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LE CHATEAU

Le château de Dompierre, dont les eaux de l'Authie venaient battre les murs il y a peu d'années encore, était fortement défendu par deux bras de rivière et des travaux avancés dont quelques fondations demeurent. Il appartint aux plus illustres maisons de Picardie : les Bailleul, les d’Auxi, les Rambures, les d’Argouges.

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Dompierre-sur-Authie. — Plan du Château.

Louis XI. ce roi voyageur qui sous prétexte de chasse et de pèlerinage parcourait la France sans trêve ni repos, s’arrêta au château de Dompierre en 1464. Il y hébergea les ambassadeurs d’Angleterre, qui durant deux nuits, furent « festés et honorés

au possible et raisonnable ». Ce séjour atteste qu'un château s’élevait à Dompierre avant la construction du château actuel, car celui-ci ne peut revendiquer l’honneur d’avoir accueilli dans ses murs le royal visiteur; l’étude archéologique du monument ne laisse aucun doute à cet égard.

En 1 55q, le duc de Vendôme avec l’avant-garde de l’armée royale avait établi son quartier général à Dompierre. A peine le prince s’est-il retiré que les Impériaux brûlent le village. Nouvel incendie de Dompierre en 1 63 5 , mais les Espagnols tentent vainement de prendre le château défendu par 3o soldats et 3oo paysans. Ils battent en retraite après avoir subi une perte de 3oo hommes (1).

Le monument se compose de deux parties bien distinctes d’âges différents. Contre une massive tour demi-circulaire en moellons blancs qui date du xvie siècle et qui se rattache encore, par son style, à l'architecture militaire du moyen âge, fut appliquée en 1627 une haute construction en pierre et en brique, aux jours nombreux, aux proportions élégantes.

La tour construite sur pilotis s’élève sur une base de grés empâtée. Des remblaiements modernes éloignant les eaux de l’Authie en ont masqué la partie inférieure. De grandes baies ouvertes, les unes à une époque récente, les autres lors de la restauration de 1627, ont altéré le caractère de la construction. Un large bandeau serti entre deux quarts de rond souligne le sol du chemin de ronde. Celui-ci faiblement défendu n’offre pas cette ceinture de mâchicoulis qu’on rencontre d’ordinaire, même au xvie siècle; toutefois de chaque côté, à la rencontre de la tour et du pavillon du xvii0 siècle, trois mâchicoulis s’avancent sur quatre assises de corbeaux qui se profilent en un méplat et un quart de rond. Un mâchicoulis couvert d’un glacis et reposant sur quatre consoles coupe le chemin de ronde au milieu de la partie circulaire de la tour. Cette disposition rappelle une disposition quelque peu analogue à la jolie tour en brique de la belle Gabrielle à Liancourt-Fosse (2), où les mâchicoulis s’espacent à intervalles réguliers et forment une couronne de petites logettes d'un aspect aussi pittoresque qu’inattendu. C’est la dernière transformation d’un élément architectural qui régnait depuis la fin du xmc siècle, et que les seigneurs, même en pleine Renaissance, alors que leurs châteaux avaient dépouillé tout appareil guerrier, conserveront longtemps encore, ainsi que les ponts-levis. Toutefois, l’abandon du mâchicoulis se fait pressentir déjà sous le règne de Louis XI. au château du Plessis-Bourré (3). Les chemins de ronde qui courent d’une tour à l’autre au sommet des courtines n'y révèlent leur présence par aucune saillie, et si de longues rainures obliques y prennent naissance, celles-ci, espacées de loin en loin, laissent peu de garantie aux combattants pour la défense efficace du pied des murs Aussi bien, cette innovation d'un architecte qui voulait rompre avec des habitudes séculaires n'est pas heureuse.

Sur le parapet crénelé, percé d’archères cruciformes, descendait, avant la restauration moderne, la toiture de la tour. Que ce chemin de ronde fût couvert à l’origine, rien d impossible, puisque dès le xve siècle, les chemins de ronde couverts sont d’un usage constant. Cependant, il n'est pas douteux qu'au xvne siècle, Charles de Rambures en restaurant la tour adopta un chemin de ronde découvert, car la présence des deux gargouilles rehaussées de ses armes qui traversent le pied du parapet ne s'expliquerait pas autrement. On peut donc regretter une toiture qui donnait à la

(i) R. DE Belleval, Les fiefs et les seigneuries du Ponthieu et du Vimeu. Paris, 1870, in-,)' . p. 107

(2 1 Canton de Roye, Arrondissement de Montdidier.

(3) Près d'Angers.

tour, telle que Taylor et Nodier Font reproduite dans leur ouvrage, une silhouette quelque peu romantique, mais on aurait mauvaise grâce de faire grief à l’aimable propriétaire actuel du château, M. Gustave Padieu, d’avoir adopté une restauration, qui reproduit un état certainement ancien, sinon primitif.

En 1627, date inscrite à la base du pavillon près de la porte d’entrée, Charles de Rambures entreprit de restaurer le château qui tombait en ruines, de l’accommoder à la mode du jour et de le transformer en rendez-vous de chasse. Une belle forêt, des marais giboyeux offraient aux seigneurs de Dompierre des ressources cynégétiques, que, fervents disciples de saint Hubert, ils auraient vainement cherché sur le plateau du Vimeu, à l’ombre des tours de Rambures. On s’imagine voir encore des barques amarrées au pied de la muraille, v attendant les chasseurs. Dans la cuisine, une porte, aujourd'hui murée, s’ouvrait à fleur d'eau.

DOMPIERRE - SUR-AUTHIE Une cheminée du Château

Par une anomalie qu’on ne s'explique guère, la partie du pavillon voisine de la tour est en moellons blancs. Le reste est en briques avec cordons de pierre. Des pierres également ornent les angles de la construction, l'encadrement des fenêtres et composent les élégants modillons de la corniche. Ceux-ci sont décorés les uns de volutes, les autres de C et d’R entrelacés.

L’intérieur du château, bien restauré par M. Padieu, n’est pas dépourvu d’élégance. Un large escalier à rampes droites remplit toute une partie du pavillon. Le propriétaire en a soigneusement conservé le style et s’est contenté de rougir les murs et de souligner par des joints blancs les assises de briques. L'escalier dessert chaque étage qu’occupent une grande salle et de petites chambres. Aucune de ces pièces n’est voûtée, sauf une chambre du deuxième étage dont la voûte de briques repose sur une croisée d'ogive en pierre. Des C entrelacés ornent la clef, et des godrons et des fruits rehaussent les quatre consoles engagées dans les angles.

Les cheminées d’une sobre élégance, les unes en briques, les autres en pierre qui meublent les grandes salles, ainsi que plusieurs chambres, valent à elles seules une visite à Dompierre. Il convient de signaler spécialement la cheminée en pierre de la grande salle du premier étage. Un cartouche couronné d’un casque empanaché contient au-dessus d'un cadre mouluré les armoiries de Rambures, d’or à trois fasces de gueules, entourées du double collier de Saint-Michel et du Saint-Esprit. De chaque côté, deux pilastres en forme de gaine, décorés d’une guirlande de fruits et de fleurs, soutiennent l’entablement Au-dessus de celui-ci un caisson arrondi relie la cheminée aux solives du plafond. Ce caisson porte une riche décoration composée d'entrelacs et de petits cartouches, dans lesquels se croisent des C et des R. Les deux jambages qui soutiennent le manteau de la cheminée décrivent une volute sur laquelle se détachent, à gauche le blason de Rambures, à droite celui de Rambures parti de Boulainvilliers, d'argent à trois fasces de gueules (i). Le brave Rambures, le glorieux combattant d’Ivry, d'Amiens et des Ponts-de-Cé, avait épousé le 14 décembre 1620 Renée de Boulainvilliers, comtesse de Courtenay.

Près de cette grande salle, M. Padieu fit récemment une curieuse trouvaille. Il pratiquait dans l’épaisseur du mur un percement destiné à agrandir un office, quand il découvrit tout à coup un petit réduit. C'était une prison, ainsi qu’en témoigne l'inscription suivante, soigneusement conservée :

du 3a octobre i5g4 bastien picarl a esté mi ç prisonier par capitainne.. ..

De chaque côté de l’inscription sont gravées au trait une échelle et une puisette (2).

Ph. des forts.

L'ÉGLISE

Cet édifice, assez intéressant, a été abominablement mutilé par une « restauration » toute récente. Malgré tout, il garde de beaux restes de l'époque flamboyante.

La façade Ouest accuse nettement la division en trois nefs. Le clocher en charpente, lourd et sans grâce, surmonte le bas-côté nord, dont la vaste fenêtre terminale est murée. Le portail, qui s’ouvre dans le pignon de la grande nef, est en

(1) Alias : fascé d'argent et de gueules de huit pièces.

(2) Non loin de cette intéressante forteresse, on voit un joli château Louis XV en briques et pierres, à un étage sur rez-de-chaussée; les deux façades sont semblables entre elles; au milieu se trouve une élégante avancée en hémicycle, qui n'a que deux fenêtres cintrées, au lieu de trois qu'on voit généralement sur les avant-corps de ce genre. On dit que ce château a été bâti par les Canteleu: une pierre des caves porte la date 1750. (Communication de M. R. Rodiére).

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