‹ La pierre de toucheChapitre 83 sur 295 · ACTE QUATRIÈME. ii · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. ii

SPIEGEL

Eh bien, moi, l'autre jour, sans en rien dire à personne, j'étais allé à Munich, j'avais retiré 1-i partition de la Société des concerts, je l'avais distribuée aux musiciens qui sont là, et tout à l'heure la symphonie devait éclater sur nos têtes pendant qu'on aurait signé votre contrat... Une fameuse idée, n'est-ce pas? la Gloire couronnant le Bonheur. Une petite allégorie. Mais à quoi pensez-vous ?

Je pense, mon ami, à tout ce que votre cœur renferme de choses exquises et charmantes. Vous avez des délicatesses de femme.

SPIEGEL

Ohl oh! je ne suis pas méchant,

FRÉDÉRIQUE

C'est moi qui aurais dû avoir cette idée... et, pourtant, j'aime mieux qu'elle vienne de vous.

SPIEGEL

Pourquoi?

FRÉDÉRIQUE

Parce qu'à vous voir, on ne se douterait pas des raflinenionls de tendresse dont vous êtes capable.

SPIEGEL

Bah! je ne suis qu'un vieil égoïste... J'ai commencé par me donner le plaisir que je voulais vous faire : j'ai entendu hier la répétition générale de la symphonie... Si vous saviez comme c'est beau !

FRÉDÉRIQUE

Je le sais.

SPIEGEL

Ouich!... vous ne l'avez entendue qu'au piano... C'est bien autre chose à grand orchestre... Voyez-vous, je buvais du

nectar, je voyais défiler devant mes yeux tous les tableaux que je n'ai pas faits. Et quand je pensais que je suis l'ami de cet homme-là!...

Oui, vous avez le droit d'être fier quand vous songez à Frantz ; vous avez été le père nourricier de son génie.

SPIEGEL

Ah! sa s3'mphonie l'acquitte envers moi... Mais, dites donc, Frédérique, les violons sont payés. Qui nous empêche de nous donner ce luxe à nous deux?

FRÉDÉRIQUE, moatrant le portrait du comte Sigismoad.

A nous trois.

SPIEGEL

Oui, digne homme, cela te réjouira. (Disposant deui fantenils en face de la porte de gauche, à la cantonade.) CommeUCeZ, messieurS,

l'assemblée est au complet!

FRÉDÉRIQUE

Que ce monde a bien fait de ne pas venir! Chère symphonie! clier poëme de nos belles années! pas une note n'en tombera ailleurs que dans nos cœurs. — En l'écoutant, nous entendrons chanter les douces heures de notre pauvreté. Oh cher et bon Spiegel.

Elle lui tend la main ; Spiegel la conduit à un fauteuil et s'assied auprès d'elle sans quitter «a main; il fait signe aux musiciens à gauche. — On entend la symphonie, qui, après quelques mesures, s arrête brusquement à la Toii de Frantz.

FRANTZ

Silence, malheureux! silence donc!

SPIEGEL, se levant.

Frantz !

FRÉDÉRIQUE, se lerant.

Qu'a-t-il donc?

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