SCÈNE VIII
Les Mêmes, PAULIN E, en chapeaa, outrant par le fond. LE MARQUIS.
Vous arrivez bien, ma nièce; nous parlions de voire strass et nous nous étonnions des progrès de la chimie.
PAULINE, dtant son chapeau et son ch&le, au fond de la scène.
Le fait est qu'on imite le diamant à s'y. méprendre.
le MARQUIS.
Montrez-nous donc cette rivière?
PAULINE
Je ne l'ai plus... je l'ai renvoyée au marchand.
LE MARQUIS
Pourquoi donc?
PAULINE
Madame m'a fait comprendre que la comtesse de Puygiron ne pouvait pas porter de bijoux faux,
LA MARQUISE
On vous tend un piège, mon enfant.
HENRI
Ma tante !
LA MARQUISE
Non, je ne veux pas qu'on la pousse plus avant dans son petit mensonge. Nous savons que vos diamants sont fins.
PAULINE
Ah!... eh bien, j'avoue...
LE MARQUIS
Que vous ne les avez pas renvoyés au marchand?
PAULINE
Mon Dieu, si! j'ai craint que ma ruse ne se découvrit... et j'ai mis fin à cet enfantillage ridicule.
HENRI
Combien le marchand vous a-t-il pris?
PAULINE
Rien du tout.
HENRI
Rien du tout?
PAULINE
Sans doute.
HENRI
Pas même la valeur de cette perle !
n la lui montre.
PAULINE, à part.
Ciel! (Haut.) Je voulais vous cacher... je comptais payer sur mes économies...
HENRI
Où demeure-t-il?
Ne vous eu occupez pas, je m'en charge.
ACTETROISIEME 269
HENRI
Où demeure-t-il?
PAULINE
Mais, monsieur, cette insistance...
HENRI
Répondez sans chercher de subterfuges î
PAULINE
Que soupçonnez-vous donc?
HENRI, avec éclat.
Je soupçonne que ces diamants vous ont été donnés par M, de Beauséjour.
PAULINE
Oh! Henri!
LA MARQUISE
Vous outragez votre femme !
HENRI
Si je me trompe, qu'elle me dise l'adresse du marchand, et je vais m'assurer sur-le-champ...
PAULINE
Non, monsieur, je ne descendrai pas à me justifier. Vos soupçons ne méritent pas que je les dissipe. Croyez tout ce qu'il vous plaira.
HENRI
Vous oubliez que vous n'avez pas le droit de le prendre de si haut.
PAULINE
Pourquoi, s'il vous plaît? Je vous défie de le dire.
HENRI
Vous m'en défiez?
LE MARQUIS
Tu es fou, mon ami. Ta femme a tort de s'obstiner dans une cachotterie puérile, j'en conviens; mais, que diable! pense donc à l'infamie dont tu l'accuses.
LÀ MARQUISE, à Pauliae.
Ayez pitié de cet insensé, mon enfant ; ôtez-lui cet horrible soupçon.
PAULINE
Non... madame... non, je ne dirai pas un mot.
HENRI
Misérable ! — Elle s'est vendue !
LE MARQUIS
Henri, votre conduite est indigne d'un gentilhomme. Demandez pardon à votre femme.
HENRI
Ah ! c'est à vous que je dois demander pau"don... Cette
femme, c'est Olympe Taverny! (Le marquis reste atterré, immobile; la marquise près de lui, Pauline à droite de la scène, Henri à gauche. — Henri s'approchant de son oncle et mettant un genou en terre.) Pardonuez-moi,
mon père ! pardonnez-moi d'avoir déshonoré le nom que vous portez! d'avoir consenti aux impostures de cette femme, d'avoir souillé votre chaste maison de sa présence !
LE MARQUIS
Je ne vous connais plus !
LA MARQUISE
Il l'aimait alors! il la croyait digne de nous, puisqu'il la croyait digne de lui... Ce mariage a été la faute de son enfance et non le crime de son honneur... Ne le repoussez pas, mon ami, il est bien malheureux !