H planches. Cambridge, 1873 (Trans. of Cambr. phil. soc. vol. XII) — Tout en anglais, à l'exception des phrases spécifiques et du caractère de la famille. Les échantillons originaux ont été recherchés avec soin dans les principaux herbiers. Une
(1) MaUer, Ârçoviensis
Db Candollb, La Phylographie, ^
innovation heureuse est une table indiquant, pour chaque collection de plantes numérotées, le nom admis pour chaque numéro. La distribution géographique est donnée sous forme de listes. Un tableau de cercles concentriques représente certaines affinités. Gomme le nombre des espèces connues a augmenté depuis mon article du Prodromus (vol. VIII) de 1S9 à 262, il est naturel que les genres et sections aient subi des changements; mais les motifs donnés, pages 63-6S, auraient dû, ce me semble, être plus développés et une discussion préalable sur la valeur des caractères dans la famille aurait été avantageuse. Conformément à un usage trop fréquent en Angleterre, les noms de section ne sont accompagnés d'aucun synonyme, de sorte qu'on ne voit pas s'ils sont nouveaux ou anciens, ou si ce sont d'anciens genres réduits à l'état de sections. L'auteur a examiné les espèces fossiles et en donne le résumé — idée excellente, car un monographe arrive toujours à connaître les détails propres à une famille mieux que les paléontologistes les plus exercés.
De Candolle (Alph.). Smilaceœ. Dans Alph, et Casimir de Candolle^ Monographie Phanerogamarum. In-8«. Vol. I. Paris, 1878. — Voir le procédé employé dans cet article pour réduire la longueur des phrases spécifiques.
Masters (Maxwell). Restiaceœ. Ibidem, avec planches d'analyses.
De Candolle (Casimir). Meliacea, Ibidem, avec planches d'analyses.
Engler. Araceœ. Ibidem, vol. II.
Il ne m'appartient pas de juger cette série de monographies qui continue le Prodromus, sous une forme plus développée, souvent avec des généralités ou des
DESCRIPTIONS DE GROUPES DÉVELOP^ÉES 115
planches, et avec plus de latitude laissée aux auteurs. Je si^ale simplement son apparition.
De ce qui précède on peut conclure qMC si un auteur de monographie imitait, dans chacune de celles dont j*ai parlé, ce qui est bien, et évitait ce qui est médiocre ou mauvais, il ferait un excellent travail. Ce ne serait pourtant pas un travail parfait, ni même à ]a hauteur de la science. Evidemment il y a toujours, dans un moment quelconque, des idées ou des sujets de recherche qui ressortent de mémoires spéciaux et qu'il faudrait poursuivre dans l'étude d'un groupe. Les auteurs ne le savent pas à temps , ou bien ils n'ont pas été assez préparés par des études antérieures pour pouvoir s'en occuper.
La manière de travailler, quand il s'agit d'une monographie développée ou seulement abrégée, exige des conditions matérielles et des dispositions morales qui ne sont pas souvent réunies. On me permettra peutêtre d'énoncer sur ce point quelques idées puisque dès ma jeunesse j'ai vécu à côté de personnes qui s'occupaient de monographies, après quoi j'en ai fait moimême plusieurs. Je vais donc supposer un jeune botaniste désireux de faire un travail monographique, et qui s'adresse à moi pour savoir comment il doit s'y prendre.
Je lui dirai d'abord : une monographie conduit toujours à de bons résultats, mais lentement. Avez-vous des habitudes d'ordre et de la persévérance? S'il répond oui, je lui expliquerai qu'il faut avoir à sa disposition au moins un grand herbier et une grande bibliothèque botanique, et qu'il ne suffit pas d'avoir l'herbier dans un endroit et les livres dans un autre, car pour éviter des erreurs et beaucoup de perte de temps il faut pou-
voir comparer, avec une entière liberté, plusieurs ouvrages, — tantôt Fun, tantôt l'autre, — entre eux et avec les échantillons. Il ne s'agit pas d'aller demander humblement à des employés tel ou tel volume. Il faut pouvoir les choisir, les consulter, ou les garder pendant quelque temps, ce qui suppose une riche bibliothèque sous le même toit que l'herbier, avec la même administration, ou appartenant au même propriétaire. Cette réunion est rare. Elle n'existe peut-être pas dans plus de vingt ou vingt-cinq localités du monde. Tel grand pays civilisé n'en offre pas un seul exemple.
J'ajouterai qu'il faut être déjà un peu connu, ou avoir la recommandation d'un savant connu, pour obtenir qu'on vous confie des herbiers. Aujourd'hui bon nombre de musées et de particuliers prêtent des paquets sous la condition de nommer les échantillons. Cela même ne suffit pas complètement. Il faut encore pouvoir, à la fin de son travail, se déplacer pour vérifier certains synonymes ou autres détails dans des villes étrangères.
Si notre jeune botaniste n'est pas découragé par cet ensemble de conditions et de difficultés, je lui dirai : mettez-vous à l'œuvre et voici comment.
Abordez le genre ou la famille dont vous voulez vous occuper par le point qui vous paraîtra le plus facile. Ce sera probablement l'espèce ou les espèces que vous pouvez voir vivantes, ou celles dont l'organisation vous paraît la plus claire. Attaquez ainsi par deux ou trois côtés si vous voulez. Vos travaux partiels se rejoindront plus tard. Vous aurez à les revoir, parce que dans le début vous ne saurez pas bien ce qu'il faut chercher et comment on s'assure de tel ou tel caractère. Bientôt vous pourrez avancer plus régulièrement, d'espèce eu
espèce et de genre en genre. Ne quittez pas un point pour courir à un autre. Achevez, autant que possible, une rédaction, de manière à la retoucher seulement dans la suite. Cherchez les groupes naturels d'espèces dans leurs genres, et faites en peu à peu des groupes subordonnés, à titre de sections, paragraphes, etc., mais attendez-vous à devoir remanier ce point important lorsque vous connaîtrez mieux la valeur des caractères dans la famille. Une des plus graves difficultés est de savoir ce qu'on appellera section ou genre. Cela demande de longues réflexions et de nombreuses comparaisons entre les parties diverses de la famille ou même avec des familles voisines. Pour les genres, plus que pour les espèces, on doit hésiter avant d'innover, à cause du trouble que jettent les changements dans la nomenclature. Les grands botanistes ont proposé d'ordinaire des genres bien naturels, que le progrès de la science n'a pas fait abandonner, mais aussi les grands botanistes se sont donné la peine ,de comparer et de réfléchir. Aujourd'hui les genres qui existent à la surface de la terre sont presque tous connus. Il reste surtout à les mieux caractériser et les mieux subdiviser, selon les rapports multiples des espèces.
Ne négligez pas les occasions de voir les plantes vivantes. C'est le moyen d'étudier certains caractères qu'on distingue mal sur une plante sèche. Il y a aussi des faits de fécondation et d'évolution très importants, et des caractères accessoires de couleur, odeur, etc., qui ne se voient guère dans l'herbier. Ne vous figurez pas cependant qu'une description d'espèce faite sur la plante vivante vaille celle qu'on fait dans les herbiers. Ceux-ci montrent toutes les formes d'une espèce, au lieu de quelques-unes propres à un seul pays ou modi-
fiées par la culture dans les jardins. Ils les montrent en fleur et en fruit, simultanément, avec ce grand avantage qu'on peut toujours y revenir et vérifier. D'ailleurs, les procédés ordinaires de ramollissement des échantillons et de grossissement permettent de voir à peu près tout sur le sec — même des organes microscopiques, — et quand un organe est très juteux, on a quelquefois plus de peine à discerner certains détails sur le frais que sur le sec, par exemple, le point d'attache des ovules ou l'existence d'articulations dans les feuilles.
La comparaison des herbiets doit se faire espèce par espèce, et avec celle des planches ou descriptions d'auteurs. C'est un mauvais procédé de se fier à la mémoire pour noter des synonymes après la rédaction d'un genre ou à la fin de son travail. Il peut en résulter trop d'erreurs et l'on est exposé trop souvent à revenir sur ses pas pour lever des doutes. Une espèce — avec ses variétés qu'il faut distinguer soigneusement, — forme un ensemble dont il convient d'achever la description pendant qu'on a sous les yeux tous les éléments. Le travail avance ainsi, par espèces et petites associations d'espèces, autant que les matériaux le comportent.
Cela dure quelque temps, et l'auteur ne voit pas bien s'il réussit. Ses doutes l'inquiètent. Le sujet dont il s'occupe lui paraît vague et obscur. Mais, pai*venu à un certain degré, lorsqu'il rapproche ses descriptions et se met à réfléchir, la lumière se fait. Elle apparaît quelquefois tout à coup. C'est une grande jouissance. On a travaillé à la manière d'un maçon qui taille des pierres et les pose une à une, sans savoir quel sera l'ensemble ; voici le moment où l'on distingue l'édifice ! Il n'est pas achevé, mais on en saisit le plan
et l'aspect. Plus la découverte a été subite, plus on est transporté de joie, et plus on désire perfectionner son œuvre jusque dans les moindres détails.
Le dernier fini consiste à classer d'une manière irrévocable les espèces dans les divisions de leurs genres et les genres dans les tribus ou la famille. C'est le moment de rédiger des conspectus d'espèces ou de genres, et les phrases spécifiques, si l'on ne pense pas que les conspectus suffisent. Il y a des mots à retrancher çà et là dans les descriptions, à cause des titres communs à plusieurs espèces, et dans les caractères génériques, à cause de ceux de tribu ou de famille.
L'auteur a sans doute dressé pour son usage un index des noms d'espèces et des synonymes, et un autre pour les numéros de voyageurs cités dans son manuscrit. Le premier doit être coUationné avec Steudel, Nomenclator^ et autres catalogues ou index d'ouvrages, pour s'assurer que tous les noms spécifiques publiés se trouvent dans le manuscrit, à titre d'espèces ou de synonymes. On doit consulter auBsi Pritzel, Index iconum, pour noter les planches qu'on n'aurait pas encore vues, toute figure étant bonne à citer. Le moment est alors arrivé pour l'auteur de visiter tel ou tel des grands herbiers qu'il n'a pas vus, en choisissant ceux qui peuvent jeter le plus de lumière sur son travail. Ce qu'il ajoutera en voyage ne vaudra pas ce qu'il a fait tranquillement chez lui, au moyen de ses instruments ordinaires d'observation et avec la faculté de comparer à son aise une foule de documents. Néanmoins il pourra vérifier des synonymes et certains détails de formes sur des échantillons soit authentiques, soit meilleurs que ceux dont il disposait. Il pourra aussi ajouter des espèces nouvelles tirées des grands herbiers,
iaO PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
qui en renferment toujours, ainsi que des localités bonnes à mentionner. Ce travail, fait avec le manuscrit dont on se sert comme d'un livre, montre admirablement les défauts, qu'on est encore à temps de corriger presque tous.
Les généralités peuvent enfin être rédigées, et une fois faites l'ouvrage doit être publié le plus vite possible.
Ce sera un beau moment dans votre vie, dirai-je, en terminant, au jeune botaniste que j'ai supposé. Vous aurez achevé une œuvre de patience, d'observations innombrables, de méthode et de réflexion. Vous pourrez vous dire : j'en sais plus sur cette partie du règne végétal que les botanistes les plus célèbres. La science a profité de mon inexpérience, et mon inexpérience n'existe plus, car l'obligation de chercher toutes les formes d'un groupe, de les décrire dans tous leurs caractères, de les associer, de les différencier, de vérifier leur patrie, leurs noms et synonymes, de consulter tous les auteurs et beaucoup d'herbiers m'a élevé dans la hiérarchie des savants. Cette nécessité de tout voir, et de tout préciser en décrivant, m'a fait comprendre à quoi je suis propre et m'a ouvert des horizons nouveaux. Je suis lancé dans la carrière.
Presque tous ces avantages s'obtiennent au moyen de monographies moins étendues, ayant des descriptions moins développées que celles dont j'ai parlé. Le travail en est assez peu différent, car, dans une monographie abrégée, on est obligé de passer également en revue toutes les espèces, de les grouper et d'étudier le genre ou la famille. Cependant il arrive aisément dans ce cas qu'on néglige de poursuivre certaines difficultés, par exemple de comprendre les espèces mal décrites, de classer les synonymes douteux, de
mentionner des localités qui seraient importantes, etc. Un travail développé poursuivi jusqu'au bout est supérieur. C'est comme une statue polie ad unguem, selon l'expression des anciens.