ACTE DEUXIÈME
PHILIPPE
11 faut être ici-bas d'une minorité :
Qui dit minorité dit camaraderie, Comprends-tu?
HLBERT.
Je comprends : vive la coterie!
Mais pourquoi celle-là plus qu'une autre, mon fils?
PHILIPPE
Non, tu ne comprends pas. — J'y fais doubles prolils :
Elle donne à mon nom un air de bonne race,
Et mon nom dans ses rangs me conquiert une place.
Et tu n'es pas honteux du métier que tu fais?
PHILIPPE
Mon cher, les préjugés roturiers, je les hais. Ne les invoque pas.
HUBERT
Eh ! sois aristocrate A ton gré, libéral ou même démocrate, J'y consens ! Liberté de conscience à tous... Pourvu qu'on en ait une et qu'on en soit jaloux. Quoi donc! les vérités généreuses et fortes Que le monde adorait sont-elles si bien mortes, Que la jeunesse même en ait quitté le deuil Et plante bravement ses choux sur leur cercueil? Jeunes gens qui prêtez aux maximes te didcs Les lèvres du sourire et de l'amour candides, Quel âge a votre esprit?
PHILIPPE
Notre esprit n'est pas neuf, Car il fut engendré vers Tan quatre-vingt neuf. Quand ils ont aboli le noble droit d'aînesse,
Nos pères ont du coup aboli la jeunesse.
Geste d'étoDaeluent d'Hubert.
L'âge viril commence à l'instant, quel qu'il soit. Où l'on ne compte plus sur d'autre appui que soi : Eh bien, en décrétant, du haut de leurs tribunes, La médiocrité de toutes les fortunes, N'ont-ils pas décrété l'impuissance aux parents De garder les enfants à leur charge longtemps, Et pour les fils, nourris dans cette perspective, Les précoces soucis et la raison hâtive ?
ULBERT.
Silence, enfant, silence ! ou parle chapeau bas De ces grands ouvriers que tu ne comprends pas. Ce sont eux qui t'ont mis assez haut pour te croire L'héritier des abus qu'a détruits leur victoire. Et, comme un fief perdu, regretter le donjon Dont les matériaux composent ta maison.
Fils rebelles déjà des sauveurs de la France, Rebelles au contrat de votre délivrance. Vous portez comme un joug la médiocrité Qui sert de piédestal à votre égalité I Mais, si la pauvreté vous trouve sans courage, C'est que vous n'avez pas les vertus de votre âge, C'est que votre jeunesse, en son cœur indigent. N'a pas les vrais trésors... qui méprisent l'argent I
PHILIPPE
C'est la société qui nous force d'être hommes
A vingt-cinq ans : tant pis pour elle ! nous le sommes.
HUBERT
Non! vous ne l'êtes pas, sois-en bien convaincu; Vous êtes des vieillards qui n'avez pas vécu. Votre perversité n'est pas l'expérience.
Tas de gamins grimpés sur l'arbre de science. Maraudeurs maladroits qui franchissez les murs