ACTE PREMIER
Lâ XARGRâYE.
Merci, madame ; je n'ai que deux mots à dire à monsieur votre mari.
EIIe s'assied sur le divaQ avec Dorothée. FRÉDÉRIQUE, à part.
Mon mari!...
Il ne fallait pas prendre la peine de vous déranger, madame ; il fallait me faire dire de passer chez vous.
LA MARGRAVE
J'y avais songé, monsieur ; maùs les préparatifs d'un départ, les visites d'adieu, les emplettes, occupent tellement ma journée, que je n'aurais su quelle heure vous assigner, et il m'a semblé plus court de venir moi-même, d'autant que vous étiez sur mon chemin.
FRANTZ
C'est beaucoup d'honneur pour ma pauvre maison.
LA MARGRAVE
Vous devez avoir dans vos cartons un Requiem.
SPIEGEL, tonjours peignant.
Non, madame, non, il n'y en a plus. On vient d'enlever le dernier; mais, si vous voulez une marche funèbre, il nous en reste une en très-bon état.
LA MARGRAVE
Quelle est cette plaisanterie?
FRANTZ
La vérité, madame : il sort d'ici un certain baron de Berghausen...
LA MARGRAVE
Le baron de Berghausen?... Tout s'explique.
Il a fait rafle sur les Requiem.
LA MARGRAVE
Je suis contrariée de cette circonstance, monsieur ; elle m'enlève la consolation de satisfaire un désir de mon bienaimé parent. Mais je ne me tiens pas pour battue, et, puisque le baron s'est emparé du Requiem, je pourrai m'arranger de la marche funèbre dont parlait votre ami.
FRANTZ
C'est bien, madame.
LA MARGRAVE, à FraaU.
Les œuvres d'un homme comme vous ne se marchandent pas, monsieur ; veuillez fixer vous-même...
FRANTZ
Je ne peux pas vous domander un prix, madame, après avoir offert pour rien au baron...
LA MARGRAVE
Pour rien?...
FRANTZ
Il ne m'a pas fait la grâce d'accepter, je dois le dire. Il a tenu à me jeter un pourboire.
LA MARGRAVE, se levant.
J'accepte votre musique avec reconnaissance, monsieur, à condition que vous me permettrez d'envoyer à madame un souvenir de moi.
SPIEGEL, à part.
A la bonne heure, celle-là est polie!
DOROTHEE, qiii s'est approchée du cbevalet de Spiegel.
Oh! maman, venez donc voir...