ACTE CINQUIÈME
Tu le voulais heureux autrement.
MADAME HUGUET
Il est vrai.
PHILIPPE
Pourvu que je le sois, mère!... et je le serai.
MADAME HUGUET
Ce que tu n'osais pas faire avant ta ruine...
PHILIPPE
Je le fais après, oui. Mais touche ma poitrine : Il m'est revenu là de quoi me tenir chaud Depuis que j'ai perdu l'argent de mon manteau.
HUBEIÎT.
Bien, Philippe. Suivons l'ordre de la nature ;
Réglons nos vêtements sur la température;
La jeunesse et l'été n'ont pas besoin d'habit,
Puisqu'ils ont le soleil et l'amour au zénith;
Qu'ils gardent simplement les moutons dans la plaine,
La vieillesse et J'hiver trouveront de la laine.
MADAME HUGUET
Ils vont recommencer ma vie !
MATHILUE.
Eh bien, après?
Parmi tes souvenirs n'as-tu que des regrets? Quand ton bonheur n'aurait duré qu'une journée, Il ne faudrait pas plaindre encor ta destinée ; Car elle fut plus belle et meilleure d'un jour Que celle des heureux à qui manqua l'amour. De tes conseils d'ailleurs tu m'avais secourue ; M'est-il mal advenu de ne t'avoir pas crue?
MADAME HUGUET
Tu vis à la campagne, et lui n'a plus de quoi Faire ce marché d'or qu'Hubert...
HUBERT
Je suis là, moi!
Cinquante mille francs sont-ils la mort d'un homme? J'hypothèque ma terre et lui prête la somme.
MATHILDE
Es-tu bon!
PHILIPPE
Cher Hubert!
Bah! je ne risque rien, Tu peux me rembourser en cinq ans sur ton bien. Allons à la maison terminer la journée, Et chantons comme en Grèce : « Hyménée ! hyménée ! »
PHILIPPE, à madame Huguet.
Ne te désole pas.
MADAME HUGUET
Je ne formais qu'un vœu, C'était votre bonheur. — Je m'en remets à Dieu.
SAPHO