‹ La pierre de toucheChapitre 182 sur 295 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

fend... Que voulez-vous! chacun a sa manie. La vôtre est de me faire un procès, la mienne est de faire imprimer à Paris et distribuer à toute la société de Vienne les intéressants Mémoires de mademoiselle Geneviève.

LA Marquise.

On n'y trouvera rien dont elle ait à rougir, madame.

PAULINE

C'est un ange. xMais j'en suis bien fâchée, elle aime mon mari.

LA MARQUISE

Ce n'est pas vrai.

PAULINE

Elle l'écrit du moins ! Après tout, quoi de plus naturel? Ne l'aviez-vous pas destinée à son cousin?

LA MARQUISE

Qu'importe? Cet amour d'enfance a dû s'éteindre, et s'est éteint devant le mariage d'Henri.

PAULINE

Il faut croire qu'il s'est rallumé. Je viens de lire une page toute fraîche qui est bien curieuse, allez ! Je ne sais où cette petite fille a pris qu Henri m'a épousée uniquement pour me rendre l'honneur, et qu'il est resté fidèle dans le fond du cœur à la fiancée de son enfance...

LE MARQUIS, derrière la chaise de PaoEne.

Ah ! vous ne savez où elle a pris cela !

PAULINE

Comme j'ignore aussi pourquoi elle s'imagine que j ai une maladie mortelle, et qu'Henri sera libre dans six mois.

LA MARQUISE, au marquis.

Ah! voilà pourquoi elle nous menait en Italie!

PAULINE

Oui, elle est consciencieuse, et veut être en règle avec ma mémoire.

LE MARQUIS

Un homme capable d'une pareille infamie, on le tuerait coïame un chien! Mais une femme, tous les attentats lui sont permis,

PAULINE, touroaQt la tète vers lui eo souriant.

C'est bien le moins que nous ayons les privilèges de notre

faiblesse, vous en conviendrez. (Se levant et prenant le milieu de la

scène.) Pour en revenir à votre petite-fille, je crois que la lecture de son petit roman lui attirerait plus d'admirateurs que de maris. Mais rassurez-vous, je ne publierais ce document précieux que si vous m'y réduisiez, et vous ne m'y réduirez pas, j'en suis sûre.

LE MARQUIS

Faites vos conditions, madame.

PAULINE

A la bonne heure, vous voilà raisonnable. Je le serai aussi. Je ne demande qu'une séparation amiable avec mes donations matrimoniales.

LE MARQUIS

Mais vous quitterez notre nom?

PAULINE

Ah! monsieur le marquis!... je sais trop ce qu'il vaut.

LE MARQUIS

Nous vous le payerons!

PAULINE

Que penseriez- vous de moi si je vous le vendais? Non, je l'ai, je le garde. Une séparation amiable ne peut pas m'ôter ce que ne m'ôterait pas une séparation judiciaire... Soyez juste.

Page 1