‹ La pierre de toucheChapitre 97 sur 295 · ACTE CINQUIEME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIEME

FRANTZ

Eh bien, oui. — Après?

0 mon Dieu!

SPIEGEL, lâchant l'iatenJant et tombant sur nn fauteuil à gauche.

Il l'a tué!... Pauvre Spark! tu avais pourtant partagé sa misère; tu avais couché sur ses pieds l'hiver; tu étais heureux d'une de ses caresses; tu lui étais aussi tendrement dévoué que moi ! mais il n'avait plus besoin de toi ; tu n'étais plus bon qu'à l'aimer; tu n'étais ni beau ni élégant; tu le gênais comme moi... comme moi!

FRÉDÉRIQUE

Ne pleurez pas devant ces gens-là, Spiegel ; ils riraient de votre douleur.

LE BARON

Pardon, belle demoiselle, je compatis... un chien qui donnait tant d'espérances!

SPIEGEL, se levaut et passant au mih'eu.

Ce n'est pas lui seulement que je pleure, monsieur, ce n'est pas lui seulement qui est mort : c'est l'amitié qui remplissait ma vie. (a Franiz.) Je crois tout de toi maintenant. Co dernier trait a déchiré le voile que j'épaississais sur mes yeux, et je vois toute ton âme. 0 égoïste ! ô ingrat! ô lâche!

FRANTZ

Spiegel !

SPIEGEL

Tais-toi! Je t'ai nourri, nourri de mon pain, de mon cœur, de mon espérance. J'ai fait de mon talent litière à ton génie... Si tu m'avais demandé mon sang, je te l'aurais donné! Et sache tout! je l'aimais, elle... Oui, je l'aimais comme tu n'es pas capable de l'avoir aimée un seul instant ! Ce qui me donnait Ja force de te sacrifier ma vie, c'est qu'elle

lifi LA PIERRE DE TOUCHE.

approuvait mon sacrifice, et qu'elle m'en payait par un regard. Eli bien, quand j'ai découvert qu'elle t'aimait, toi ! je t'ai pardonné ton bonheur et j'en suis resté le témoin. Et comment m'as-tu récompensé? Tu m'as amené au point de trouver un acre plaisir à te reprocher mes bienfaits!... Après m'avoir pris mon talent, m'avoir pris Frédérique, tu m'as pris ta gloire, le but et la consolation de tous mes sacrifices. Il me restait mon chien, tu me l'as ôté... Ah! tu devais pourtant bien sentir dans ton cœur que je n'avais pas d'autre ami! Mais tu l'as tué pour te débarrasser de son maitre... Sois content... je m'en vais.

FRÉDÉRIQUE

Nous nous en allons ! Il y a longtemps que je me sens de trop ici! Je vous connais aussi maintenant! mon amour a fini en même temps que l'amitié de Spiegel.

SPIEGEL

Noble lille !

Il Ini prend la moio.

FRÉDÉRIQLE, à Franiz.

Restez dans votre fortune et votre noblesse ; mais, je vous le dis, votre châtiment commence, votre triomphe sera votre supplice.

SPIEGEL

Regarde-nous bien, Frantz : c'est le bonheur qui sort de chez toi pour n'y plus rentrer. Garde mon tableau, accrochele dans ton alcôve; un jour, tes yeux se rempliront de larmes en s'y arrêtant; mais il sera trop tard ! Adieu ! — Venez, Fréiérique.

FRANTZ

Arrêtez! Oui, c'est le bonheur qui s'en va... Reste, Frédérique; je ne t'ai rien fait, à toi!... Reste, je t'en supplie.'... tu m'aimes encore !

FRÉDÉRIQLE.

Vous êtes rayé de mon cœur. (Montram Spicgei.) Tout ce que

Bfl

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