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ÉGLISE SAINT-LEU

surmonte les fonts baptismaux (ij mérite d'attirer l'attention par la disposition de ses compartiments; les panneaux de la devanture d'appui, style renaissance, ne sont point sans valeur ; nous parlerons plus loin de la partie centrale et de l'orgue actuel {2).

A l'entrée du chœur s'élevait jadis un jubé qui fut détruit au xvib siècle ; il était en pierre, et quelques-uns de ses fragments servirent, dit-on, à restaurer le le portail principal, à l'extérieur.

Contre chacun des piliers de la nef étaient adossées des statues de saints représentant les patrons des corporations et confréries qui célébraient leur fête à la paroisse. On les enlc^■a successivement à partir de l'année 1762, sous prétexte quelles encombraient l'église et pouvaient nuire à sa solidité; le 26 décembre 1765, une délibération du Conseil de fabrique autorisait le curé à vendre ces vénérables images qui n avaient point été retirées de l'église sans que de justes protestations, dont quelques-unes se traduisirent par des vers .satiriques, ne s'élevassent contre cette spoliation. Le 4 juin 1769, les marguilliers décidèrent d'enlever une dernière statue qui était restée en place, un Ecce Jiomo. Le prétexte invoqué était le poids énorme de cette statue qui fatiguait, disait-on, le pilier contre lequel elle était appuyée ; elle fut placée à l’entrée du bas-côté méridional, à droite, contre la

muraille voisine du portail latéral, sous le clocher. Nous pensons que c'est la

même statue qui se trouve encore en cet endroit ; elle y a été replacée il y a

quelques années, après avoir orné, pendant assez longtemps, la niche centrale du retable de 1 autel qui termine le bas-côté méridional. Cet Jicce homo paraît dater du xv^^’ siècle : il rappelle celui qui figure à la Cathédrale sur le mausolée de

Pierre de Hurry. I.a statue du Christ est en bois polychromé ; elle est de grandeur naturelle ; l'anatomie est assez bien traitée, mais avec un peu de l exagération réaliste qui caractérisait les sculptures de cette époque ; l'e.xprcssion douloureuse de la ligure de Jésus est remarquable ; l'ensemble de cette sculpture est loin d'être dépourvu de mérite.

Sur les trumeaux qui séparent les fenêtres, il y avait autrefois treize tableaux avec cadres sculptés : il y a encore aujourd'hui des peintures sur toile encadrées placées aux memes endroits, mais nous croyons que la plupart, sinon toutes, ne taisaient point partie de 1 ancienne collection. Du reste, à l'exception d'une Vierge entourée d'anges musiciens, adossée au mur de la nef latérale du midi, au bas de 1 église, et qui est vraiment une œuvre remarquable, presque tous ces tableaux sont de valeur médiocre : citons seulement, comme s’élevant au-dessus du niveau des autres compositions, une Sainte Philomùnc^ du peintre amiénois Fusilier.

iii Les r<inls baptiMiiaiix sont en marbre rouge et n'ont rien d’artistique, mais un souvenir d'un grand prix au.x yeux des pieux tîdoies sc rattache à ce baptistère ; c'est là c|ue, le .4 juin 1S18, reçut le sacrement qui fait les clirétions, un enfant de la panasse, né le 16 mars précédent, aiuiucl étaient réservés la palme et 1 auré<tle du martyre, Antoine Daveluy. plus tard missionnaire, évêque d'Acônes in partibus, mis à mort en haine d(i la foi par les païens do Corée, le 30 mars 1866, jour du Vendredi-Saint.

(21 te fragment de tribune et l’escalier cfui y donne accès nous ont paru assez remarquables pour mériter d être reproduits par le dessin dans cet ouvrage. Le plafond aux compartiments délicatement sculptés n’est point du même style que les cokmnettes qui le siqsportent ; les panneaux de la balustrade d’appui diffèrent aussi de ces colonnes c|ui, selon nous, n’ont point été faites pour leur destination actuelle, et pmvicnnent peut-être soit de l’ancien jubé, soit de l’un des autels latéraux ; il est à remarquer aussi que le plafond n’est pas en proportion avec ses supptirts ; tout cela indique bien que cette partie de tribune n'est plus à sa place primitive : n aurait-elle point été d’abord établie au-dessus du portail principal pour servir à Contenir un buffet d’orgues? — Cette hypothèse ne nous parait pas invraisemblable. En tous cas nous ne croyons pas devoir nous ranger à l'avis de notre savant et estimé collègue, M. Pinsard. ciui pense que cette oeuvre de menuiserie aurait été faite uniquement et spécialement pour servir de baldaquin aux fonts baptismaux.

I.cs murailles de l'église sont depuis longtemps lambrissées, mais les panneaux insigniliants qui couvrent aujourd'hui les murs ne sont plus ceux qti a vus Pagès, et qui, d'après le vieux chroniqueur amiénois, étaient ornés de belles sculptures. Rien à dire non plus des confessionnaux modernes, placés dans les bas-côtés : vulgaires ouvrages de menuiserie, ils sont tout-à-fait dépourvus de mérite artistique. Des chaises ont remplacé les bancs de bois « d un beau travail cl rangés avec ordre » qu’admirait aussi Pagès dans la nef de Saint-Leu (n.

Les anciennes descriptions mentionnent encore de belles grilles en ter forgé et doré qui fermaient le chœur et les chapelles : on leur a substitué des clôtures beaucoup plus simples et sans caractère ; à l'entrée des chapelles, il n'y a que des balustrades en bois.

Les deux chapelles qui terminent les nefs latérales, à droite et à gauche du chœur, étaient dédiées, celle du midi à saint Sébastien, celle du côté du nord a Notre-Dame des vSept Douleurs. La première est aujourd'hui consacrée au Sacré- Cœur de .lésus, et la seconde à la Sainte ^'ierge, sans dénomination particulière. Les anciens retables de ces deux autels étaient ornés de bas-reliefs représentant diherentes scènes de la Passion ; ils furent enlevés au xvno' siècle : le D'' Go/.e dit en avoir vu quelques débris dans plusieurs maisons de la paroisse (2). Derrière chacun des retables, il y avait une fenêtre ouverte dans la muraille terminant les nefs latérales : ces fenêtres sont depuis longtemps murées et l'on a dissimulé l'obliquité des pignons en établissant des refends contre lesquels s'appuient les autels modernes, qui sont posés d'équerre avec les degrés donnant accès aux chapelles.

Les deux autels sont en menuiserie et conçus dans ce style banal d il y a une soixantaine d'années, dont on rencontre malheureusement trop de specimens dans nos églises. Les retables consistent en colonnes supportant un tronton ; au centre, une niche abrite une statue ; deux autres statues reposant sur des socles sont placés à droite et à gauche des autels. La statue de la \’ierge (côté nord) parait ancienne et n'est point sans mérite, lêlle est accompagnée d'un saint Joseph, insigniliant, et d'un saint Vincent-de-Paul, dont la tête est fort belle (3). Dans la chapelle de la Vierge, du côté de l’épitre, une petite porte donne accès dans la sacristie, qui a encore une autre issue dans le sanctuaire.

La statue centrale de l'autel du Sacré-Ch.etir est moderne : elle ne s'élève point au-dessus du niveau des figures que l'on rencontre partout dans les magasins d'imagerie religieuse. Les deux statues latérales représentent Lune saint Louis Ipeti remarquable), l'autre sainte Llisabeih de Hongrie, qui mérite d'arrêter l'attention. Les retables et les autels des deux chapelles, peints en couleur de chêne

111 Kti 1835 et en 183b nnt (•té posés les lambris dans la nef; ils ont été faits par Darras, menuisier en face Saint-I.eu. Ils ont coûté 1800 francs pour la menuiserie, plus 130 francs pour sculpture et serrurerie;

les piliers du chœur furent aussi recouverts, à cette époqur, de boiseries que l'on a eu depuis le bon esprit

de faire disparaitre. — Communication de M. l'abbc Mulot, curc-doven de Saint-Leu, d’après d'anciens registres de la Fabrique.

I2| Goze, Histoire des Rues d'.Amiens, t. p. 7.

131 Ce saint Vincent de Paul ne serait-il point du sculpteur Phaff, baron de Phaffenboffen, autrichien

qui vint se fixer à .Xbbcvillc ? M. Janvier, dans une notice consacrée à Jaccpies Sellier, architecte et

premier directeur de l'École des Beaux-Arts de la ville d’Amiens, dit (|ue cet homme de goût signalait A l'admiration des conn.iisscurs un saint Vincent de Paul destiné à l'église du si'minaire d'Amiens. Nous avons {[uelques raiscjns de croire que la statue qui se tr<iuve actuellement à Saint-I.eu pourrait bien être l'œuvre de Phafl'. — Voir Bulletin de la Soc. des Ant. de Picardie, t. XII, p. 310.

foncé, sont rehaussés d'ornements dorés (ii. Dans la chapelle de la \’iergc, la petite grille qui «ert d'appui de communion porte au centre une inscription

rappelant qu'elle a été donnée par Pécry père en l'an V : ce personnage ligure

au nombre des fabricieiis qui s'occupaient de l’administration temporelle de la

paroisse sous le clergé constitutionnel.

De chœur est garni de vingt stalles en bois sculpté : les douze qui sont plus rapprochées de l'autel paraissent avoir été mises en place depuis plus longtemps que les huit autres formant hémicycle du côté de la nef, à l'entrée principale. Il résulte en effet, des comptes de la Fabrique (délibération du 27 janvier 17971 que ces dernières n'auraient été ajoutées qu'à la fin de la Révolution : elles proviennent, dit-on, de l'église supprimée de Saint-Sulpice. L'appui des stalles, vers le sanctuaire, stipporte de chaque côté, près des portes latérales, un lion en bois

sculpté tenant entre ses griff’es un écusson vide.

Le sanctuaire est compris dans la travée plus étroite qui termine l'église en avant de l'abside : il est élevé sur deux degrés et fermé par un appui de communion en fer forgé, style Louis XV (lySo) d’un dessin assez gracieux. L'ancien maître-autel, au dire de Pagès, « étoit fait de bois doré, d'un assez beau

travail . au-dessus, la voûte était ornée d'un grand ouvrage de sculpture, fait en

quarré oblong par le bas, dont l'intérieur, terminé en portion de cercle, fut peint par M. Hergosse, peintre flainand, demeurant depuis plusieurs années dans cette ville, lorsqu'il fut marguillier de cette paroisse en 1689. Il y a représenté une gloire ou le paradis conformément à l'idée du tableau que saint Jean en a tracé dans son Apocalyse. Les figures des bienheureux, peintes de grandeur naturelle, sont dans des attitudes convenables à l'état dont ils jouissent dans le céleste séjour. » (2).

Cette décoration avait probablement souffert des outrages du temps, ou bien elle paraissait démodée au xviiF siècle, car le 20 mars 1764, la Fabrique décidait en principe la reconstruction du Maître-Autel, reconstruction qui ne fut cff'ccluée que longtemps après. Le i5 juin 1775, les niarguiiliers adoptaient un plan et un devis présentés par les sieurs Carpentier, sculpteur, et Dailly, menuisier. La dépense prévue devait s'élever à 4,000 livres. Fn 1779, le nouveau maître-autel était terminé mais le règlement des comptes donna lieu à de longs débats entre les marguilliers d'une part et les sieurs Carpentier et Dailly de l'autre : ceux-ci réclamaient 6,202 livres ; un procès soutenu par la Fabrique, se termina par une transaction.

On avait dès lors dissimulé l'irrégularité du fond de l'abside en construisant une cloison en charpente qui masquait la fenêtre du fond et laissait libre un réduit servant de débarras.

Le maître-autel actuel est élevé sur cinq degrés assez étroits : il est en bois : son style indique la fin du xvuf siècle : c'est probablement encore celui de Carpentier et Dailly. Au centre, un tabernacle très grand, en forme de temple grec avec colonnes corinthiennes a été ajouté postérieurement ; le gradin supporte douze chandeliers dorés : ils ont été offerts en présent en i836, ainsi que les deux lampes dorées du sanctuaire, qui ont été données par les \-icaires de la paroisse.

Le fond du sanctuaire est occupé par une gloire, inspirée par celle de la

(1) Ils ont (Hé dorés rn décembre 1R28. par Pipant, décorateur à Amiens, et restaurés depuis cette époque {Commiiin'catïou Je M. .1. Dubois).

(2) Pa.qès, éd. L. l^ouchet. t. I", p. 93.

(>iUhcdra]c, mais qui est loin d'avoir le mérite de son modèle : elle porte la signature des frères Duthoit. sculpteurs, et date de l'année 1828 (i). Au centre, une ouverture ovale est garnie d'un -sitrail représentant une croix radiée : ce vitrail est éclairé par la partie supérieure de la fenêtre de l'abside, qui ne laisse passer qu un jour affaibli. Une banderolle, flottant sur les nuages, porte cette inscription lu hoc siguo rinces. Deux grands anges paraissent suspendus dans l'espace et regardent la croix ; d'autres anges plus petits sont disséminés parmi les nuages et les rayons. I.a sculpture manque un peu de relief et les attitudes des personnages ont une certaine raideur.

A chacune des extrémités des gradins de l'autel, deux piédestaux supportent l'un et l'autre une statue en pierre de grandeur naturelle. Du côté de l'évangile, on voit une \’iergc debout, les mains jointes et les yeux baissés, dans l'attitude du recueillement et de l'adoration ; l'expression du visage est fort belle et cette sculpture est une œuvre des plus remarquables : nous croyons qu'elle a du faire partie d'un groupe de l’Annonciation. La statue qui lui fait pendant du côté de l'épître représente un évêque en chasuble, la tête nue : elle passe pour représenter le saint patron de la paroisse, mais nous pensons, d'après les traits du visage, que cette image est celle de saint Augustin ; l'appellation a été changée quand la statue a été posée dans un emplacement qui n'est pas celui auquel elle était destiné. Ces statues, de même que le saint ,lcan-Baptiste et le saint Michel en bois blanchi placés dans le sanctuaire en avant des degrés de l'autel proviennent en cil’et de l'ancien couvent des Célestins, et n'ont été apportées à Saint-Leu qu'après la Révolution. Un Saint Firminde-Confesseur et un Saint Pierre qui accompagnèrent pendant assez longtemps l'autel de la petite paroisse i\ la (Luhédrale, furent aussi placées durant quelques années à l'entrée du sanctuaire de Saint-Leu; mais leur taille était disproporiionn^ie avec celles des autres figures, leurs A’oisines ; c'est pourquoi on les a enlevées, et nous ne savons ce qu'elles sont devenues (2).

Sur les écoinçons du tond de l'abside sont deux grands tableaux très médiocres

III Le n mai 1828. la proces^^imi des Kogations a eu lieu à Saint-Kemy au lieu de Saint-Leu à cause

do réparations d'erabellissement au-dedans de cette église. -- Communication Je M. .1. Dubois.

i2) Les deux .statues de saint l*'irmin-lc-C"nfess(ur et de saini Pierre, sont l’œuvre du sculpteur Nîorg.in

d Amiens, élève du baron de Pfaffenhofîen, artiste <|ui jouit au xviti' siècle d'une certaine célébrité. Kllcs avaient

été transférées a la Cathédrale après la Révolution, et provenaient de la C<illégiale de Saint-Firmin-le- Confesseur.

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e/r Satni .Leti

ei en assez mauvais état : ils représenient Tun, Zacharie déclarant que le nom de Jean doit être donné à son lils ; l’autre, saint Leu donnant le voile monastique à sainte Colombe.

Les carrelages du chœur et du sanctuaire n'ont rien d'artistique ; ils datent de i836. Ln iS38, sur la demande de M. le cure Gaudissart, la Ville accorda une subvention de 5, 800 francs pour la réfection du pavage dans le reste de l'église ; ce dallage est également insigniliant au point de vue de l'art.

La chaire à prêcher est adossée contre le premier pilier de la nel, à gauche, en descendant du chœur ; œuvre du xviii" siècle, elle provient de l'abbaye de Saiiit-Jean-des-Prcmontrés ; les deux panneaux latéraux de la tribune sont ornés de statuettes de saints, rapportées d'ailleurs et qui n'ont point de valeur. Cette chaire en remplace une autre, laquelle, au dire de Pagès, était toute dorée et d'un beau travail.

Au-dessus du portail principal, le buü'et d'orgues occupe toute la largeur de la nef centrale ; il est placé dans une vaste tribune qui emplit toute la première travée de la nef et se prolonge même au-dessus de l’entrée des deux bas-cbtés. Nous avons déjà parlé des jolis panneaux qui décorent la devanture de la tribune au-dessus des fonts baptismaux et de l'élégant escalier en spirale qui, seul, donnait jadis accès au grand orgue.

Cet escalier a été reproduit du côté opposé, près du portail méridional, mais les panneaux ajourés de l’œuvre moderne sont en fonte, et non en bois sculpté.

L'existence d'un grand orgue à l’église Saint-Leu remonte déjà fort loin : de nombreux passages des anciens registres de la fabrique en font foi ; bornons-nous aux faits se rapportant au xviip siècle. Le 16 mai 1747,

Jacques-François Grossier fut nommé organiste pour remplacer feu Rumeau. En 1730, statue (/>> maitr-e

l’orgue de Saint-Leu subit une restauration Samt-Leu

complète. Le facteur qui fut chargé de ce travail était Charles Dallery demeurant à

Amiens sur la chaussée Saint-Pierre, paroisse Saint-Sulpice. Il appartenait à une famille dont les membres, depuis deux siècles, s'étaient distingués dans la lacture de l'orgue (i). La restauration était complètement terminée le 17 mai 1751, jour

(i) Le nüin de Charles Dallery n'allait point tarder à acquérir un autre ffenre de célébrité : le 4 septembre 1754, Charles Dallerv présentait au baptême, dans l’église Saint-Sulpice, un fils né le même jour, et qui reçut les prénoms de Thomas-Charles-Auguste. Charles Dallery- succéda k son père dans la profession de facteur d'orgue et l’e.xcrça jusqu'au commencement de la Révolution : il construisit plusieurs orgues à Amiens, notamment celui de Saint-Firmin-le-Confesseur. ejui lors de la démolition de cette église, fut transporté dans l'une des cliapelle.s latérales du chœur de la Cathédrale, et servit jusqu'en 1850 pour les offices de

auquel eut lieu la réception oÜicielle du travail de Dallcry. D'autres restaurations lurent faites depuis la Révolution et les curés de Saint-Leu ont toujours tenu à avoir dans leur église un instrument digne de contribuer à la majesté de 1 office divin.

Ln i835, la fabrique dépensa 3,400 francs pour le jeu d orgues et ses accessoires; en 1S39, l'orgue fut renouvelé par le P. Bonaventure et les religieux de l'abbaye de \’alloires : ce travail coûta i3.ooo francs. Une dernière et très

importante restauration, effectuée en oSyS, a fait de l'orgue de Saint-Leu 1 un des plus beaux instruments de ce genre que possède actuellement la ville d’Amiens (i).

L'intérieur de l'église a été restauré vers le milieu de ce siècle, entre les années i85o et 1S54. grâce au xèle du curé de la paroisse, M. l'abbé (îaudissart

qui sut non-seulement obtenir des subventions de la Municipalité et des dons de ses plus riches paroissiens, mais contribua de ses propres deniers à rehausser l'éclat de la maison de Dieu. C'est alors que les voûtes des trois nefs, recouvertes de platras et de paillis d'un eÜ'et disgracieux, furent peintes en couleur de chêne

de manière à simuler le robage de menuiserie qui les garnissait autrefois. Sur la

voûte du chœur, on peignit, en imitation de bas-reliefs, les figures des douze apfitres ; les entraits et poinçons reprirent la teinte naturelle du bois. A la travée qui précède l'abside, on supprima le poinçon pour donner plus de dégagement au fond de l'église, et on employa une gracieuse combinaison de charpente qui rappelle la disposition de la voûte en bois de la grande salle de Westminster. Ces travaux ont été exécutés par M. Ledieu, menuisier à Amiens. La peinture est dûe aux artistes de l'atelier de M. .Mallart.

I.cs tableaux des stations du Chemin de la Croix, placés dans les bas-côtés, imitent la sculpture ; leurs encadrements sont conçus dans le style de l'édilice ; ces tableaux ont été également obtenus par M. le curé (jaudissart qui, le jour de la d'(Hissaint de l'année 1847, inauguré dans son église l'éclairage au gaz ; depuis

i833, des lustres à pendeloques de verre étaient suspendus aux voûtes.

Saint-Leu possédait autrefois une collection de tapisseries servant à la décoration de 1 église les jours de fête. Nous ne savons de quelle époque dataient ces

petite -snlennitè. I-’ortiuc do Snint-l’icrre de Mnnldidier fut uussi son œuvre. A la veille de la Révolutinn.

n.dli'ry all.-iit renmivrlc-r le L^raïul ■ir.e'-!''- de I.a Cathédrale; le devis s’élevait à .-{on.oïKt livres, somme énorme

pour l'époiiuc : mais Ir jour mémo où !<• C'ha])itr<- venait il'acceptcr le traité, le séquestre était mis par 1 l'.t.u sur les hieii'' di- i.i Cathédral'-, et h--.; i-hoses en restèrent l.'i. Le nom seul de Uallerv. jjravé avec la pointe d (in couteau sur la Itoiv.-i-je inii-rieure du bulfet. atteste encore le passasse du facteur amiénnis dans le yrand ni-eiii* de Notre- 1 laine d’.Vmi'-ns. .Mais Dallery devait cnn(|uérir un autre srenre d’illustration ; c'est à lui, en effet, <|Ue n-vii-iit l'hunneur d'av'iir invi-iile l'hélice navale, et appliqué la chaudière tubulaire à la locomotion. — V. Hii'qrafihie de M. Cli. Dallery. par M. .V. (iabriel Rembault. — Amiens, typ. A. Canm, s. d.

I l/orttue de .Sainl-I.eii r".i un jjrand huit pieds en montre à trois claviers à main et un pédalier. Les jcu\ ^Mnl au nomlire de treiite-s<'[>t. C-i in-'trunieiu a été- restauré et augmenté plusieurs fois, les ressources de la l-'ahriciue ne permett.mt un tr.ivail d‘un seul jet. Un plan a été conyti par l’organiste, M. Domnnt. alin d'obtenir en plu^i(.■urs reprises le résultat impossible à atteindre d’un seul coup. En i>^75, grâce à

l’initiative de M. le curé- Mulot, une première transformation fut confiée à M. Ucldine, facteur d’<irgues à

Amiens, i|ui venait de restaurer l'orguo de Saint-Remy. Le mécanisme fut refait ; le nombre des jeux porté .57* l’orgue mis en ut, diapason normal. Ce travail n'a pas donné toute la satisfaction attendue; néanmoins un grand pas avait été fait vers le but. et l'inauguratiou eut lieu le 19 décembre iH;5. MM. A, («uilmanl, org;miste de P.tris, 0. Desainl. violoniste, et l'Harmonie d'Amiens prêtèrent leur concours à cette solennité. En 1SS2, la m;iison Van Bever frères rectifia h* mécanisme. Plus tard, à trois reprises différentes, rharmonie des jeux fut rétablie, clavier pur clavier, en commençant par le Récit ; puis successivement, touj'Hirs suivant les fonds disponibles, par le Positif <-t le grand Orgue. (Nous devons ces renseignements à l'obligeance de M. Domont, qui depuis de nombreuses années remplit avec un remarquable talent les h.nctions d’organiste de la paroisse Saint-Leu).

tapisseiies, mais le iS juin 176^, après délibération en conseil, les marguilHers

décidèrent de les mettre en vente « pourvu que le prix s'élevât à la somme de

5oo livres, qui sera employée à la reconstruction de la chaire. » (i).

Le 'l'résor de l'église Saint-Leu ne paraît pas avoir jamais été très riche,

néanmoins, le 27 février 1760, il fallut, sur la demande de Monseigneur l'Évêque, et en vue de satisfaire a 1 ordonnance par laquelle le roi réclamait des secours afin de subvenir aux trais de la guerre et aux besoins de l'Etat, porter à la monnaie une grande partie de l'argenterie servant à l’exercice du culte (2).

Actuellement, 1 église Saint-Leu possède encore un calice 'en argent, de forme assez, élégante, portant une inscription rappelant qu'il a été donné par Jacques 1 ourton, chanoine régulier, prieur d b.pécamps en lyid (3). Les autres vases sacrés sont modernes; ils ont été offerts dans le courant de ce siècle par plusieurs paroissiens. En i836, M. Desjardins-Soyez donna un ostensoir; le même donateur oltrit encore un ciboire en vermeil, des bâtons cantoraux, un instrument de paix, des encensoirs dorés. En 1889, xMadame Héren-Bouthors olfrit une chapelle en ^elmeil dune valeur de 1,800 francs. En 1848, AL Léchopier donna un ornement blanc.

Sur un plat d offrande en argent, de médiocre dimension, est inscrite la mention sui\'antc : Donne par les Dorliiions, 4 avril iiS'oy : une bêche et un t(')urchet en sautoir, gra\'és au tond du plat rappellent les travaux de la corporation qui fit ce cadeau.

Depuis une quarantaine d années, quelques fragments des reliques du saint patron de la paroisse sfint enchâssées dans un buste de cuivre argenté, de grande taille, paraissant être une œuvre du x\Tr siècle. Ce buste représente un évêque bat bu, cf)itlé d une mitre très haute. Sur ses épaules est une chape dont le fermail renferme sous un cristal quelques ossements de saint Leu. Ce buste a été offert a M. le curé Gaudissart par M. Eglée, chanoine de Xotre-Damc de Paris. C est une assez belle pièce d’orfèvrerie.

L église Saint-Leu possède aussi, entre autres reliques, les ossements de deux jeunes martyres dénommées lune félicité et l’autre Perpétue (4). D'après les authenthiques, les premières de ces reliques furent extraites en 1840 du cimetière de Saint-Cyriaque, à Rome, et données à Madame Rosalie de la Croix, supérieure du Sacré-Cœur de Contfans. Les reliques de sainte Perpétue furent également trouvées a Rome, au cimetière de Sainte-Agnès et données à Madame de Grammont. supérieure du Sacré-Cœur de Paris, (ies deux corps saints n'appartiennent à 1 église Saint-Leu que depuis 1848 : ils sont renfermés dans deux châsses de bois,

1 une est dans la chapelle de la X'ierge, l'autre dans celle du Sacré-Cœur.

Le territoire de la paroisse Saint-Leu occupant actuellement presqLte tout 1 emplacement de la cité gauloise qui lut l'origine de la ville d'Amiens, il est permis de supposer que sainte Theudosie, martyre amiénoise, dont le corps fut

iii Le 23 janvier 1764 un vendit l'armoire qui avait servi à « resscrer ces tapisseries, lursqu’elles n’étoient point tendues. î>

(21 Cf. L'Égltse d'Amiens de 18^6, par M. l’abbé Roze, p. 16.

3' Le prieuré d’Hpéeamps avait été dunné, avec toutes scs dépendances, à l'abbaye de Saint-Martin-auxjuineaux par l'évéque d’.-Vmiens, Thibault, en 117.S; ii n’est donc pas étonnant que le prieur Xuiirton ait

fait don à Saint-Leu d’un vase .sacré, puiscpie la paroisse dépendait aussi de Saint- .Martin-aux- Jumeaux.

Cf. Darsy, Bcncficcs de l'Ilglisc d'Amiens.

(41 II ne faut point confondre les deux .Saintes de nom impose dont il est ici ciuestion, avec les deux célèbres martyres de Carthajre d')iit la mémoire est rappelée au Canon de la messe.

découvert à l^omc en 1842, dan> la catacombe de Saint-Ilcrmcs, prit naissance sur un point quelconque de cette circonscription paroissiale. C'est pourquoi Mgr de Salinis, évêque d'Amiens, ayant fait rapporter dans sa ville épiscopale les ossements de sainte 'l'heudosie. voulut que Saint-Leu possédât un Iragment de ces précieuses reliques, (ie fragment fut apporté en grande pompe par 1 évêque et déposé dans la vieille église, le dimanche 16 octobre i85!.L Depuis cette époque, sainte Theudosie est regardée comme la seconde patronne de la paroisse, et chaque année sa fête est célébrée solennellement à Saint-Leu, le dimanche le plus près du 12 octobre.

Edmond SOYEZ.

FAÇADE DE L'ANCIENNE ÉGLISE SAINT-REMI d’après un dessin de L. Dutiioit.

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