I.\ Xia vn.i.'-;. -- Cuve-rOservoir en plomb
deux dragons dont les queues sont entrelacées et les tètes affrontées. Sur un autre, deux lions boivent dans une même coupe. Le troisième présente deux colombes se désaltérant dans une ampoule. Quant au quatrième côté, appuyé contre le mur et. par conséquent, dérobé aux regards du visiteur, il porte trois oiseaux fantas-
2 Ci's coliinnrttr’^ ont rto rrlaitc'. de inômo cjuc le ptdonciil''.
tiques prenant leur essor. Tous trois ont le corps lisse, sauf le premier qui est orné d une collerette lormée de six rangées de plumes. Le dernier porte une queue de serpent repliée sur elle-même. Ces trois oiseaux sont pourvus d'oreilles.
On conserve, dans les fonts memes de La Neuville un intéressant vase cylindrique en plomb, ainsi que son couvercle. C'est une cuve-réservoir destinée à contenir 1 eau bénite qui servait à compléter l’immersion que l'on prenait dans une piscine, lorsque ce genre de baptême était encore en usage.
L abbé Corblet (i) dit que les vases de cette sorte furent employés du iv* au ix*^ siècle, et qti il dut en exister dans les catacombes. Sans faire remonter celui-ci à une aussi haute antiquité et bien qu'il soit difficile de fixer son âge, nous le croyons pourtant extrêmement vénérable et d'une grande rareté.
Il eut été désirable de joindre à cette notice quelques mots sur l'histoire du monument qui en fait l'objet ; mais les documents nous font tout-à-fait défaut.
La Neuville forme un faubourg de Corbie et fait partie de cette commune.
Jadis, la paroisse dépendait du doyenné de Mailly, mais la présentation en appartenait à l'abbé de Corbie.
L église, sous le vocable de l'Assomption a été desservie par un vicaire de Corbie depuis le Concordat jusqu'à l'année 1860. Alors, elle fut érigée en succursale.
CHATEAU DE HÉNENCOURT
Le village de Henencourt, dont le nom fut si noblement porté par l’un des plus illustres chanoines de l'Eglise d'Amiens, doit nécessairement être mentionné dans un recueil destiné à rassembler toutes les gloires historiques et monumentales de la Picardie.
Le vaste château qu'on y remarque est presque entièrement construit en briques avec encadrements de pierres autour des fenêtres. Il date du xvu' siècle et ne mériterait guère un long examen, si, vers la tin du siècle suivant, il n'avait reçu une décoration qui lui donne un aspect assez imposant.
La façade principale de cette seigneuriale demeure est exposée au Midi. Elle comprend un corps-de-logis élevé d’un seul étage au-dessus du rez-de-chaussée, avec des ailes faisant retour à angles droits, de manière à enserrer une cour d'honneur. Deux importantes constructions de même style, surmontées de frontons triangulaires à leurs extrémités, s’élèvent de part et d'autre, en dehors du prolongement des ailes, mais parallèlement à leur axe, pour former une seconde cour, plus spacieuse que la première. Le long de la voie publique, cette seconde cour est close par des sauts-de-loup disposés en demi-cercles, et par une grille monumentale à trois portes, que séparent et soutiennent quatre pilastres sommés d'urnes en pierre. Grilles et pilastres proviennent de l'admirable château d'Heilly, dont on regrette à bon droit la démolition. La grille, en fer forgé, serait, dit-on, l'œuvre du célèbre Vivarais, auteur des magnifiques clôtures que nous admirons à la cathédrale d'Amiens, et de celles de l'église abbatiale de Corbie, aujourd'hui détruites.
1' V. CnrbE t. Ilisioirc dit Siiircnicni ilc Biiptîntc. l. II. p. 97.
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Süus Louis XVI, le château de Hcnencourt fui décoré, si nous en croyons Goze II), par l'architecte Sénéchal, de Corbie. Cet artiste couronna les murailles d'une corniche denticiilée. De plus, il appliqua au centre de la face méridionale un péristyle de six colonnes ioniques qui supportent un vaste fronton jadis orné d'armoiries et d'attributs guerriers, mutilés par les iconoclastes révolutionnaires (2).
CiiATEAu DE Hknencourt. — Pavillon de la façade nord.
Toutes les adjonctions du xviiL siècle sont en pierres et ne manquent point de caractère, malgré leur style un peu froid.
Au Nord, devant un beau parc à la française reconstitué d'après un ancien plan, s'élève une façade au milieu de laquelle fait saillie un pavillon semi-circulaire fort élégant. Son rez-de-chaussée reçoit le jour de deux fenêtres cintrées. Entre
(1) ChStean de Hcnencourt, dans la collection des Eglises, Châteaux, Beffrois et Hdtels-de-Villc de la Picardie et de l'Artois.
elles une porte semblable domine un perron assez élevé. L’étage est éclairé par trois baies rectangulaires. Celle du milieu est décorée d’un fronton où l’on voit un aigle tenant la foudre entre ses serres. Les autres sont surmontées de panneaux en pierre, où se déploient des guirlandes de fleurs. Le tout est fort habilement sculpté. Devant les lenétres de l'étage court une balustrade interrompue par deux belles colonnes corinthiennes. Leurs chapiteaux supportent un riche entablement couronné d'un attique cannelé. L’cdihce s'abrite sous une coupole surbaissée en charpente recouverte d’ardoises.
A 1 intérieur du château, signalons un joli salon de forme ovale, orné de boiseries et d une corniche en bois sculpté. Signalons encore le prétoire du bailli, conservé dans son état primitif. On y remarque le siège du magistrat, bizarrement disposé dans l'angle de la pièce le plus rapproché de la porte qui conduit à la salle des archives (i). Celle-ci est voûtée en briques avec arêtes de pierres, ornées d'une rosace à leur intersection.
Nous regrettons que le cadre de cette notice ne nous permette point de nous arrêter au mobilier. Nous aurions aimé à signaler les innombrables objets d'art, les précieux souvenirs de famille qui sont conservés à Hénencourt, et parmi lesquels on remarque plusieurs couleuvrines provenant du château d'Heilly (2).
Le château d'Hénencourt, nous l’avons déjà dit, appartient au milieu du xvii'^ siècle. Sa construction ne fut entreprise, sans doute, qu'après le siège de Corbie (i636). Toutefois, les vastes jardins qui l'entouraient jadis étaient déjà plantés à cette époque, car ils furent complètement saccagés par les belligérants (3).
Avant le château actuel, Hénencourt en possédait un autre, sur l’emplacement duquel s’élève actuellement un groupe de maisons.
Primitivement englobé dans le comté de Corbie, Hénencourt relevait au XVI* siècle de la châtellenie d'Lncre, et plus lard du château de Daours. Quant au domaine utile il appartint originairement à la famille qui en porta le nom, et que plusieurs généalogistes considèrent comme issue de la maison de Mailly. Ln mourant, le vénérable chanoine dont nous avons évoqué le souvenir au début de cette notice, légua sa terre à Jacqueline, l'une de ses sœurs, épouse de Antoine de Lamet, dont l'illustre famille était issue des sires de Neuville-Vitasse en Artois. Antoine commença dès lors à joindre à son nom celui de Hénencourt. Plus tard, ses descendants, abrégeant le mot, se contentèrent d'en retenir l'Initiale h qui, rattachée au premier nom patronymique, forma l’orthographe actuelle : Lameth.
L’église de Hénencourt, monument moderne sans intérêt, possède une chapelle seigneuriale où se remarquent deux bas-reliefs du xvi*^ siècle qui décoraient jadis les tombes de deux membres de la famille de Lameth au cimetière Saint-Denis d’Amiens.
Hector JOSSE.
(i) Ce siège fait corps avec les boiseries qui entourent le prétoire.
{2] -Voir O. de Poli : La fâte patriotique Je la commune de Hénencourt. i vol. in-S”. Albert. J. de Hrcda, iinp. 1 898, p. 17.
(3) D'après Goze, ils avaient été tracés par Jean do Lameth, de 1626 à 1627 [Ms. du docteur Go\c^.