ACTE PREMIER. 1G
MONTRICHARD
Deux pouces.
BAUDEL.
De noblesse ambiguë, san? autre ressource connue que le jeu, vous êtes parvenu par votre bravoure et votre esprit à voiTS faire accepter dans le monde des viveurs élégants ; vous êtes môme un des coryphées de ce monde... où vous vous conduisez d'ailleurs eu parfait gentilhomme : dépensant beaucoup, n'empruntant jamais, beau joueur, beau convive, lin tireur et vert galant.
MONTRICHARD
Trois pouces !
BAUDEL.
Malheureusement, votre déveine a commencé. Vous êtes à sec, vous cherchez cinquante mille francs pour tenter encore la fortune, et vous ne les trouvez pas.
MONTRICHARD
Cinq pouces.
Eh bien, moi, je vous les prête.
MONTRICHARD
Bah!
BAUDEL.
Combien de pouces, maintenant?
MONTRICHARD
Cela dépend des conditions du prêt... car il doit y avoir des conditions?
BAUDEL.
Sans doute.
MONTRICHARD
Parlez, monsieur de Beauséjour.
BAUDEL.
Oh! c'est fort simple; je voudrais...
MONTRICHARD
Quoi?
BAUDEL.
Diable ! ce n'est pas aussi simple qu'il me semblait d'abord.
MOXTRICHARD.
Je suis très-intelligent.
BAUDEL.
Monsieur, j'ai cent vingt-trois mille livres de rente.
Vous êtes bien heureux !
BAUDEL.
Eh bien, non; j'ai reçu une, éducation de gentleman, j'ai tous les instincts aristocratiques; ma fortune, mon éducation m'appellent dans les sphères brillantes du monde...
MONTRICHARD
Et votre naissance vous en repousse.
BAUDEL.
Précisément. Chaque fois que je frappe à la porte, on me la ferme au nez. Pour entrer et pour me maintenir, il faudrait me battre une dizaine de fois. Or, je ne suis pas plus lâche qu'un autre, mais j'ai, comme je vous le disais, cent vingt-trois mille raisons de tenir à la vie, et mon adversaire n'en aurait, la plupart du temps, que trente ou quarante mille tout au plus ; la partie ne saurait donc être égale,
MONTRICHARD
Je comprends ; vous voulez faire vos preuves une fois pour toutes, et vous vous adressez à moi.
BAUDEL.
Vous y êtes.