ACTE TROISIÈME
Que cet agriculteur n'était pas fait pour loi. Que tu ne l'aimes plus, je le comprends de reste! Mais, fùt-il cent fois plus pesant, plus indigeste, Je te dirais encor comme je te le dis : Songe que son honneur est celui de tes fils. Courage, mon enfant : notre rôle est immense! Où le bonheur tinit, notre vertu commence.
MATUILUE.
Courage, son honneur, le bonheur, la vertu... Quel galimatias de tout cela fais-tu?
J'adore mon mari.
MADAME au GUET.
Ton mari! tu plaisantes?
MATHILDE
Nullement.
MADAME HUGUET, se levant.
Qu'est-ce donc alors que tu me chantes? Du moment que ton cœur est si bien prémuni, User et s'amuser d'un fat, c'est pain bénit. C'est en tirant parti d'une pareille offense Qu'une femme d'esprit sait en tirer vengeance. Que te demande-t-on d'ailleurs? Tout simplement De laisser le plaisir de se croire charmant A ce pauvre bonhomme.
Il me semble inutile De faire aucun plaisir à ce vieil imbécile. Je le trouve plaisant, ce galant très-peu vert. D'oser ne pas me croire amoureuse d'Hubert. De se le figurer ainsi qu'un pauvre sire A qui le ridicule irait comme de cire! Je ne veux pas l'aider dans cette opinion.
MADAME HUGUET
Au jugement dun sot tu fais attention?
MATHILDE
Je n'admets pas qu'un homme au monde, par ma faute, Ne tienne pas Hubert en estime très-haute ; N'est-ce pas être mal fidèle à son mari De faire bon visage à quiconque en a ri?
MADAME HLGUET.
Il faut savoir parfois relâcher d'un principe. Tu corapi'ends bien qu'ici l'intérêt de Philippe...
MATHILDE
Mais c'est uniquement pour notre cher garçon Qu'à monsieur Mamignon j'épargne une leçon.
MADAME HUGUET
Belle avance, ma foi, si tu lui fais la mine !
MATHILDE
Je n'ai jamais été femme qui se domine.
MADAME HLGl'ET.
On sonne. — J'aime mieux que tu rentres chez toi Que de le malmener.
Je l'aime aussi mieux, moi.
Elle sort par la gauche.